J’étais adopté et ne le savais pas

Hicham a 17 ans et c’est à la suite d’un différend avec son proche voisinage qu’il découvre qu’il avait été adopté à la naissance.

«J’ai grandi dans une famille, avec un père et une mère qui m’ont donné tant d’amour, d’affection, de tendresse et d’attention. Mon bonheur était total. Et puis, mon univers a basculé dans le chaos en un claquement de doigts. Ce maudit soir-là, alors que nous revenions de notre séance de sport hebdomadaire et que mon père essayait de garer sa voiture à son emplacement habituel, quelle ne fut sa surprise de le voir occupé par un autre véhicule. Il m’envoya de suite chercher le gardien de notre immeuble pour des explications. Ce dernier revint en compagnie de la femme d’un de nos voisins. Elle venait vers nous en vociférant.

Mon père et moi ne comprenions rien à ce qu’elle disait. Mais au fur à mesure qu’elle s’approchait, nous déchiffrions les tonnes de monstruosités qu’elle nous adressait. Cette folle criait que nous n’avions aucune éducation, ni amabilité de l’avoir dérangée. Selon elle, nous devions comprendre que cette voiture était celle d’une de ses invitées, que celle-ci l’avait momentanément mal placée. Après un débit interminable de reproches à l’égard de mon père, elle se mit à me viser, moi. Elle exigeait de savoir pourquoi je la regardais de façon haineuse. Et elle se lâcha de plus belle en déversant un lot d’insanités à mon encontre. Elle disait qu’elle allait m’arracher les yeux parce que, de toute façon, je n’étais que de la mauvaise graine, un crève-la-faim, un «chitane» pouilleux, un « oueld el klabe » né bâtard et trouvé dans une décharge; que celle que j’appelais «moui» n’était pas ma mère, mais une salope dégénérée et stérile; et que mon père n’était qu’un âne, impuissant, capable de rien. Je ne comprenais pas pourquoi mon père n’essayait pas de lui répondre. Il m’ordonnait depuis le début de monter dans la voiture. Je n’en fis rien et, pour la première fois de ma vie, je ne l’écoutai pas. Je sautais tout simplement à la gorge de cette mégère. Ma rage était terrible. Ni mon père ni le gardien n’arrivaient à me maîtriser. Je l’avais mise à terre et lui assenais tous les coups que je pouvais. Mes forces s’étaient décuplées de façon phénoménale. S’ils n’avaient pas été là, je crois bien que je l’aurais tuée. Evidemment, cette catastrophe nous entraîna jusqu’au poste de police. La suite a été une plainte contre moi; j’étais accusé d’avoir agressé sans raison une honnête femme. Pour moi, ce n’était pas le plus grave. Les révélations sous forme d’injures que j’avais entendues m’avaient rendu complétement fou. Mes parents accablés, contraints et forcés durent m’expliquer qu’ils m’avaient adopté par le biais d’une association, alors que j’étais encore en couche. Et que pour eux, j’étais toute leur raison de vivre. J’essayais de reprendre mes esprits et me pinçais pour m’assurer que ce n’était pas un cauchemar. Malheureusement, c’était la pire des vérités, celle dont on aurait espéré qu’elle ne soit qu’un mensonge. Au début, je me mis à haïr ce père et cette mère qui n’étaient pas les miens. Je ne digérais pas le fait qu’ils ne m’en aient jamais parlé et d’avoir été si longtemps berné et surtout de l’avoir appris de cette façon. Je n’arrivais plus à dormir, ni à me concentrer sur quoi que ce soit. Je voulais connaître mes vrais parents; c’était devenu une torture. Je restais des jours sans manger, à contempler le plafond et sans prononcer un seul mot. Mes parents n’eurent d’autre choix que de m’aider à surmonter cette tragédie qui s’était abattue sur nous. Ils firent plus que l’impossible pour retrouver mes vrais parents. Après plusieurs mois de recherches, je fis leur connaissance. La joie frénétique et euphorique, quelques heures avant leur rencontre, se mua dès que je les vis en une crampe au cœur, l’expression d’une sorte de méli-mélo de déception et de tristesse indescriptibles. Nos retrouvailles se sont déroulées avec une profusion d’émotion et de larmes. Mes vrais parents et mes frères et sœurs vivaient dans la précarité absolue. Je ne leur en voulais pas de m’avoir donné. Des explications n’étaient pas nécessaires. A quoi bon retourner le couteau dans la plaie? Surtout que tout au fond de moi-même, je remerciais le ciel de m’avoir donné ce papa et cette maman merveilleux. Ce sont eux que j’aime le plus, eux qui m’ont tout donné et sont ma seule vraie famille. Mais la vérité était dure à découvrir. Est-ce que j’aurais été ce que je suis s’ils m’avaient dit la vérité dès le départ? Est-ce que je les aurais aimés aussi fort? Aurait-il été facile de vivre avec l’idée que j’étais un enfant abandonné? Je n’en sais rien»…

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Un commentaire

  1. c’est la vie…elle est faite ainsi.il faut aimer et y prendre goût.

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