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Bouazza Kherrati, vétérinaire et président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC)

Le contrôle ? Deux poids, deux mesures !

Le contrôle est rigoureux pour l’export. Mais aucune mesure de contrôle n’est prise, ni avant, ni après la mise en vente des fruits et légumes destinés au marché national, affirme Bouazza Kherrati.

Bouazza Kherrati
L’utilisation des pesticides en agriculture prendrait des tournures préoccupantes au Maroc, notamment à Chtouka-Aït Baha, dans la province de Sous-Massa-Draa. Selon vous, le consommateur marocain est-il protégé contre ces produits chimiques?

Parler uniquement du Souss-Draa-Massa, c’est limiter l’usage abusif des pesticides à cette importante région du Maroc. Or, le danger d’usage anarchique de ces substances chimiques est omniprésent dans la vie des Marocains. En effet, les pesticides sont utilisés dans les maisons (usage domestique des aérosols à pesticides), en horticulture (jardinage et serres) et en agriculture (production intensive végétale et animale). Donc, le danger est partout et se trouve dans notre environnement et dans nos assiettes. La Fédération marocaine des droits du consommateur déplore la situation dangereuse d’usage anarchique des pesticides au Maroc. Car, à l’exception d’une réglementation en amont relative à l’importation et à la grande distribution, la vente directe et l’utilisation connaissent une déplorable pagaille dont la portée de nuisance à la santé humaine et à l’environnement est illimitée.

Est-ce à dire que la question d’utilisation des pesticides en agriculture n’est pas assez prise en considération par l’Etat?

Les pesticides sont des produits «antiparasitaires» qui peuvent être définis comme toutes substances ou mélanges de substances qui sont utilisés pour prévenir, détruire, éloigner ou diminuer les populations d’insectes, les mauvaises herbes, les champignons, les rongeurs ou toutes autres formes de vie considérées comme nuisibles par l’humain. Ils possèdent tous, à différents degrés, un potentiel de toxicité. Malheureusement, ce dernier n’est point pris en considération par le gouvernement marocain. En effet, l’Etat applique dans ce secteur la politique de deux poids, deux mesures. Ainsi, pour les produits destinés à l’exportation, l’établissement chargé du contrôle effectue des analyses draconiennes et vérifie si le taux des résidus reste conforme aux normes, alors que pour les produits destinés au marché marocain, aucune mesure n’est prise, ni avant, ni après la mise en vente des fruits et légumes frais.

Quand ces produits peuvent-ils constituer un danger réel pour la santé des consommateurs?

Dans le cadre des mesures de protection du consommateur et avant la mise sur le marché, le fabricant d’une substance de pesticide fixe, après des études scientifiques validées par des organismes fiables de contrôle, un délai variable selon la nature de la substance utilisée. Cela permet, en fait, la diminution de la quantité des résidus à des taux considérés conformes et non nuisant à la santé des consommateurs. Ainsi, chaque pesticide a un «délai avant la récolte» (DAR). Ce délai varie en général de 3 à 50 jours. C’est le nombre de jours devant séparer réglementairement le dernier traitement et le début de la récolte.

Ce délai est-il respecté au Maroc?

Ce délai est respecté par les exportateurs de fruits et légumes. Car les cultures font l’objet d’un contrôle systématique (par des agents de contrôle marocains et étrangers), depuis le semis jusqu’à la récolte et l’exportation. Mais, concernant les fruits et légumes produits pour le marché local, le contrôle n’existe pas. Le fameux DAR (délai avant la récolte) n’est pas respecté. Dans ces conditions, les récoltes risquent d’avoir lieu et le produit est consommé avant la dégradation totale des pesticides et leurs résidus restent accumulés dans les fruits et légumes. Le risque pour la santé des consommateurs est donc réel et la douloureuse intoxication par les melons en 1998 a été dure à avaler. Cette situation est due, entre autres, à l’ignorance et à la recherche du gain rapide de la part des agriculteurs qui mettent sur le marché national des produits à peine traités. Pis encore, pour les produits non autorisés à l’exportation pour présence de taux élevés, ils sont automatiquement dirigés sur le marché national, ce que notre Fédération considère comme un délit d’initié de la part des autorités de contrôle qui n’ordonnent pas leur destruction.

En tant qu’entité de défense des consommateurs, que peut faire la FMDC pour sensibiliser les agriculteurs et l’opinion publique à ce problème?

Dans le cadre du Plan Maroc Vert, toutes les mesures ont été instaurées pour assurer le développement de l’agriculture nationale. Mais la vulgarisation n’a été retenue qu’après la création de l’Office national du conseil agricole (ONCA) dont les agents doivent être normalement plus près des agriculteurs pour assurer leur encadrement. Nous espérons qu’il y aura des programmes de partenariat avec la FMDC. Pour rappel, la Fédération avait déjà organisé trois semaines de sensibilisation des Marocains sur l’usage abusif des pesticides, dont le lancement de la première semaine a eu lieu à Kénitra en 2011, la deuxième en 2012 à Marrakech et la troisième en 2013 à Fkih Ben Salah. Pour la réalisation de ces manifestations, la FMDC avait saisi les départements intéressés. Mais malheureusement, aucun d’eux n’a manifesté son intérêt. Ces différentes manifestations ont été organisées suite à l’appel de l’association française «Young futurs» qui prône des alternatives aux pesticides à l’échelle internationale.
L’intervention de la FMDC par le lancement de ces campagnes de sensibilisation contre l’usage abusif des pesticides est de tirer la sonnette d’alarme quant aux dangers de l’usage abusif de ces produits; Ce sont des campagnes destinées aux professionnels, aux collectivités locales et au consommateur. Notre appel est un message adressé au nouveau gouvernement et plus particulièrement aux départements de la Santé, de l’Agriculture, de l’Environnement, de l’Intérieur et du Commerce, pour que toutes les opérations soient bien encadrées par les autorités compétentes afin de préserver l’environnement et la santé du consommateur. Car, selon l’OMS, il y a annuellement plus d’un million d’intoxications par les pesticides, plus 220 mille décès et une personne sur six porte sur elle des traces de pesticides d’origine professionnelle.

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