Ce qui m’a fendu le cœur dans l’attitude de mes enfants

Youssef, 76 ans, retraité, marié et père de 4 enfants. Ce papi est désespéré par ses enfants qui l’ont incroyablement négligé, lui et leur mère, en cette période trouble du Coronavirus. Voici son récit.

«Mon épouse et moi, personnes âgées que nous sommes, confinées ou déconfinées, nous n’avons pas encore revus nos enfants. Devons-nous comprendre par-là que nous représentons à leurs yeux un danger contaminant qu’il faut fuir? D’ailleurs puisque nous y sommes, je me demande aussi, si à cause de cela, nous allons pour la première fois de notre vie passer la fête de l’Aïd el Kabîr tout seuls ? A vrai dire, ces interrogations me dépriment totalement.

Depuis que tous nos enfants se sont mis à voler de leurs propres ailes, nous nous sommes habitués hélas, à ne pas les voir aussi souvent que nous l’aurions souhaité. Dans notre handicapante vieillesse nous n’avons jamais compté que sur nous-mêmes pour nous dépatouiller. A quel niveau notre éducation a-t-elle été défectueuse pour qu’il en soit ainsi? Je ne cesse de le ressasser! Sommes-nous jamais opposés à ce qu’ils accomplissent leur destin selon leur propre bon vouloir ? Pas que je sache. Bien au contraire, pour leur en donner la possibilité, il me semble que nous avons été des parents exemplaires, exempts de tout comportement individualiste. Notre seul et unique objectif était de leur assurer  un avenir en béton.  

Il n’avait pas suffi d’un claquement de doigts pour que cet avenir leur soit assuré. Evidemment qu’il avait fallu nous saigner en nous imposant des mesures drastiques. Et dire qu’à peine avions-nous eu le temps d’être entièrement comblés, espérant être enfin délestés de toutes ces lourdes charges liées aux scolarités, que nos enfants demandaient à s’installer en couple. Là encore, nul besoin d’un dessin pour comprendre qu’ils avaient encore besoin d’aide pour leurs mariages et leurs installations. Alors sans hésiter, nous leurs avions offert la recette de nos deux héritages qui tombait à point nommé. Assurément, nous avions été très heureux de voir notre famille désormais agrandie, mais nous espérions un peu plus de gratitude.

Entre temps, la retraite nous avait rattrapés et comme chacun sait, nous ne jouissions plus de la totalité de nos revenus. Sans compter qu’avec l’âge, il faut beaucoup casquer pour se maintenir en bonne santé. Il n’y a pas d’illusions à se faire, cette dernière devient sacrément vulnérable et capricieuse. Encore une fois, on ne pouvait se passer de faire joujou avec les restrictions. Par dignité, nous avions décidé de ne jamais en parler à nos enfants. Seulement nous ne pouvions zapper le fait qu’ils n’avaient pas hérités de notre générosité et de notre sens du devoir.

Nous sommes bien conscients que les temps ont changé. Il semble effectivement très difficile de s’écarter d’un comportement arriviste qui prêche le narcissisme et l’égoïsme à outrance. Je suis scandalisé par cette capacité qu’ont les miens de se ruiner pour une montre, une voiture, un sac à main, un salon, ou des vacances à l’étranger. Si au moins je pouvais déceler chez eux quelque contentement. Pas du tout, mes enfants se plaignent tout le temps de stress et de ne pas pouvoir s’en sortir à cause de toutes leurs dettes. C’est marrant mais l’herbe est toujours verte chez les autres et pas chez eux. J’ai mal en mon for intérieur de voir le bling bling tant engloutir en creusant leur tombe.  

Parlons maintenant de comment nous avons vécu le confinement dû à la pandémie du covid 19 sans le soutien même pas moral de nos enfants. La vérité est que nous n’avons pu compter que sur la bienveillance complètement désintéressée de notre gardien d’immeuble et de son épouse. Ce couple qui nous coûte trois fois rien par mois en indemnité de syndic, ne nous a pas laissés tomber. Ils s’inquiétaient pour nous comme si nous avions été leurs propres parents. Tous les matins et tous les soirs avec ponctualité, ils venaient s’assurer que nous étions bien et que nous n’avions besoin de rien. D’emblée, ils proposaient leurs services pour les courses, le ménage et… tout en fait. Il n’y a aucun doute là-dessus, nous avons été soutenus et aidés royalement. A tel point qu’une telle profusion d’affection à notre égard par des étrangers faisait mal à l’âme.  

La comparaison avec le comportement de nos propres enfants nous poignardait le cœur. Tous maladivement préoccupés par leur devenir professionnel à cause de la crise, nous ne recevions d’eux que quelques appels téléphoniques. Des coups de vent, chargés de molles et peu engageantes propositions de soutien, c’est ce que nous recevions. Ils avaient peur pour nous disaient-ils. Mais étaient-ils conscients que rien dans leur attitude ne le démontrait?  Ils savent pourtant que mon état de santé rame à cause d’un problème osseux au genou. Aussi, que j’avais reporté mon opération chirurgicale à cause de l’interdiction de tout déplacement dans le royaume.

Nous n’avons pas pu compter ni sur nos filles, ni sur nos garçons, tous enfermés à double tour chez eux. Le plus sordide dans cette histoire c’est que même après le confinement, ils ne semblent pas pressés de venir nous rejoindre. Ils parlent encore et toujours de leurs difficultés sans nous laisser en placer une. Ils balaient la moindre seconde d’écoute. Comment ne pas suspecter le fait qu’ils voient en nous des dangers potentiels et qu’ils tentent par tous les moyens de nous éviter pour sauver leur peau? Je suis extrêmement perturbé voire en détresse totale à cause de ce sentiment. Et puis, ce qui rajoute à ma peine, c’est d’imaginer qu’ils ne veulent pas de nous non plus pour mon opération.

Je désespère de ne pas pouvoir partager avec mon épouse ce dur constat qui me ravage le cœur. Je veux lui épargner des larmes et du chagrin en la laissant s’affairer plutôt dans ses préparatifs de fête. La pauvre, elle s’applique tellement dans ses confections de petits gâteaux et salades cuites pour faire plaisir à ses enfants et petits-enfants. Même si pour moi, il n’y a pas photo ce Aid el Kebir nous le passerons en tête à tête».

Mariem Bennani

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