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Iran : Où en est vraiment le régime ?

Iran : Où en est vraiment le régime ?

La relecture de mon article de la semaine dernière m’a conforté dans une certitude que j’ai depuis longtemps. Le journalisme est une grande école d’humilité. L’analyse des conséquences de l’éradication meurtrière du Général Soleimani paraissait incontestable. Or…

Or, après une riposte assez faible, la terrifiante bavure des militaires iraniens abattant un avion de ligne faisant 176 morts a tout changé. Trump n’était plus l’accusé, l’accusé c’était le régime. Il l’était même par une patrie de sa population l’accusant d’incompétence. Cette accusation allait jusqu’à relancer la contestation sévèrement réprimée, il y a quelques semaines à peine. Le mouvement nationaliste contre l’Amérique, provoqué par la frappe criminelle américaine était oublié en quelques jours. Les mollahs s’en sont rendu compte, bien sûr qui ont admis, en pensant aux prochaines élections, qu’il y avait dans le peuple un besoin de diversité. De samedi à mercredi (11 au 15 janvier), des rassemblements anti-pouvoir ont eu lieu chaque jour. Les forces de sécurité ont été déployées jeudi soir (16 janvier) dans la capitale pour faire face à d’éventuelles nouvelles manifestations. Quelque 50 membres de la police anti-émeute, à moto et armés de matraques, ont été postés à un carrefour majeur dans le nord de Téhéran. Concentrées surtout dans la capitale, les manifestations des derniers jours sont toutefois apparues d’une ampleur nettement inférieure à la vague de contestation nationale de novembre contre la hausse du prix de l’essence, matée au prix d’une répression ayant fait au moins 300 morts, selon Amnesty International.

On sait maintenant que la riposte iranienne a fait 11 blessés parmi les Américains. Cela été caché par Trump pour éviter de devoir, bien sûr, riposter à la riposte. Contrairement à ce qu’avait annoncé le Président Donald Trump, onze soldats américains ont été blessés dans l’attaque par l’Iran de la base aérienne d’Aïn al-Assad, en Irak, le 8 janvier dernier, a annoncé  le commandement central de l’armée américaine. Pour rappel, dans la nuit du 7 au 8 janvier, Téhéran avait lancé des missiles contre les bases d’Aïn al-Assad et d’Erbil, dans l’ouest et le nord de l’Irak, où sont stationnés certains des 5.200 soldats américains. Une attaque effectuée en représailles à l’élimination du Général iranien Qassem Soleimani, le 3 janvier dernier, lors d’une attaque américaine aérienne à Bagdad. Le commandant Bill Urban a déclaré dans un communiqué: «Bien qu’aucun membre des forces armées américaines n’ait été tué, lors de l’attaque iranienne du 8 janvier sur la base aérienne d’Aïn al-Assad, plusieurs d’entre eux ont été traités pour des symptômes de commotion dus à l’explosion et sont toujours en cours d’évaluation».

Après le crash d’un avion civil ukrainien, qui a fait 176 morts en Iran le 8 janvier, Téhéran a fini par reconnaître l’avoir abattu «par erreur». Selon des images publiées par le New York Times mercredi 15 janvier, l’appareil aurait été visé par deux missiles tirés depuis une base militaire près de Téhéran. 

Le quotidien américain encadre, dans sa vidéo, ce qu’il présente comme les deux missiles et comme le Boeing de la compagnie Ukraine International Airlines. Ces images, tirées d’une caméra de vidéosurveillance et filmées par un téléphone portable, montrent, d’abord, la trajectoire d’un objet brillant dans la nuit, puis une explosion dans le ciel, après près de 20 secondes. Dix secondes plus tard, un second objet lumineux est lancé du même endroit, dans la même direction et explose dix secondes après. Une minute plus tard, une boule de feu apparaît brièvement en haut de l’écran.

Le résultat le plus important est que le régime iranien est fragilisé au niveau international, certes et Trump miraculeusement conforté, mais aussi au niveau intérieur. Ce qui est sans doute encore plus grave. Le Président Rohani a fait une liste des drames vécus par l’Iran avec les 50 morts par bousculade, lors des funérailles du Général. Il a souligné que ces tragédies «n’ont pas de parti et qu’il ne faut pas les opposer». Cet appel, un peu pathétique, à l’unité, révèle en fait une grande inquiétude et montre que ce souhait a peu de chances maintenant de se réaliser. Le Président iranien Hassan Rohani a affirmé de plus vouloir éviter la guerre, après que Téhéran et Washington ont paru à deux doigts de l’affrontement militaire direct, début janvier, pour la deuxième fois en moins d’un an. A l’approche des législatives du 21 février, annoncées comme difficiles pour le camp modéré du Président ; et dans un contexte de tensions croissantes entre Téhéran et les Occidentaux sur le programme nucléaire iranien, il a également déclaré vouloir continuer de dialoguer avec le monde sur cette question. Tentant apparemment de reprendre la main sur le plan politique, Hassan Rohani a plaidé pour une meilleure gouvernance et davantage de pluralisme. La volonté d’apaisement se comprend surtout au regard de la pression de la rue. La tension entre les Etats-Unis et l’Iran semble être retombée à la suite du drame du Boeing d’Ukraine International Airlines (UIA), que l’Iran a abattu par erreur, faisant 176 morts. Mais en Iran, la catastrophe aérienne a suscité l’indignation. Hassan Rohani a ainsi reconnu implicitement l’existence d’une crise de confiance envers les autorités. Le régime iranien survivra-t-il au choc conjugué de la stratégie trumpienne et de la colère de la rue? L’ancien conseiller de Khomeyni, Mohsen Sazegara, évoque  dans le Figaro la rébellion multiforme qui traverse l’Iran et parle de «la délégitimation totale» du régime qu’il croit observer. Il affirme: «Le principal ennemi du régime iranien est son peuple». Aujourd’hui, passé à l’opposition, cet activiste politique, installé à Washington, mais en prise avec le terrain, se penche sur deux ruptures majeures: le refus de Trump d’accepter «le comportement terroriste» de l’Iran et la délégitimation du régime au sein de la population iranienne. On verra bien… Mais,, une fois de plus, il faut le répéter, le journalisme est une grande école d’humilité. Prévoir ce qui va se passer encore plus, bien sûr.

Patrice Zehr

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