Et moi qui voulais aider une femme battue !!

Radia, 72 ans, retraitée, séparée et mère de quatre enfants. Le pire cauchemar de cette femme fut d’avoir rendu service à une mendiante. Voici ce qu’elle nous raconte.

«Je n’en reviens toujours pas, à mon âge, d’avoir été bernée et éclaboussée par les agissements d’une personne ingrate et nuisible. Je me fais la promesse solennelle de mettre en sourdine tout appel à ma généreuse bienveillance.

C’est terminé, dorénavant, je me mêlerai de mes affaires, point barre. Ce qui m’attriste vraiment, c’est le sort qui sera réservé à ces gamins dont l’intolérable situation avait fait saigner mon cœur. S’ils prennent exemple sur leurs parents, bonjour les dégâts!

Je suis une retraitée qui ne regrette absolument pas de vivre seule aujourd’hui. Franchement je ne me sens pas être une marginale de la société, ou que mon choix révèle un caractère trop individualiste. J’ai estimé amplement mériter du repos après avoir élevé quatre gosses et être complètement rassurée sur l’avenir professionnel.

Oui, j’ai mené à bien ma mission de mère et j’ai aussi, très longtemps ou plutôt trop longtemps, supporté un époux excessivement tatillon et colérique. J’avais tout simplement décidé de le quitter après que la situation entre nous deux se soit gravement détériorée. Clairement, nous ne nous entendions plus du tout et sur rien du tout. Il était impossible de continuer de se jouer la comédie.

Ainsi, non sans éclats, nous nous étions mis d’accord, pour un partage de biens et vivre chacun de son côté. Deux ans de lutte acharnée pour trouver des compromis qui n’étaient même pas équitables! A l’époque, il ne nous avait pas semblé utile de divorcer et ce, pour un tas de complications administratives. 

Sauf que ces derniers temps, les choses ont changé. Il semblerait selon les dires de mon époux, que la femme avec qui il vit actuellement, le menace de le quitter s’il ne s’exécute pas et rompt notre contrat.  En ce qui me concerne, je ne m’oppose pas du tout au divorce. Je demande seulement qu’il n’y ait pas d’entourloupes de prévues sur l’obtention de mes droits. Et bizarrement, j’ai comme l’impression que c’est bien là que réside tout le problème.

Bof, cette histoire pourra prendre les tournures qu’elle voudra, qu’elle ne me pompera pas l’air plus que ça. Encore heureux que j’aie eu raison d’avoir les pieds bien ancrés sur terre pour ne pas me retrouver une main devant, une main derrière, après plus de trente ans de mariage et de boulot aussi. Et dire qu’il existe d’autres sortes de menaces auxquelles on ne s’attend jamais.

Moi, pour vivre seule et dignement, je m’étais débrouillée pour que mon époux s’imagine se tirer d’affaire royalement lorsqu’il m’avait cédé légalement un appartement qui avait le moins de valeur à ses yeux. Bien sûr, j’avais dû renoncer à ma part de la villa que nous avions construite tous les deux ici, ainsi qu’à celles des deux autres constructions et du pavillon qu’il occupe à l’étranger. Il faut savoir aussi que pendant cinq années consécutives, pour pouvoir m’en sortir réellement, j’avais supporté de partager mon toit en sous-louant des chambres à des étudiantes. Une vraie catastrophe!  Mais, la patience paye.  C’est ce revenu informel et mes autres économies qui m’ont permis d’acquérir un autre petit appartement que je loue. Jusque-là, je ne souffre pas d’irrégularités dans mes revenus grâce au sérieux de mes locataires.

Aussi, ce loyer et ma pension de retraite me suffisent pour me soigner, assurer le régime alimentaire très couteux que me prescrit mon médecin traitant, voyager et payer mes factures. Je rajouterai à cela, ma tendance à être bonne samaritaine, sensible à la cause des personnes âgées dans l’indigence, ou de ceux et celles qui peinent à se sortir de situations de précarité. Sauf que maintenant, j’ai pris la décision formelle, par méfiance, de me mêler de mes oignons. Il faut me croire, il s’en est fallu de peu pour que je me retrouve soit au fond du cachot, soit complètement ruinée pour être libre!  

Elle commence là mon histoire avec cette jeune femme que je vais rencontrer dans la salle d’attente de mon ophtalmologue. Elle était assise avec ses deux enfants. Elle pleurait toutes les larmes de son corps en serrant tantôt son bébé et tantôt son gamin à côté qui avait un énorme bandage qui lui couvrait la tête et un œil. Cette scène m’avait brisé le cœur, mais j’ignorais qu’elle était surjouée. N’en pouvant plus d’être titillée par mon altruisme, je lui avais adressé un sourire tout en lui avançant des paroles réconfortantes. Très vite la langue de cette maman s’était déliée pour me raconter, toujours en suffocant, que c’était le père de l’enfant qui était responsable de cette tragédie. Ce monstre avait eu un accès de colère et avait tout cassé dans leur maison avant de les expulser dehors, elle et les enfants. Depuis qu’il avait eu vent de son histoire d’héritage, chaque soir c’était l’enfer à la maison. Cet argent, il le voulait, alors qu’elle ne l’avait pas encore reçu. Cette soirée dramatique fut la dernière puisqu’il était allé beaucoup trop loin en s’en fichant du sort de son bébé et de son autre gamin qui avait pris un gros éclat de verre dans l’œil. 

Elle s’était retrouvée à la rue en pleine nuit et n’avait eu pour lui porter secours que l’assistance du voisinage. Les uns s’étaient occupés du bébé, pendant que d’autres l’avaient accompagnée en taxi aux urgences pour de premiers soins. Elle avait pu s’adresser les jours suivants à ce spécialiste qui a affirmé qu’elle devait très peu garder espoir. Il continue de lui apporter des soins pour guérir la blessure mais pour l’état de l’œil c’est tout autre chose. Son autre gravissime problème était le logement. Elle espérait pouvoir trouver en centre-ville, une «R’hena» pour qu’elle puisse s’acquitter d’un loyer modéré à sa portée et récupérer le jour de son départ la somme rondelette à avancer. Décidément, je trouvais que le hasard faisait bien les choses. Je lui parlais alors sans attendre du mari de ma voisine, propriétaire d’un autre appartement dans notre immeuble recherchant le même profil de locataire. Je m’étais sentie dans le devoir d’aider cette pauvre jeune femme et ses gosses. Après lui avoir remis les coordonnées de ma voisine, je lui avais fait la promesse de me porter garante auprès de mes amis. 

Finalement, je fus si fière de mon geste et bien soulagée pour elle du succès de leur transaction. Une vive émotion s’était emparée de moi, quand quelques jours plus tard après son installation, je l’avais vue accompagnant son enfant pour son premier jour d’école. Qu’est-ce qu’il était mignon son petit gars avec son petit cartable sur le dos. Un pauvre chou qui va devoir se passer de l’usage d’un de ses yeux et qui gardera à vie les séquelles de la barbarie que lui a infligé son propre père! Je vous avoue que j’étais restée bouche bée sur son impeccable apparence. 

Comment ne pas dire bravo et tendre la main à cette petite guerrière tout le temps couverte d’une robe très longue et d’un fichu noir usé. Visiblement, elle s’était ruinée pour offrir à son gamin une belle rentrée des classes. Je m’étais dit qu’au moins, elle pouvait s’occuper de ses gamins sans avoir sur le dos ce criminel qui en voulait à son argent non pas pour le dépenser à bon escient ou le faire fructifier mais très certainement pour le dilapider. A sa place, j’avais crié un grand ouf, ne me doutant pas un seul instant que cette jeune femme était fourbe et capable d’agissements machiavéliques pour arriver à ses fins. 

Pour aller droit au but, ma voisine et moi nous n’imaginions pas le moins du monde que c’était une mendiante, une très grosse pointure dans ce monde de la mendicité. Et nous allions en voir des vertes et des pas mûres avec cette raclure. Oui, cette espèce de bonne femme de 22 ans était dotée d’une inimaginable capacité à manipuler pour pomper du fric. Elle avait réussi à emprisonner dans ses filets une quarantaine de personnes ciblées et démarchées ou rencontrées sur son chemin. Toutes lui faisaient des dons ponctuellement de denrées alimentaires, vêtements pour enfants, couches et produits d’entretien avec en sus chaque mois un billet de 100 ou 200 cents dirhams et par occasions bien plus. Cette cagnotte lui servait à payer son loyer, sa nourriture, le lait de son bébé, et entretenir son toxico de mari. Alors là, lui, c’est aussi un enfoiré de la pire espèce, qui n’avait pas hésité à dénoncer au détail près le trafic de son épouse, tout en nous affirmant que son histoire d’héritage c’était du pipeau. En fait, ce n’était ni plus moins qu’un énorme bas de laine qu’elle détenait. 

Qu’à cela ne tienne, elle avait trouvé comment assurer la subsistance de son foyer et ni le couple de mes voisins, ni moi-même ne nous sommes vus dans le droit de lui faire des reproches sur ses manigances. Nous avions tout simplement évité de lui signifier que nous savions tout. C’est quand elle s’était mise en tête de nous adopter en tant que nounous de ses gamins pour qu’elle puisse tranquillement aller à la pêche de nouveaux pigeons que les choses entre nous avaient viré au cauchemar. Pour qu’elle nous fiche la paix, ce fut un vrai bras de fer. La dame en face de nous était une pro du harcèlement. Elle n’avait donc pas froid aux yeux pour s’immiscer sans notre consentement dans notre vie privée. Dérangées et dépitées par ses visites impromptues et son acharnement, nous avions fini par la stopper en lui avouant que nous étions au courant de ses activités. Aussi, qu’il valait mieux pour elle de nous laisser tranquilles, ou de quitter les lieux. Pour se venger de l’avoir remise à sa place, elle avait été porter plainte à la police, nous accusant de l’avoir sauvagement molestée pour la contraindre à décamper. Elle m’accusera aussi d’être derrière tout cela parce qu’elle avait découvert que j’entretenais une relation adultère avec le mari de ma voisine. 

Elle leur présentera un certificat médical et leur montrera ses coups et ses blessures assenés en vérité par son époux qui l’attendait au coin de notre rue à deux mètres de l’entrée de notre immeuble. Et pour finir en beauté son job de raquetteuse, elle nous balancera son bon vouloir d’abandonner ses poursuites en justice contre une lourde indemnité.

Qu’il nous tombe dessus une histoire pareille a été pour le moins insolite et choquant!  Heureusement que nos caméras de surveillance montraient tout le contraire de ses accusations. Les images qui l’affichaient rentrant dans l’immeuble dans un sale état concordaient à la perfection avec le temps de la scène où son époux lui assenait une terrifiante raclée filmée par un résidant de l’immeuble d’en face que nous connaissions. Ces preuves indiscutables la forceront à prendre la poudre d’escampette sans oublier d’aller très vite retirer sa plainte pour pouvoir récupérer sa mise. Elle s’en était sortie en forçant sur son art, le montage de pleurniche. Quel spectacle de la voir ainsi jurant à fendre l’âme qu’elle avait menti pour contraindre le mari de ma voisine à baisser son loyer.  

Rien à rajouter de plus sur cette affligeante affaire, sinon qu’il faut se méfier de tout le monde aujourd’hui».

Mariem Bennani

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