Entretien avec Abdelhak Najib, écrivain et journaliste | Schizophrénie quand tu nous tiens !

Abdelhak Najib Éditions Orion

Abdelhak Najib vient de publier aux Éditions Orion, un recueil de chroniques qui s’étalent sur trente ans de la vie marocaine avec ses travers, ses dérives, ses aberrations et ses paradoxes. «Schizophrénies marocaines» est une réflexion au vitriol sur les réalités à la Marocaine.

Entretien.

Ces chroniques réunies dans l’ouvrage «Schizophrénies marocaines», paru aux Éditions Orion, reviennent sur presque trois décennies de journalisme et d’écriture. Pourquoi les publier aujourd’hui ?

Tout à fait. En presque trente années de pratique journalistique, j’ai écrit de nombreux textes puisés à même les jours. J’ai réuni une somme considérable de textes et d’écrits sous forme de chroniques qui rendent compte de la vie marocaine dans ses différentes ramifications et sinuosités. Tout y passe et sans compromis. Une manière d’écrire autre chose, de pratiquer un exercice qui correspond plus à mes préoccupations humaines. La chronique n’est pas un texte journalistique. Je peux ne pas être objectif. Je peux même aller au bout de ma subjectivité et dire ce que je pense, sans détours, sans en garder sous le capot. Je peux juger, donner mon avis, gueuler, rouspéter, tirer à boulets rouges, voire même péter un câble si le moment l’impose. En effet, ce sont là des textes écrits dans le moment. Ils répondent à des émotions prises sur le vif et déclinées parfois telles quelles, sans les arranger, à dessein. Pour justement leur garder cet aspect de l’instantané en mots. Des situations humaines prises in situ qui rendent compte de rapports humains difficiles, de mésentente, de non-compréhension, d’à priori, de jugements hâtifs de part et d’autre, de non-dits qui en disent long sur le pouls d’un pays souvent pris de fébrilité et de fièvre.

Vous avez pratiquement écrit sur de nombreux sujets et thématiques qui sont d’une grande actualité au Maroc aujourd’hui. Cet ouvrage fait le solde de tout compte de toute une période de l’histoire récente du Maroc ?

Absolument. C’est dans ce sens, que durant plusieurs années j’ai traité des banalités du quotidien. J’ai évoqué une rencontre dans un taxi. J’ai mis l’accent sur une discussion à bâtons rompus chez un coiffeur. J’ai mis en avant l’analyse faite par un néophyte sur la géostratégie  mondiale. J’ai présenté les avis des uns et des autres sur des sujets aussi graves que la guerre, l’extrémisme religieux, Daëch et Al Qaïda, le sexe, la drogue, Ramadan et ses paradoxes, la religion, la liberté, la politique, Internet et les réseaux sociaux… Et surtout la femme et le rapport de l’homme, des hommes marocains, aux différentes variantes des femmes… Bref tout ce qui fait ce monde fou où nous essayons, chacun à sa mesure, de tirer son épingle du jeu. Le but n’est pas de donner des leçons sur telle ou telle situation humaine ou encore la société marocaine dans ses nombreuses et complexes manifestations. Il s’agit de faire un constat, parfois de manière acerbe, souvent avec beaucoup d’humour et d’ironie pour passer au scalpel un Maroc qui se débat entre plusieurs tiraillements, entre pseudo-modernité et fausses traditions. Un Maroc multicéphale. Un Maroc aux abois, parfois. Un Maroc parano. Un Maroc contradictoire. Un Maroc dangereux aussi quand le religieux flirte avec la violence urbaine, quand les discours moralisateurs s’érigent en couperet sur les têtes, quand certains, beaucoup trop nombreux, s’autoproclament justiciers et font leur loi, tels des mollahs affolés, des agents du Gershad à la sauce marocaine, défenseurs d’une certaine idée de la vertu, quand les femmes elles-mêmes fustigent la femme et revendiquent leur soumission au grand dam des féministes. Bref, un Maroc de tous les possibles, un pays où la politique ne sert plus à rien, où la religion a muté et où les citoyens ne savent plus à quel saint ou diable se vouer.

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Vous n’y allez pas de main morte dans le traitement de tous ces sujets…

En effet, ces chroniques ne font pas dans la dentelle. Il y a ici une réelle inclination pour le règlement de compte au vitriol, sans souci de conciliation. Parce que parfois, il faut dire les choses telles qu’elles sont, sans les déguiser, sans maquiller les façades ni vouloir faire la sourde oreille, détourner le regard, comme font tous ceux qui sont adeptes du «Cachez-nous cette réalité que nous ne saurions voir». Je suis plutôt du genre à dénuder les contours déchiquetés de la réalité, des réalités pour en scruter le fonds, souvent insondable. C’est légitimement que j’accuse, j’invective, j’interpelle, je crie haut et fort par moments face à tout ce qui me préoccupe profondément dans un pays dont les mutations profondes ne vont pas sans risques. Il est du devoir du chroniqueur de le souligner. Il est impératif de le révéler, de lever le voile et d’aller au bout, quitte à brusquer, offusquer, mécontenter, mais jamais dans le but de faire affront aux Marocaines et aux Marocains.  Nous sommes tous témoins de notre temps et de notre histoire. Nous sommes aussi des juges de notre passé parce que nous voulons un avenir autre aux uns et aux autres. Pour ce faire, il faut être en règle avec soi-même, ne pas hésiter à dégainer, ne pas flancher au moment de dégoupiller avec vélocité et ne pas rater le coche.

Propos recueillis par Mounir Serhani, écrivain et universitaire

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