Pr. Jallal Toufiq, membre de l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants

pr. jallal toufiq

Dans quelle mesure le projet de loi 13.21 permettra-t-il d’encadrer la culture du cannabis au Maroc? Quelles sont les vertus thérapeutiques de cette plante? Pourquoi le Maroc a voté en faveur du retrait du cannabis de la liste des substances toxiques à la Commission des stupéfiants des Nations-Unies?

Pr. Jallal Toufiq, psychiatre, spécialiste en addictologie et membre de l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants, répond à toutes ces interrogations.

Entretien.

«Il ne faut pas confondre réglementation et légalisation du cannabis»

Tout d’abord votre réaction au projet de loi 13.21 sur le cannabis, élaboré et présenté par le ministère de l’Intérieur, lors du Conseil de gouvernement qui s’est tenu le 25 février 2021.

Le Maroc a franchi une étape importante sur la voie de la réglementation de la culture du cannabis à des fins licites. Le texte de loi présenté dans ce sens permettra l’utilisation de la plante de cannabis dans le domaine pharmaceutique, parapharmaceutique, alimentaire et industriel. Toutefois, il ne faut pas confondre réglementation et légalisation du cannabis. Contrairement à d’autres pays comme le Canada et certains Etats américains, au Maroc, la légalisation de l’usage récréatif de cette plante ne figure pas à l’ordre du jour.

Quelles sont les vertus thérapeutiques les plus connues du cannabis?

Les propriétés médicinales qu’on peut tirer du cannabis sont nombreuses. Le Tétrahydrocannabinol et le Canabidiol, sont les deux principales substances qui composent la plante de cannabis. Le Canabidiol est surtout utilisé pour soulager certaines douleurs dites résistantes. Il peut également être prescrit dans le traitement des certaines pathologies comme la sclérose en plaques, outre le fait qu’il soit efficace contre les troubles du sommeil. Malgré cela, le Canabidiol n’a pas montré d’efficacité supérieure ou significative par rapport aux médicaments existants sur le marché. Je rappelle que l’usage thérapeutique du cannabis est autorisé à condition qu’il obéisse aux réglementations propres à chaque pays. Prenons par exemple, l’utilisation du Tramadol qui est un opioïde ou de la Codéine. Ces deux substances sont tolérées dans le domaine thérapeutique.

Depuis décembre 2020, le cannabis ne figure plus sur la liste des substances toxiques de la Commission des stupéfiants des Nations-Unies. Le Maroc a été parmi les pays qui ont voté en faveur du retrait de cette plante de cette liste. Qu’est-ce que cela signifie selon-vous?

La convention internationale sur les stupéfiants, remonte à 1961. A cette époque, on ignorait que le cannabis pouvait être utilisé à des fins autres que récréatives.

Aujourd’hui, les progrès médicaux ont permis de prouver que cette plante a des vertus médicinales, d’où la mise à jour de ladite liste. Je rappelle que la convention internationale sur les stupéfiants stipule, dans son article 4, paragraphe C, que le cannabis peut être utilisé à des fins médicales et scientifiques, sous la condition d’être soumis au contrôle international. En outre, l’article 23 de ladite convention, invite les pays qui veulent cultiver la plante de cannabis à des fins licites, à créer une institution dédiée au contrôle de cette opération. C’est dans cette logique que le projet de loi 13.21 propose la création d’une Agence nationale de réglementation du cannabis.

Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette future Agence?

L’Agence nationale de réglementation du cannabis aura un rôle très important à jouer, dans la mesure où elle devra examiner les dossiers qui lui seront présentés par les agriculteurs, les sociétés et les entreprises agricoles désireux de se lancer dans le domaine du cannabis médical ou industriel, outre le contrôle de la conformité des graines de cannabis qui seront importées. Le cannabis utilisé à des fins thérapeutiques doit être riche en Canabidiol et pauvre en Tetrahydrocannabinol (0,3%), ce qui n’est pas le cas de la plante qu’on cultive dans le nord du Royaume.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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