Entretien avec Abdellah El Ouardi, Préfet de police de Casablanca

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Situation sécuritaire 

Le Préfet Abdellah El Ouardi fait le point avec Le Reporter

Exclusif. Il est 11 h 35, ce jeudi 17 février. Le Reporter, qui voulait en savoir plus sur les récents problèmes d’insécurité de la ville, a été reçu une trentaine de minutes par le préfet de police de Casablanca, Abdellah El Ouardi dans son bureau au 7ème étage à la wilaya de la sûreté nationale située sur le Boulevard Zerktouni. Lutte contre la petite et la grande criminalité, résolution du mystère des crimes commis dans la métropole… Pour Abdellah El Ouardi, la lutte contre tous les phénomènes de la criminalité est une bataille de tous les jours. Le dossier de la circulation routière est également au cœur de ses préoccupations.

Cinq heures plutôt, dans ce même bureau, le préfet de la plus grande ville du Royaume écoutait le dernier point sur le trafic routier, la situation sécuritaire et les résultats obtenus dans le cadre des opérations menées par les services sécuritaires à la wilaya de sûreté de la ville blanche.  Ce point quotidien dure une trentaine de minutes, de 6h30 à 7h. Les informations importantes sont ensuite communiquées aux différents services. Et à partir de 7 h, toutes les équipes sont sur le terrain pour veiller à la fluidité de la circulation dans la capitale économique. Le préfet ne dispose pas de beaucoup de temps, mais il accepte de répondre à nos questions, pour éclairer l’opinion publique. 

Après les incidents de Sidi Bernoussi, où de jeunes délinquants jetaient des pierres sur les usagers de la route, mettant en danger leur sécurité physique, beaucoup de Casablancais s’inquiètent. Quelle est la situation de la sécurité à Casablanca? Quels moyens sont engagés pour lutter contre la criminalité et assurer la sécurité de la plus grande ville du Maroc?

Comme vous l’avez souligné la ville de Casablanca est la plus grande ville du Royaume. Bien évidemment, on lui accorde la plus haute importance en ce qui concerne la lutte contre le phénomène de la criminalité. Ce que je peux affirmer à travers cet entretien, c’est qu’il n’y a pas de crimes organisés dans la ville de Casablanca. Il n’y a pas de gang de malfaiteurs qui font que les citoyens ne se sentiraient pas en sécurité. Au contraire, ça reste des affaires de crimes ordinaires qui sont enregistrés au fil des ans et que nous traitons au moment où l’acte criminel est commis. L’affaire qui a eu lieu dans le quartier de Sidi Bernoussi ne sort pas de ce cadre. Il s’agit d’un groupe de délinquants qui ont commis leurs actes criminels dans la zone de sécurité de Sidi Bernoussi. En un peu de temps, nous avons identifié et arrêté tous les suspects peu après avoir commis ces actes. Maintenant ils sont en cours de jugement.

La lutte contre la criminalité est au cœur de la stratégie de la Direction Générale de la Sûreté Nationale. Tous les moyens matériels et humains sont mobilisés pour résoudre le mystère de ces crimes. C’est pour que les gens n’aient pas l’impression qu’il y a des affaires criminelles majeures et qu’il n’y a pas de sécurité dans la ville. C’est plutôt le contraire qui se passe. D’ailleurs, si nous nous promenons dans les différentes zones, Bernoussi, Ain Sebaâ ou autres, nous trouverons des zones de sécurité qui remplissent le rôle qui leur est assigné de la meilleure façon. C’est là le principal objectif que s’est fixé le Directeur Général de la Sûreté nationale depuis sa nomination à la tête de la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).

Il convient de souligner à cette occasion qu’il y a des plans de sécurité qui sont élaborés par la DGSN et que nous devons suivre afin d’obtenir des résultats concluants. Pour mettre en œuvre ces plans de sécurité, des moyens matériels et humains sont mis à la disposition des services de sécurité à la wilaya de sûreté pour qu’il y ait un bon déploiement sur le terrain. Aussi, dans le cadre de la poursuite des chantiers de modernisation qui sont au service de la sécurité du citoyen, les salles de pilotage et de coordination ont été équipées avec un nouveau système informatique dédié à la gestion des demandes de secours reçues via la ligne téléphonique gratuite 19. Ce qui facilite d’assurer l’efficacité des interventions de la police de secours. En plus des caméras mobiles qui sont disséminées dans la ville, et qui aident les services de sécurité à jouer au mieux leur rôle.

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Quels sont les grands chantiers qui attendent les acteurs de la sécurité à Casablanca?

Pour la Direction Générale de la sûreté nationale, il y a toujours des chantiers qui sont ouverts, en particulier à Casablanca à laquelle les services centraux accordent la plus haute importance. Je cite dans ce cadre des plans de sécurité, des bâtiments neufs, de nouveaux moyens, de nouvelles unités de sécurité qui sont en train d’être créées, et dont le but de leur création est justement de lutter contre la criminalité sous toutes ses formes. Le but c’est aussi de lutter contre tous les phénomènes qui apparaissent sur le terrain, qu’il s’agisse de drogues dures ou autres drogues comme les comprimés psychotropes.

Il y a lieu de signaler également les moyens techniques qui sont fournis par la DGSN et qui sont mis à la disposition des services décentralisés, pour remplir au mieux le rôle qui leur est assigné. A citer dans ce cadre le laboratoire de Police scientifique et technique de Casablanca, lequel est devenu célèbre non seulement sur le plan national mais aussi sur le plan international. Ses résultats sont en effet très concluants et attestent de la compétence marocaine et des moyens très sophistiqués qui ont valu à la Direction Générale de la sûreté nationale de susciter cet intérêt international.

Quel bilan faire des caméras de vidéosurveillance à Casablanca? Combien sont-elles mises en place à ce jour, et combien en cours d’installation?

Les services de police ont aujourd’hui la main sur 210 caméras. Ce sont les caméras qui sont déjà installées et que nous exploitons actuellement. Et prochainement, il y aura entre 800 à 1000 caméras supplémentaires qui seront installées pour assurer la couverture des grandes artères de la capitale économique. Des démarches et des marchés sont en cours pour atteindre cet objectif, d’ici 2023 à 2024.

210 caméras pour surveiller et sécuriser l’espace public dans une ville qui compte plus de 4 millions habitants. Est-ce suffisant?

Certes nous souhaitons davantage de caméras. Mais on commence par ce nombre de caméras. Les caméras existantes nous permettent de surveiller ce qui se passe au niveau des plus importantes artères de la ville, en attendant d’arriver à l’objectif de 1000 caméras. Et pourquoi pas avoir plus de 1000 caméras. Car on ne va pas arrêter d’en avoir dans l’avenir. Car  la ville de Casablanca grandit de plus en plus.

Dans certains quartiers, il n’y a quasiment pas de caméras. Certaines zones, notamment au centre ville, sont plus équipées que d’autres. Que pouvez-vous nous en dire ?

Comme je l’ai souligné, nous exploitons actuellement 210 caméras de vidéosurveillance. Nous pensons que nous allons pouvoir atteindre une couverture efficace de toute la ville, dont notamment les quartiers périphériques. Les cameras déjà installées sont étalées sur plusieurs zones dont Anfa, hay Hassani, la rocade, etc. Elles ne sont pas installées dans une seule zone. Mais lorsque le projet de 1000 cameras sera réalisé, la majorité des artères, notamment les plus importantes, seront couvertes. Même si on ne peut pas dire que cette couverture sera à 100% atteinte.

Pour beaucoup de Casablancais, la responsabilité de ces caméras reste entourée de flou. A qui incombe la responsabilité de choisir l’emplacement de ces caméras ?

Il y a d’autres services qui sont concernés par le projet de l’installation des caméras. Mais en ce qui concerne leur emplacement, bien évidemment c’est nous qui le choisissons. Car c’est nous qui connaissons les zones connues par les crimes. Et c’est nous qui connaissons les zones concernées par les embouteillages et d’autres problèmes de circulation. Pour l’emplacement des caméras, on se base donc sur ces deux points: les crimes et la circulation.

En France, des statistiques ont montré qu’un certain nombre de caméras de télésurveillance ont fait l’objet de vandalisme. A-t-on fait une évaluation de la vidéosurveillance en termes de dégradation? Y a-t-il des zones où des caméras ont fait l’objet d’actes de vandalisme ?

Chez nous, nous n’avons pas ce problème de caméras détruites ou endommagées par les délinquants. Ce qui se passe par contre, c’est que des caméras sont parfois en panne, soit parce qu’il y a des travaux au niveau de certaines zones de la ville, ou parce qu’il y a un problème technique. Ce que nous traitons au moment opportun. Ceci dit, il est impossible que des délinquants puissent endommager les caméras de télésurveillance. Il suffit d’ailleurs d’aller voir l’emplacement de ces dispositifs pour s’en apercevoir. Pour qu’un délinquant arrive à détruire les caméras, il doit d’abord utiliser une échelle pour procéder à son acte de vandalisme.

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Ces caméras de vidéosurveillance dissuadent-elles les délinquants de passer à leur acte criminel? A-t-on senti une baisse de la criminalité dans les zones qui en sont équipées ?

La vidéosurveillance ne dissuade pas. L’installation d’une caméra de surveillance au niveau d’un point de la ville n’est pas, en soi, un moyen pour dissuader ou arrêter les crimes. Il y a toujours besoin d’une présence policière. Plus que des caméras de vidéosurveillance, il faut une présence physique de la police. C’est ce qui arrête la criminalité.

Pour lutter contre la criminalité sous toutes ses formes, la stratégie de la Direction Générale de la Sûreté Nationale se caractérise par la prévention, l’anticipation et l’action immédiate. La première chose, c’est d’abord la prévention. Et il est nécessaire qu’il y ait une présence physique au niveau de tous les points, lesquels -après étude- s’avèrent connaître des actes criminels. Si on n’a pas cette présence sur le terrain, on ne peut pas dissuader les criminels de s’adonner à leurs actes, même avec la présence des caméras de surveillance. D’ailleurs, un criminel qui veut agresser, par exemple, une femme dans la voie publique, ne fera même pas attention aux caméras installées. Et donc comme je l’ai souligné, il y a d’abord la prévention dans la voie publique, et la répression viendra pour arrêter les auteurs de ces crimes et délits.  

Qu’en est-il des crimes organisés. Ces dispositifs aident-ils à résoudre ce type d’enquête?

On peut se poser la question de quel type de crimes organisés? On peut parler d’organisation de l’immigration illégale ou d’une affaire de drogue. Ce genre de crimes, oui ça peut exister à Casablanca. Mais il ne s’agit pas de crimes organisés. Dans un crime organisé, il y a une bande de malfaiteurs qui préparent des moyens matériels pour commettre des crimes d’une grande dangerosité. Ils vont par exemple faire un holdup contre un établissement bancaire. Pour cela, ils utiliseront des voitures et peut être même faire usage d’armes à feu. C’est cela qu’on appelle crimes organisés. Mais ce n’est pas le cas ici. Comme je l’ai souligné, des actes criminels «isolés » ont été commis par des criminels sur la voie publique. Afin de comprendre comment les faits se sont déroulés et résoudre ces crimes, nous avons exploité les données des caméras de surveillance installées dans les lieux même où les délits ont été commis. Dans toutes ces affaires, les résultats ont été concluants.

Les travaux actuels lancés depuis plusieurs mois exacerbent les Casablancais qui pointent la construction de nouvelles lignes de tramway dans la ville. Cela ne pourrait-il pas constituer un problème pour vous ?

Cela peut constituer un petit problème pour nous. Mais on doit gérer tous les problèmes. Sachant que tous les travaux qui sont lancés actuellement dans la ville sont limités dans le temps. Les Casablancais en ont l’expérience avec d’autres projets. On se rappelle encore des travaux de l’installation du tramway au niveau du boulevard d’Abdelmoumen. Au début, personne n’a accepté qu’une ligne de tramway passe par ce boulevard. Ni les taxieurs, ni les citoyens, ni les commerçants. Mais par la suite, ils se sont adaptés à ce passage du tramway, lequel est d’ailleurs bénéfique. Les gens doivent savoir que chaque fois qu’une nouvelle ligne de tram est installée, cela ne peut que nous aider. Car il y aura des caméras de surveillance qui vont être dédiées au nouveau passage du tram. Ces caméras, bien entendu, nous allons les exploiter. Elles viendront ainsi s’ajouter aux caméras déjà existantes. En tant que service enquêteur et police judiciaire, nous allons donc exploiter les données possibles des nouvelles caméras en cas de besoin.

Interview réalisée par Naîma Cherii

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