mardi 12 décembre 2017

Mariée à l’ancienne, ça me va!

Houyame, 27 ans, ingénieure, est mariée et sans enfants. Cette jeune femme moderne a accepté de se marier à l’ancienne et elle ne le regrette pas. Voici son récit.

«A 25 ans, je n’étais pas atteinte par le syndrome malin du célibat ou, du moins, pas encore. Aux yeux des autres, il le fallait. Parce que bien plus tôt, toutes mes amies, cousines, voisines avaient fait une maladie ou un challenge du mariage, se focalisant viscéralement sur la mutation de leur statut ou de leur nom de famille. Tour à tour, je les ai vues se caser et même procréer. Beaucoup d’entre elles avaient enfin concrétisé leur rêve avec celui qui avait longuement hésité à se décider. Et les autres, elles avaient dû se contenter du bienheureux hasard. Il restait moi. Celle qui résistait, d’une part, parce que ce n’était pas une préoccupation majeure et capitale dans son existence et, d’autre part, jamais personne du côté masculin n’avait été à la hauteur de ses espérances.

Cependant, j’arrivais à l’âge où les autres, ne se mêlant jamais de leurs affaires, m’enquiquinaient avec leurs petites formules perfides, toutes avec, en filigrane, des sous-entendus. «Allah y jib chi nkra fine y ghber nhassek»… La pire de toutes qu’on me servait en dessert de fin conversation! En somme, il fallait que je m’y fasse: diplômée, jeune, jolie, de bonne famille, j’étais perçue comme n’ayant pas de valeur tant que je n’étais pas mariée. Et ma grand-mère, la pauvre qui en rajoutait des couches lorsqu’elle me serrait dans ses bras, larguant des milliards de versets et complaintes contre ce criminel mauvais œil des gens, focalisé, selon elle, sur ma personne. Une sorte d’aura d’anormalité que tout le monde apercevait sur ma tête et, franchement, elle devenait pesante même pour moi. Elle le fut à tel point que je me suis surprise à prier le ciel, afin que cela cesse.

Il faut croire que sa porte était «ouverte», comme on dit chez nous. Mon vœu fut très vite exaucé, avec toutefois un malicieux petit clin d’œil. Je recevais un cadeau surprise assez déroutant. J’allais connaître mon futur époux par le biais d’une demande en mariage à l’ancienne. Des amis d’amis de membres de la famille ont frappé à notre porte sans y être invités, pour faire leur demande. Mes parents, non mécontents, exigèrent de ces inconnus tout de même un temps de réflexion. Et aussi que nous, les principaux concernés, ayons le droit de nous fréquenter avant de conclure quoi que ce soit.

«Encore heureux», avais-je déclaré, révoltée lorsqu’ils m’avaient mise au courant. Cette nouvelle ne m’avait pas laissée indifférente, elle m’avait plutôt déstabilisée. Je ne savais plus s’il fallait que je refuse ou que j’accepte de connaître mon prétendant. Ma curiosité ayant pris le dessus, je ne déclinais pas ce rendez-vous. J’avais tout de même saupoudré d’un peu d’exaspération mon approbation, de la pure comédie pour épargner mon orgueil. Je peux avouer maintenant, sans complexe, que je m’étais préparée à un échec total.  Mais, je ne voulais pas laisser filer l’occasion de voir et connaître mon présent et d’en pouffer plus tard. Ben, voyons, comment concevoir qu’il pouvait exister à notre époque des gens bien, sous tous rapports, qui délèguent le soin à leurs parents de choisir pour eux un conjoint? Très louche cette histoire, il fallait que j’en aie le cœur net et basta! Et c’est dans cet état d’esprit que je rencontrai mon futur époux. .

Le jeune homme en question vint me chercher chez moi. A première vue, rien d’alarmant sur son aspect physique. Bien au contraire, j’étais ravie.  Il me salua et m’invita à monter dans sa voiture. Une auto de jeune qui démarre dans la vie et cela me soulageait. Il se montra très courtois en me donnant la priorité du choix du lieu où je me sentirais le plus à l’aise. Pendant qu’il conduisait, je l’observais minutieusement. Je tentais de déceler de l’agitation ou de l’irresponsabilité, mais rien, il était parfait conducteur. Nous sommes allés nous attabler dans une terrasse de café et nous tentions la conversation. J’étais conquise de remarquer qu’il avait à peu près les mêmes défauts que les miens: maladroit, inquiet, timide, mais non dépourvu de galanterie et d’humour.  Il était cultivé et à aucun moment, je n’ai perçu chez lui du sarcasme ou de la mauvaise foi, lorsque nous avions abordé certains sujets. Il a eu l’extrême élégance de ne me poser aucune question. Je fus complètement retournée par cette première rencontre. Il me plaisait, ce gars.

J’ai été rassurée de comprendre qu’il en fut de même pour lui, puisque nous nous sommes revus à de nombreuses reprises. J’avoue n’avoir pas pu m’empêcher d’essayer de le contrarier plusieurs fois, pour le sortir de ses gongs et en apprendre plus sur lui à travers ses réactions. Il y a répondu justement avec de la colère, mais sans violence. Et à aucun moment, je n’ai décelé chez lui de la suffisance, de l’arrogance.  Par la suite, il fallait bien que je me montre indiscrète et que je sache la ou les raisons qui l’avaient poussé à laisser ses parents choisir sa deuxième moitié à sa place. Il m’expliqua alors qu’il avait toujours espéré que cela se passe ainsi et que, pour lui, fonder une famille n’était pas un jeu. Il admettait être quelqu’un d’un peu vieux jeu et farouchement attaché à ses parents et aux valeurs qu’ils lui ont enseignées. Il disait vrai, cela je l’avais bien noté. Il rajouta que les flirts, les amourettes n’avaient aucune chance de figurer dans son emploi du temps lorsqu’il était étudiant. Cela, je le comprenais parfaitement, l’expérience était partagée.

Beaucoup de mes doutes étaient levés, j’en concluais que, finalement, le destin, «le mektoub» existait réellement. Mon mari, c’était lui et pas un autre et que j’étais faite pour lui. J’acceptais donc cette demande en mariage, que je ne regrette absolument pas aujourd’hui. Je me dois d’être sincère et reconnaître que rencontrer par hasard quelqu’un comme lui, je pouvais encore attendre des lustres. Je dis Merci à la Providence»!

Mariem Bennani

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