Fès | Moratinos met en garde contre la dictature technologique et plaide pour l’intelligence humaine

Fès | Moratinos met en garde contre la dictature technologique et plaide pour l’intelligence humaine

Le Haut représentant des Nations unies pour l’Alliance des civilisations, Miguel Angel Moratinos, a appelé, lundi à Fès, à redonner toute sa place à l’intelligence humaine comme choix stratégique pour faire face à ce qu’il a qualifié de “dictature technologique” engendrée par le développement accéléré de l’intelligence artificielle (IA).

”L’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’assistance, mais constitue désormais une transformation structurelle profonde susceptible de remodeler les sociétés et l’être humain lui-même”, a-t-il dit, à l’ouverture des Rencontres de l’Université euro-méditerranéenne de Fès sur l’Alliance des civilisations.

Tout en mettant en garde contre les multiples répercussions de l’IA à différents niveaux, le responsable onusien a mis en avant les grands défis économiques que soulève cette mutation, notamment le risque de disparition de centaines de millions d’emplois, avec les conséquences sociales préoccupantes qui en découlent.

Il a également évoqué le défi social lié au recul de la communication humaine directe, ainsi que l’impact du chômage technologique sur la dignité humaine et l’équilibre psychologique.

M. Moratinos a aussi soulevé la problématique de l’absence de contrôle sur les algorithmes, s’interrogeant sur “les acteurs qui les maîtrisent et leur influence sur l’intégrité des processus électoraux et la prise de décision”, en l’absence d’un cadre clair de redevabilité.

Sur le plan des valeurs et de l’existence, il a mis en garde contre les risques d’effacement de la dimension humaine et de substitution des valeurs spirituelles par “l’écran”, ce qui pourrait conduire à l’affaiblissement de la diversité civilisationnelle et à l’émergence d’une société unidimensionnelle dépourvue d’âme et de sens.

Il a également appelé à réorienter les investissements vers le soutien de l’intelligence humaine, notamment au sein des universités et des centres de recherche, plutôt que de se concentrer exclusivement sur l’intelligence artificielle, exhortant les jeunes à jouer un rôle actif dans la construction de la paix et la promotion de solutions diplomatiques aux conflits.

Par ailleurs, M. Moratinos a salué le succès de la “Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations” de l’Université euro-méditerranéenne, qui a contribué à attirer des étudiants issus de différents espaces euro-méditerranéens et africains, et à promouvoir les valeurs du dialogue et du vivre-ensemble.

De son côté, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammad Bin Abdoulkarim Alissa, a souligné l’importance d’encadrer les mutations cognitives accélérées dans un système éthique commun.

Il a insisté sur la nécessité de transformer les valeurs humaines en lois contraignantes et de renforcer la transparence ainsi que la redevabilité dans le fonctionnement des entreprises technologiques.

M. Alissa a retracé l’évolution des transformations cognitives à travers l’histoire, de la révolution scientifique à la révolution numérique jusqu’à l’intelligence artificielle, relevant que la phase actuelle exige une orientation éthique garantissant que la technologie ne soit pas utilisée pour propager la haine ou alimenter les conflits.

Pour sa part, le président de l’Assemblée parlementaire méditerranéenne, Mohamed Abou El Enein, a mis en garde contre les risques liés à la mauvaise utilisation de l’intelligence artificielle, malgré les opportunités qu’elle offre dans les domaines du développement, appelant à l’adoption de législations garantissant une gouvernance centrée sur l’humain et protégeant la démocratie.

Il a insisté sur l’importance de la transparence et de l’accès équitable à cette technologie, ainsi que sur la protection des catégories vulnérables, notamment les enfants, proposant la création d’une charte et d’un observatoire méditerranéens de l’intelligence artificielle.

De son côté, l’ancienne commissaire européenne chargée des relations extérieures et de la politique de voisinage, Benita Ferrero-Waldner, a souligné la nécessité de maintenir le progrès technologique dans un cadre fondé sur les valeurs éthiques et humaines.

Mme Ferrero-Waldner, qui est également ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères, a appelé à l’ouverture d’un dialogue international multidisciplinaire pour relever les défis liés à l’intelligence artificielle.

Elle a en outre mis en avant le rôle central de la “Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations”, dans la promotion de la réconciliation et de la construction de la paix dans le contexte international actuel.

De son côté, Raymonde Saint-Germain, sénatrice canadienne et ancienne ministre, Protectrice du citoyen, a appelé à orienter l’intelligence artificielle au service de l’être humain de manière équitable, affirmant que le véritable défi réside dans la manière de maîtriser cette technologie et de l’orienter.

Elle a insisté sur l’importance de la coopération entre gouvernements, centres de recherche et entreprises technologiques pour bâtir une alliance mondiale entre les civilisations fondée sur les valeurs communes, la justice et la paix.

Cette manifestation internationale, organisée sur deux jours sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, sous le thème “L’avenir de la civilisation humaine à l’épreuve de l’intelligence artificielle”, réunit des personnalités académiques, scientifiques et diplomatiques de haut niveau issues des cinq continents, ainsi que plus de 1.400 jeunes représentant près de 50 pays.

Cet événement, initié par l’Université euro-méditerranéenne de Fès en collaboration avec la Chaire des Nations unies pour l’Alliance des civilisations, la Ligue islamique mondiale et l’Alliance des civilisations des Nations unies, ambitionne de constituer une plateforme stratégique de dialogue et de réflexion sur les grandes mutations imposées par l’intelligence artificielle.

LR/MAP

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