Si je m’attendais à ça de l’homme que j’ai aimé follement !!

Radia, 32 ans, sans emploi, est mariée et mère de quatre enfants. Cette femme n’en revient pas de ce que lui a fait son mari, qui est aussi son cousin… Et la cause n’est pas seulement la crise Covid… Voici son histoire. 

«Pardonnez-moi si je suis égoïste, mais là je panique pour de bon en me demandant si le cours de ma vie et celui de ma petite famille sera encore soumis à d’autres dramatiques secousses. Ce qui me perturbe, ce n’est ni plus ni moins les malheurs qui nous frappent depuis l’apparition de ce virus appelé Covid-19. Et en plus, comme pour mieux enfoncer le clou dans notre existence, ce vicieux se complait à muter sous d’autres variants. Quand est ce qu’il va décider de nous lâcher une bonne fois pour toutes, lui? Je vous jure que je ne cesse toutes les secondes de me poser cette question. Entre temps, il aura bien semé le chaos dans de nombreuses maisons. La mienne, par exemple, a failli s’écrouler quand, sur moi et mes enfants, s’était abattue l’immonde lâcheté d’un homme licencié.     

Vous savez, très souvent ces derniers temps, j’en arrive à me maudire d’avoir défié l’autorité de mon père quand il s’était opposé à mon mariage. Imaginez que ce dernier, Dieu ait son âme, n’avait pas voulu se retrouver face à sa propre cousine et son mari, venus demander ma main pour leur fils. Il s’était enfermé à double tour dans sa chambre pour que personne ne puisse le contraindre à en sortir. Et à ma pauvre mère d’essayer de ménager le chou et la chèvre. D’abord, elle s’était arraché les cheveux de devoir trouver une excuse plausible pour éviter une guerre inutile avec mes futurs beaux-parents. D’autant qu’elle savait qu’avec mon cousin, j’entretenais des liens passionnés depuis très longtemps et qu’il me tardait que les choses évoluent vers une union légale. Et ensuite elle avait dû supporter ma colère et celle de mon père qui maintenait son total refus.  

Mon espoir de convoler en justes noces n’avait été possible malheureusement qu’à la mort de mon père. L’attente avait été longue et je peux vous assurer qu’un bon nombre de fois, entre temps, j’avais failli braver toutes les sortes d’interdits pour aller rejoindre mon amoureux. Quand, enfin nous avions pu réaliser notre rêve d’être en couple, nous n’avions comme bagage qu’un feuillet, notre contrat de mariage. Alors là, je peux vous dire que j’avais été confrontée à une très dure réalité, celle de nous savoir dans la dèche totale et absolue. Mon époux qui travaillait alors en tant qu’ouvrier agricole, n’avait jamais pu mettre le moindre dirham de côté. Il avait toujours trouvé le moyen de se loger gratuitement chez ses employeurs et ses revenus étaient en totalité expédiés à ses parents qui s’en vantaient par ailleurs. Même qu’ils avaient poussé le bouchon de lui exiger que cela continue toujours ainsi. Avec ou sans épouse, c’était kif-kif pour eux! 

Vraiment nous étions mal barrés, dans ce démarrage de vie de couple sans emploi, sans un sou et sans un toit. Pourtant, cela ne m’avait pas empêché de refuser catégoriquement tout éloignement de lui. Alors, il m’avait proposé de travailler comme boniche à temps plein pour ceux chez qui il bossait dans une ferme et je l’avais accepté bien évidemment. Finalement, un vent de chance avait soufflé une première fois quand avec mes économies et une part de mon héritage débloquée, nous avions pu prendre place dans un bidonville de la ville que nous habitions et que l’on continue d’habiter. Nous avions alors vu arriver notre premier enfant (placé chez ma mère) et notre condition de vie s’améliorer petit à petit.

La seconde fois, fut de devenir propriétaire d’une vraie maison. 

Nous avions profité d’une campagne de lutte contre l’habitat insalubre pour y accéder.  Ce fut possible quand nous avions reçu des mains du Moqadem un numéro validant notre inscription dans la liste de ceux qui seraient invités à venir payer leur lopin de terre dans une zone de remplacement de la périphérie.  Mon époux s’était attaqué avec ses collègues à la construction de ce lieu, tout juste après la signature des contrats. Nous avions vécu sur ce chantier sans eau et sans électricité tout en continuant d’aller travailler tous les deux chaque jour. Si je vous raconte cela c’est pour vous prouver à quel point nous avions été en ces temps-là, courageux et patients. J’avais cessé de bosser quand j’avais eu mon deuxième enfant et aussi quand mon époux avait pu être embauché dans une société de restauration. Aussi et en même temps, quand nous avions été soulagés de cette aide pécuniaire mensuelle envoyée à sa famille. Et ce, grâce ses autres frères et sœurs désormais en âge d’assurer la relève.  

Alors, pendant que mon époux bossait tout en s’attaquant aux travaux les plus fondamentaux de notre petite chaumière, moi je lui offrais de la descendance. J’avais eu un garçon et ensuite deux filles. Etant donné que nous nous en sortions plus ou moins bien, il était désormais inutile d’être séparés de mon premier fils. Tout se passait normalement pour nous six et… Hop, mauvais coup du sort! Mon époux sur le chemin du retour de son boulot le soir, avait été percuté de plein fouet par un chauffard. Ce criminel avait pris la fuite profitant du noir et de cette route si peu fréquentée. Et ce n’est pas tout, j’allais aussi tomber de très haut en apprenant que mon époux bossait sans contrat. Cela voulait dire en d’autres termes que nous étions dans la mouise jusqu’au cou…Je fulminais! Je pense que vous commencez un peu à comprendre pourquoi au tout début, je vous parlais de mon regret, mais le meilleur reste pour la fin. 

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Bon, il sera requinqué à l’hosto public. Cependant les séquelles de cet accident lui seront fatales. Bref, il dira adieu à la force de ses bras ou de son dos pour bosser normalement. Etant donné qu’il fallait au plus vite faire tourner la gamelle, j’avais été obligée de reprendre mon premier job à savoir les ménages chez les gens. Figurez-vous qu’en plus de tout le labeur éreintant que je me tapais dehors et aussi en rentrant chez nous, je devais me farcir les insupportables crises de claustrophobie de mon époux. Usée jusqu’à la moelle par ce cirque, je jetais l’éponge en lui laissant cette capacité qu’il revendiquait d’aller se chercher un boulot. Il s’exécutera à la vitesse grand V et finira au bout de deux mois de recherches intenses par dénicher une place dans une société de transport touristique.  

Ouf, quel réel kif que de nous savoir sous la protection d’un revenu fixe mensuel! Sauf qu’après quelques mois de quiétude morale, revoilà le destin s’acharnant sur nous pour nous faire vivre la plus cruelle des oppressions jamais connue jusque-là. Avec, le confinement elle s’instaurera progressivement mais surement dans notre foyer. L’employeur de mon mari, un homme bon tout de même, avait commencé par lui avancer la moitié de son salaire. Ensuite, à cause du marasme dans le secteur touristique, il l’avait tout simplement licencié avec une toute petite indemnité. Il n’était pas obligé de le garder, faut bien le reconnaitre, vu que mon époux était encore sous contrat de pré-embauche.  

Alors, sans aucun espoir de retrouver un job, dans cette situation de crise sanitaire frappant de plein fouet de nombreux secteurs et se sachant avec zéro économie, mon judas d’époux avait eu une lumineuse idée. Du flan! Ce dégonflé, en fait n’avait rien trouvé de mieux que de me suggérer de vendre la maison qu’il avait construite mais entièrement payée avec mes deniers. Vous pensez bien que j’avais dit non! Comment permettre de faire planer sur nos têtes et sur celles de mes enfants, le danger de nous retrouver à la rue ? Franchement,  d’un homme on attend autre chose que de nous tambouriner les tympans avec des pleurnicheries qui n’avaient aucun sens en pareilles circonstances.  

Et on s’attend encore moins à ce qu’il mette les jambes à son cou. Et pourtant c’est ce qu’il va faire. Sans le moindre remord, il  nous a abandonnés, les enfants et moi, à notre triste sort. Tranquille, un matin alors qu’il n’y avait pas la moindre bouchée de pain à nous mettre sous la dent, il avait dit vouloir rendre visite à ses parents dans son patelin. Je ne l’avais même pas calculé, tellement il me sortait de mes gongs. Encore heureux pour ma pomme que je pouvais compter sur tous les petits commerçants du coin qui ne refusaient jamais de me faire crédit. Sans leur coopération, beaucoup de mes voisins et moi-même et tous nos enfants nous serions morts et enterrés depuis belle lurette.   

Il m’avait paru suspect deux jours plus tard de ne pas avoir de nouvelles de ce sous homme qu’était mon époux. Cela n’avait poussé quand même mais vraiment à contre cœur à appeler sa mère. Je n’en revenais pas de l’entendre à l’autre bout du fils me répondre en jurant ne l’avoir jamais vu. Je n’en avais pas cru un mot sachant l’anormale dévotion que porte ce voyou aux siens. Voyant que personne de leur côté ne s’était manifesté pour me soutenir ou au moins pour tenter des recherches, j’avais compris qu’il était vain de m’engager dans cette voie. C’était clair, il était parti avec la bénédiction de ceux qui ne valent pas mieux que lui, je ne sais où, sans me laisser la moindre chance de retrouver sa trace.  

Donc, depuis un an et demi à peu près, je me démène toute seule pour nourrir mes quatre gosses, dont deux sont encore en couches et subvenir à tous nos besoins. Pour le moment, deux laiteries m’ont proposé, pour les dépanner, de cuisiner chez moi, toute la semaine sauf le vendredi, plusieurs dizaines de litres de «harira» et de leur fabriquer du pain maison. Ils me commandent à l’occasion des cakes ou des biscuits aussi. Tout ce que j’espère c’est qu’ils ne mettront pas rapidement un terme à notre collaboration qui me permet d’avoir un revenu en restant auprès de mes gamins. Mais avant d’avoir eu cette opportunité, je vous avoue, à vous seulement, avoir eu recours à la mendicité. Je ne compte vous en dire plus là-dessus, parce que cela m’émeut beaucoup trop de replonger dans ce souvenir en particulier. Je risque vraiment de ne pas pouvoir m’arrêter de pleurer. 

En tous les cas, au secours, vite que ce virus dégage ! Parce que je ne souhaite à personne de vivre ces moments où je me suis sentie au bord du précipice ne sachant pas à quel genre de nouveau coup m’attendre qui me ferait chuter, ou comment résister pour au moins me maintenir en place, avec mes enfants».  

Mariem Bennani 

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