Mon malheur est que je manque de confiance en moi !

Loubna, 29 ans, est une webmaster célibataire. Cette jeune femme déplore son manque de confiance en elle-même. Voici ce qu’elle raconte. 

«Moi, je suis une jeune femme dont les parents, malgré des revenus en dents de scie, n’ont pas hésité à raquer pour mes études. Heureusement, je ne les ai pas déçus. Mais faut pas croire, ils n’en tirent aucun bénéfice, sauf quelques cadeaux de temps en temps. Parce que pour être capable de tenir le coup sans se sentir mal dans sa peau en côtoyant des gens qui friment beaucoup, il en faut des sous et beaucoup même. D’ailleurs, il n’y a pas que cela qui bouffe un salaire. Par exemple pour vivre dans un environnement sécurisé, je me suis surendettée pour 25 ans avec l’achat d’un studio en plein centre de la capitale. Une folie mais passons, ce n’est pas comme si j’avais un grand choix. Donc, je continue sur mon parcours scolaire sans embûches qui m’a ouvert de grandes portes. Aujourd’hui, grâce cela et à certaines opportunités de la vie, on peut dire que j’ai un très bon job qui touche plusieurs secteurs en lien avec internet et les réseaux sociaux. En clair, cet univers est mon pain quotidien et je le maitrise parfaitement.  

Cependant, et il faut me croire, je reste pour tous les activistes de ce monde virtuel une illustre inconnue par choix perso. Etre inscrite partout avec un profil qui reste immuablement vide, est une autre de mes spécialités et celle-là, je n’en suis absolument pas fière. Je dirai pour être dans le juste que je l’exècre. Pour lever tout doute, et j’insiste là-dessus, il est archi faux de croire que je jubile d’être une spectatrice incognito qui ne réagit jamais et ce, peu importe la plateforme où j’émerge. Encore autre chose qui me perturbe beaucoup ces derniers temps, c’est de suer à la place de membres de ma famille. Là, j’ai compris que le danger de mon manque de confiance en moi n’avait plus de limite. Et cela se confirme chaque fois que j’ose aller jeter un œil sur les vidéos et photos de ma grand-mère et de mes tantes. Des femmes âgées très actives sur Youtube, Instagram et TikTok, même qu’elles gagnent de l’argent grâce aux centaines d’abonnés qui sont toujours là pour les féliciter, les encourager, leur demander des conseils et parfois les injurier.  

Non, je ne suis pas jalouse, vraiment pas. Seulement, je trouve grandiose le culot de ces bonnes femmes illettrées qui vivent à la campagne mais que j’adore, et tellement d’autres aussi. Je me demande de quelle manière elles ont été informées de se passer des conseils «éclairés» de gens comme moi pour se lancer. C’est dingue comme elles n’ont pas eu besoin non plus de beaucoup réfléchir, ni de l’assistance d’armada de coachs en développement personnel spécialisés dans l’estime de soi pour se décider, ni d’études pour établir des plannings, ni d’appui de personnalités connues et reconnues pour sortir de l’anonymat. Pour créer leur monde virtuel, elles ont eu besoin de croire en elles, de jouer le jeu sans calcul. Oui et aussi bien sûr avec l’aide d’un téléphone et d’un petit jeune de 15 ans pour les filmer. Sans complexe et en se fichant complètement de ce que les autres pourraient penser ou dire, elles y sont allées franco, le cœur léger et le pas sûr. Alors que pendant ce temps, moi, la spécialiste, je me cache, tétanisée, me mettant toute seule sous l’emprise d’une peur non fondée de passer pour ridicule en tapotant ne serait-ce qu’un misérable émoticône.  

Et assidûment comme toujours, ce que je considère désormais comme étant la pire de mes tares poursuit pépère son activité sur ma personne. Je continue de rester incapable d’écrire le moindre commentaire, le moindre conseil, le moindre avis et ce n’est pas faute d’en avoir envie.

Sans mentir, depuis que j’ai en face des yeux, tout le temps, le travail des membres de ma famille, fort d’intelligence émotionnelle, de compétence naturelle pour la vie que je n’ai pas, je ne cesse de pleurer mon capital génétique déshérité à ce niveau.

Ce qui est encore plus regrettable dans mon cas, c’est qu’il ne m’en manque pas de ce désir de me lâcher, pour simplement communiquer, donner des cours, d’assurer des ateliers, gratuits ou pas, de formation dans mon domaine. Rien à faire, tout prend forme dans ma tête et il y reste bloqué. J’avoue qu’exceller dans le rester prostrée comme une statue de marbre, devant mon écran, sous l’influence d’une barbare soumission à un fictif regard des autres, me navre à un point… !  Vraiment, je vis mal très cet aspect de ma personnalité. Mais je n’arrive pas à changer».

Mariem Bennani

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