Pas de repos pour ce congé, mais la libération !

Dounia, 47 ans, salariée, est veuve et mère de 3 enfants. Cette femme ne s’est pas reposée durant son mois de congé. Elle nous raconte pourquoi.

«S’il y a bien quelque chose dans laquelle je me suis investie à corps perdu pour mon bien être et celui de mes enfants, durant tout mon mois de congé, c’est bien mon espace de vie. J’y étais bien décidée et ce, depuis un moment déjà. Mais pour m’en occuper très sérieusement, il me fallait du temps.

C’est vrai, je ne me suis pas accordé de repos, pas même un seul jour de plage ou la moindre escapade dans les environs. Mais tant pis, finalement, la sérénité que nous offre désormais notre habitation, lieu de travail également, en valait la peine.

Cela m’a permis aussi de me rendre compte de mes impardonnables erreurs du passé. On peut me croire sur parole, ça fait mal. 

Il y a bien longtemps, pendant que j’emménageais à peine dans notre villa avec feu mon époux, je pleurais ce mobilier sommaire rapporté que nous déballions. Je déplorais de devoir subir ce que je considérais comme étant une tragédie. Alors, pour que les choses changent et vite, je ne cessais de bombarder ma pauvre moitié de réflexions que je trouve aujourd’hui tellement stupides. Je déplore profondément de ne l’avoir jamais écouté, c’était un visionnaire. Mais que voulez-vous à cette époque j’étais sous l’influence totale et absolue du monde des apparences qui me sommait de m’en tenir à ses règles. Je peux vous dire qu’en l’espace de deux années notre maison avait bien fini par ressembler à un hôtel baroque. C’est que j’en étais très fière en plus. Ainsi parée, il ne me tardait plus qu’à l’exposer aux yeux de tous ceux que je désirais épater par notre réussite sociale. 

Mais, je ne m’étais pas réjouie longtemps de tout cet acharnement dans le paraître à cause d’un drame dans mon foyer. Mon époux, avait péri dans un malheureux accident de la circulation et il avait fallu vendre cette maison. Pour des raisons pratiques et financières, j’avais été dans l’obligation de m’installer en appartement. Ensuite pour pouvoir assurer les études des enfants, il n’y avait pas d’autre choix possible que de déménager ailleurs. A chaque fois, tout mon mobilier m’avait suivi. 

Je n’avais jamais eu le cœur de me défaire de quoique ce soit. Imaginez que nous avions vécu dans un encombrement impossible à décrire juste parce que je ne voulais rien lâcher de mes souvenirs. Et ce, malgré que mes parents et quelques amies n’avaient cessé de tenter quelques tièdes allusions sur ma déco folklorique. Pour ne pas mentir, primo je faisais la sourde oreille à cette criante vérité, parce que j’avais plus important à gérer quotidiennement. Et secundo, parce que je m’offrais encore le luxe d’employer une aide-ménagère pour assurer l’entretien. Cela avait duré dans le temps, jusqu’à l’arrivée du coronavirus dans notre vie à tous. Alors là, je l’ai ressentie jusqu’à la moindre particule de mon être, la lourdeur de mon foutu ameublement. 

Sans aide et de surcroit avec la présence continue de mes enfants pas du tout gênés par leur propre désordre, le cauchemar était multiplié par cent. C’est très simple, je suffoquais d’être coincée dans ce capharnaüm. En plus, là où je m’essayais à quelques opérations de dépoussiérage ou de rangement, les bras m’en tombaient immédiatement de découragement. Et avec l’impression quasi permanente que je finirai par crever dans ma cuisine, ensevelie sous les casseroles, poêles et vaisselles en attente d’être lavées ou rangées. Chaque jour, je priais le ciel que cette pandémie soit vite maitrisée afin que je retrouve ma liberté loin de ce cafouillis de dingue. 

J’ai dû supporter ça jusqu’à ces vacances où enfin était arrivée l’heure de me séparer de tout ce qui me polluait l’existence. Sans attendre une minute de plus je me suis occupée de faire le vide en vendant pour trois fois rien ou en faisant don de toutes les vieilleries qui me pompaient l’énergie tout en m’écorchant la vue et l’âme. Tout y est passé, les meubles, les vitrines, les étagères, les tableaux, les lampadaires, les séries de bibelots, les ustensiles de cuisines, les couvertures, les rideaux, les bouquins, les jouets, les antiquités dans les armoires et dans les tiroirs. Je me suis séparée également des lourdes banquettes que supportait mon grand salon, de tous mes grands tapis, de lustres en cristal, et tellement d’autres trucs qui ne servaient qu’à récupérer la poussière et nous priver d’espace. 

J’ai dû trimer pour cela, même qu’en fin de journée je ne sentais plus mes jambes me porter. Pas grave, maintenant au moins je me sens délivrée de ces attaques d’angoisses ou ces sensations d’étouffement. Mes enfants ont un peu râlé de tout ce boulot que je me suis infligée, mais eux aussi ils l’ont ressentie cette saisissante bouffée de sérénité qui émane de partout désormais dans la maison.

Quelle sacrée différence et quel bonheur de circuler dans tant de clarté! Même les tâches ménagères ne sont plus une corvée rébarbative et ne nécessitent plus d’aide extérieure quotidienne. Vraiment, je me suis simplifié la vie pour de bon et je m’en félicite.   

Jusqu’ici tout va bien, il y a seulement qu’elles me restent en travers de la gorge toutes mes folles dépenses du passé dans du mobilier et autant de babioles pour avoir seulement voulu jeter de la poudre aux yeux des autres…».

Mariem Bennani

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