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Un homme n’est jamais stérile!

Quand il y a un problème de stérilité dans un couple, les femmes sont toujours celles qui sont incriminées. Les hommes, eux, refusent catégoriquement d’avoir une quelconque part de responsabilité dans cet obstacle à la procréation. Ils restent fermement attachés aux antiques croyances et ce, malgré les progrès de la science et de la médecine qui prouvent que les hommes aussi sont concernés.

Dans la mentalité masculine, il semblerait que la fertilité soit directement associée à la virilité. Or, c’est archi faux. On sait aujourd’hui que les causes de la stérilité masculine ne sont pas d’ordre mécanique. Elles peuvent être infectieuses ou génétiques

. Les femmes des couples marocains, qui n’arrivent pas à concevoir, vivent de véritables calvaires, même si le problème ne vient pas d’elles.

Malika est une jeune femme mariée, instruite, mais au foyer. Elle nous raconte sa vie avec son mari Habib, commerçant grossiste qui attend toujours de recevoir une bénédiction divine pour devenir père. La modernité, la tradition, la médecine, la religion, les croyances populaires, tout cela réuni joue avec le cœur et les nerfs de ce petit bout de jeune femme qui souffre de ne pouvoir enfanter.

«Avoir un enfant aurait été un cadeau de la Providence, un beau rêve qui ne se réalise pas pour moi ou plutôt -devrais-je dire- qui ne se réalisera jamais. J’ai 30 ans et je suis la cinquième femme de mon mari. Je me suis mariée avec Habib à l’âge de 18 ans, lui en avait 45. Nous avons été mariés par la famille. Cela fait 12 ans que nous sommes ensemble. Un véritable record, mais qui reste encore aujourd’hui aussi fragile que la coque d’un œuf. C’est parce que je n’ai pas réussi à lui donner une descendance. Cela a été la cause de tous les divorces de mon mari. Sa maman voulait absolument voir les enfants de son fils avant de mourir. Mon mari est le dernier né d’une famille de 6 filles. Il était le favori, le garçon, l’héritier, celui qui a pris les affaires familiales et celui qui allait perpétuer le nom de la famille. Quand Habib a fêté ses trente ans, sa maman et deux de ses sœurs lui ont suggéré de se marier avec une de ses cousines, celle qui paraissait être digne d’être leur belle-fille. Il se plia à cette décision. Mais au bout de trois années de mariage, aucun enfant n’arrivait. Il ne pouvait plus rester lié à une femme stérile. Cela s’est reproduit avec les épouses suivantes. Il y eut divorce sur divorce et les membres féminins de la famille continuèrent de lui trouver des femmes à épouser. Mais, de ces unions, aucun enfant n’arriva. Beaucoup d’histoires malheureuses en découlèrent et beaucoup d’argent perdu aussi. C’est comme ça que mon tour arriva. J’étais la fille de leur voisine. A cette époque-là, je passais mon bac et mes parents, qui s’inquiétaient de me voir commettre quelque bêtise pouvant porter préjudice à leur réputation, ont tout bonnement accepté de me marier avec lui. Pour ne pas mentir, je le connaissais bien et j’étais bien contente parce qu’il était beau, riche et qu’il plaisait à beaucoup de filles et de femmes du quartier. Plus tard, mon mari m’avoua qu’il avait toujours eu le béguin pour moi, mais qu’il préférait ne pas aller à l’encontre des décisions familiales. Contrarier sa maman qu’il idolâtrait était impensable. Mes parents ont quand même émis une condition: il fallait que je continue d’étudier pour obtenir ma licence d’histoire-géographie. Habib n’a pas refusé mais il a précisé qu’il n’était pas question qu’un jour je travaille. Il avait les moyens et voulait simplement que je m’occupe de notre maison et de nos enfants à venir. J’ai eu droit à un très beau mariage et j’emménageais dans le domicile familial. Plus tard, je compris que tout cet étalage n’était qu’une façon de montrer aux ex-conjointes devenues ennemies que les moyens ne manqueraient jamais pour qu’il refasse sa vie et fonder la famille qu’elles n’ont pas pu lui donner. J’entamais donc ma première année de Fac et de mariage. Mes beaux-parents et mon mari étaient très gentils avec moi. Il fallait seulement que je leur donne une descendance. Au bout d’une année, la pression devenait presque invivable. Pour me protéger, ma mère, qui connaissait le problème de mon mari et ses multiples divorces, me suggéra de faire des tests médicaux pour prouver que je n’étais pas stérile. Quand j’en ai parlé à mon mari, c’est une bombe qui a éclaté. Il est entré dans une rage démentielle. Un seul refrain revenait sans cesse: comment cela était-il possible que ma mère se mêle de nos affaires et qu’elle ait le culot de demander une chose pareille? J’ai tellement eu peur en le voyant dans cet état que je me suis enfuie chez mes parents. Mon père, qui n’était pas du tout commode, a refusé tout compromis. Il fallait, pour que je retourne vivre avec lui, que je fasse un bilan d’infertilité et que mon mari et sa famille l’acceptent. Après beaucoup de discussions et de négociations, je me suis réconciliée avec mon mari. Je suis arrivée à lui faire comprendre que, pour avoir des enfants, il ne fallait pas rester cloîtré dans des idées moyenâgeuses et préconçues, que nous n’étions pas les seuls au monde à vivre ça. Et qu’il fallait tout faire, pour réaliser ce rêve, d’avoir un enfant. Nous avons tout essayé, de la médecine moderne à celle d’antan. Nous avons ingurgité toutes sortes de potions qui, nous avait-on dit, étaient fertilisantes. J’ai eu droit à de longues thérapies médicales pour la fertilité, mais aussi des recettes phyto arabes, chinoises, indiennes. Nous avons été en pèlerinage à la Mecque et dans tous les marabouts censés véhiculer la Baraka pour ne plus être stériles. Nous avons consulté des mediums, des fqihs, des chouaffas. Nous avons accompli des rituels dés-envoûtants, d’autres «diabolisants». Finalement, je garde pour moi la cruelle impression que nous avons tout essayé et que rien ne marchera jamais. Il ne nous reste plus qu’une seule option que mon mari ne veut pas tenter. C’est l’insémination artificielle. Pour lui, il est impossible et impensable de défier Dieu tout puissant. Si nous avons tout essayé sans succès, c’est que cela relève d’une volonté divine. Je n’ai jamais compris et ne comprendrai sans doute jamais la logique de mon mari. Nous en sommes encore aujourd’hui à nous disputer. Mon mari sait que je ne suis pas stérile, mais il fait tout pour m’en dissuader. Quand il parle avec sa mère et ses sœurs, il s’arrange toujours pour leur faire croire que le problème vient de moi. J’ai trente ans et lui 57. Sa mère et ses sœurs continuent toujours de me narguer avec leur «el agra», un mot très blessant pour me rappeler mon hypothétique stérilité. Je joue le jeu pour ne pas accabler mon mari. Mais, il y a des jours où j’ai vraiment envie de remettre les pendules à l’heure et faire mes valises. Ce qui me retient, c’est l’amour que je porte à mon mari et à cet enfant dont je rêve. Tout comme Habib, ma lutte pour avoir un enfant, j’y crois, j’y croirai toujours et mon combat est loin d’être achevé. On m’a bien assez souvent parlé d’adoption et j’avoue que quand mon désespoir est grand, j’y pense… Mais, pour mon mari, ce serait un aveu de stérilité. J’attends donc un miracle, comme d’autres couples en ont connus».

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