Flash Infos

Brahim Batte, SG de la Fédération des syndicats autonomes du Maroc

«L’Etat doit ouvrir une enquête»

Brahim Batte, SG de la fédération des syndicats autonomes du Maroc (FSAM), se dit inquiet de la qualité des fruits et légumes qui sont commercialisés sur les marchés nationaux. Il appelle le gouvernement marocain à ouvrir une enquête au sujet de la question des délais avant récolte (DAR). Lesquels délais, selon le SG, ne sont jamais respectés dans beaucoup de fermes agricoles implantées dans la région de Chtouka-Aït Baha. Entretien.

Brahim Batte

 


Pour commencer, pouvez-vous nous dire si les conditions de sécurité sont respectées pendant l’utilisation des pesticides dans les fermes agricoles de la région?

Un nombre important de fermes agricoles dans la région de Chtouka-Aït Baha ne respectent pas les conditions de sécurité des ouvriers et des ouvrières, ni avant, ni après l’utilisation des pesticides pour le traitement de leurs cultures. Les ouvriers chargés d’épandre ces produits chimiques sur les fruits et légumes ne portent pas d’uniformes à même de les protéger des dangers que ce travail présente pour eux. A la Fédération des syndicats autonomes du Maroc, on ne cesse de recevoir des plaintes à ce sujet, venant des travailleurs agricoles. Plusieurs sit-in ont d’ailleurs été organisés pour dénoncer les employeurs qui utilisent de manière excessive les pesticides et qui ne respectent pas les normes internationales fixées dans ce domaine. Certains produits sont très toxiques et doivent être interdits. Mais malheureusement, ils sont encore utilisés. En témoignent les techniciens affiliés à la FSAM qui affirment que la santé des travailleurs agricoles est menacée, ces derniers travaillant dans des conditions très dangereuses, notamment par l’utilisation sous serre et sans protection de ces produits chimiques très puissants.

Quelles seraient les zones où ces produits seraient abusivement utilisés plus qu’ailleurs?

Il faut dire que toute la région de Chtouka-Aït Baha connaît ce problème de pesticides. Mais c’est surtout Khmisse Aït Amira où ces produits phytosanitaires sont excessivement utilisés en agriculture. Considéré comme le centre agricole le plus important de la région, Khmisse Aït Amira concentre le plus grand nombre d’ouvriers venus de tout le pays pour travailler dans des unités agricoles. C’est dans cette localité où les pesticides sont en effet utilisés de manière exagérée. Ceci dit, il y a aussi d’autres zones qui sont également concernées par cette problématique. A ne citer dans ce cadre que Belfaa, Sidi Bibi, Oued Safaa et Biougra.

Selon vous, ce phénomène concernerait-il les petits agriculteurs ou les gros producteurs?

En fait, il n’y a pas que les petits agriculteurs qui utilisent de manière excessive ces produits. Il y a aussi les gros producteurs qui ne respectent pas les normes et les conditions de sécurité des ouvriers. Certes, il y en a qui respectent ces normes, mais beaucoup d’employeurs les ignorent totalement et recourent à ces produits de manière excessive. Nous demandons à ce que les employeurs respectent les conditions de sécurité concernant les travailleurs agricoles. Nous demandons aussi à ce qu’il y ait un médecin de travail. Certaines sociétés procèdent à la signature de conventions avec des médecins. Mais ce sont surtout des médecins généralistes qui n’ont pas cette spécialisation. Et ce n’est que lorsque les employeurs font appel à eux que ces médecins viennent dans ces fermes pour examiner, en cas de problème. Notons que les inspections des médecins du travail sont très importantes dans toute unité agricole. Or, on sait qu’au Maroc le nombre des médecins, qui sont aussi des inspecteurs du travail, est très faible. Cela veut dire qu’il n’y a pas un suivi des ouvriers qui sont malheureusement exposés aux dangers de ces pesticides.

Qu’en est-il du contrôle des produits destinés au marché national?

Il n’y a pas de contrôle. En tout cas, en ce qui concerne la production agricole destinée au marché national, elle n’est pas contrôlée. Certes, pour les fermes agricoles dont la production est destinée à l’export et ayant conclu des contrats avec des pays européens, des bureaux de qualité procèdent à un contrôle de leur production. Mais le contrôle que nous voulons, c’est surtout un contrôle de l’Etat marocain de toutes les unités agricoles dont une grande quantité de la production est destinée au marché marocain. La protection des consommateurs exige que l’Etat procède à des inspections au niveau de toutes les fermes agricoles qui existent dans la région, afin de s’assurer de la qualité de leur production. Car on n’est pas sans savoir que plusieurs maladies, dont le cancer, sont dues à l’utilisation excessive de ces pesticides dont certains types sont toxiques, mais continuent malheureusement d’être utilisés dans notre pays.

Dans la région, on parle beaucoup du DAR qui n’est pas strictement respecté par les producteurs. Qu’en dites-vous?

C’est là un sujet très grave et qui est encore tabou dans la région de Chtouka-Aït Baha. Le gouvernement marocain doit sérieusement s’atteler à cette question. Car les conditions sécuritaires et techniques de l’utilisation des pesticides ne sont pas respectées par un nombre important d’agriculteurs. Tous les techniciens affiliés à notre syndicat assurent que les DAR ne sont jamais respectés par les producteurs. C’est très grave et, personnellement, je crains beaucoup les fruits et légumes qui sont commercialisés au niveau national. L’Etat doit ouvrir une enquête à ce sujet. Car les ouvriers agricoles sont nombreux à affirmer que le DAR n’est jamais respecté dans beaucoup de fermes agricoles. Cela constitue évidemment un danger réel pour la santé des Marocains. A souligner que, dans les pays européens, par exemple, les responsables du secteur procèdent au contrôle de toute production agricole introduite dans ces pays. Il est impossible que des produits ayant fait l’objet de traitement par des pesticides toxiques soient commercialisés sur le marché intérieur de ces pays.

Voir aussi

Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Le Centre maghrébin pour les études sur la sécurité et l’analyse des politiques est catégorique …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies. En savoir plus.