Je cherche désespérément personnes soucieuses d’hygiène…

Mohcine, 38 ans, tailleur, est marié et père de deux enfants. Ce jeune homme espère plus de sensibilisation à l’hygiène, aux gestes barrières, au civisme et à l’éthique professionnelle pour le bien vivre ensemble. Ce qu’il en dit…

«Décidément, à cause du coronavirus, nous avons presque tous vu notre quotidien et nos habitudes être chamboulés. Pour certains, comme moi d’ailleurs, cela a été dur à vivre. Exactement, en ce qui me concerne je n’avais jusque-là jamais ressenti à ce point le manque de ma liberté. J’en avais eu ras la coupe de me retrouver coincé avec mon épouse et mes gosses, du matin jusqu’au soir, pendant plusieurs semaines. Boire de ce pur élixir de venin, je l’ai payé au prix de ma santé. J’ai été attaqué non pas par Covid-19 mais par mes incessantes crises de nerfs, et cette saleté de grignotage. Ma péripétie du confinement pouvait se deviner d’ailleurs à travers l’ampleur de mes bourrelets et de mon insupportable tignasse devenue d’un coup toute grisonnante. Parlons maintenant de qui m’amène ici et qui est rattaché à mon état de santé.

Au retour de la liberté de circuler, très mal en point, j’avais été contraint et forcé d’aller taper aux portes de toubibs et de laboratoires d’analyses. Je ne m’attarderais pas sur ce qui m’a été diagnostiqué, je vais plutôt raconter ce à quoi j’ai assisté et qui était choquant. Je dirai même que c’était abominablement terrifiant. Ceux qui se sont barricadés chez eux pendant des mois pour éviter toute contamination vont comprendre ma colère et peut être quelques autres aussi. C’est en attendant patiemment mon tour pour une prise de sang à analyser, que j’ai été témoin d’irrégularités inconcevables. Un malade était arrivé pour les même raisons que tous ceux qui étaient présents. L’homme n’avait pas fait exprès de contourner un scotch érigé en guise de barrière. Il fut très méchamment sommé de se déplacer. Il était donc normal de le voir se défendre avec une réplique cinglante.

La secrétaire médicale derrière son comptoir, armée de protections jusqu’aux dents, visiblement habituée à ce que personne ne la recadre, se leva de sa chaise et se mit à déblatérer de la bouillabaisse puante. En même temps, elle avait ameuté tout le staff du cabinet, sorti de partout pour venir à son secours. En guise de clôture du sketch, elle hurlait qu’on l’avait insultée alors qu’elle ne faisait que son travail et que les gestes barrières se devaient d’être respectés. Tiens donc! Le pauvre homme médusé devant tant un tel raffut n’avait pas eu d’autre choix cette fois, que de se tenir à carreau. Forcément, que pouvait-il contre une horde d’infirmières déchainées?  Mais, il ne tarda pas à se frotter les mains de la voir mise au pilori par quelqu’un d’autre.

Le clou du spectacle allait se déployer lorsqu’un malade avait tendu à la même secrétaire un pot enroulé de papier toilette. La vipère en blouse blanche, l’avait alors saisi avec ses mains gantées puis l’avait déposé à côté d’elle et se mit à tapoter tranquille sur son clavier. Elle s’appliqua à imprimer une étiquette pour la coller dessus. Ensuite, consciencieusement, elle encaissa l’argent tendu par le patient et lui remis un reçu qui lui permettait de récupérer ses analyses. La précautionneuse employée, aux abois à la moindre incartade concernant la barrière de fortune n’avait pourtant pas changé de gants, ni désinfecté ses mains en manipulant le gobelet d’urine. D’ailleurs, elle s’attaqua à la patiente suivante en lui ordonnant d’aller récupérer au WC ce qui devait être analysé.

Le même scénario, identique au précédent fit hurler une femme au scandale. Enfin quelqu’un osait dénoncer ce grave manquement d’hygiène, bien plus dangereux que le coronavirus. Cette personne avait raison, c’était inacceptable et à plus forte raison en ces lieux, mais pas aux yeux de leur réceptionniste apparemment. La criante véracité de la gueulante, avait servi à quelque chose puisqu’elle avait semé la panique dans le laboratoire. On l’avait remarqué avec l’apparition d’un gorille qui, sans inquiétude de représailles, poussa la révoltée dehors comme une malpropre. Une fois le flambeau de la rébellion culbuté, nous avions aussi surpris la secrétaire ramasser dare dare ses clics et clacs pour filer dans un couloir menant je ne sais où. Elle avait été immédiatement remplacée par une autre qui ne portait pas de gants mais qui usait et abusait de solution antiseptique à chacun de ses gestes. Même qu’on avait enfin mis en marche un appareil de désinfection à vapeur qui semblait trôner pour le décor.

Ce fut une accablante matinée pour moi. Ma prise de sang à jeun effectuée, j’avais couru vers ma voiture pour désinfecter à l’alcool mes mains, ma carte bancaire et le reçu qu’on m’avait remis. En plus, ma décision était prise, il était désormais hors de question que je remette les pieds dans les locaux de ce foutu laboratoire. Il va sans dire que mes analyses, je les avais refaites ailleurs dans un espace aseptisé comme il le faut. Je casquais deux fois la facture mais au moins je ne flippais plus pour les résultats. Cependant, je ressassais encore l’histoire. Je n’en revenais toujours pas qu’aucun des collègues de la secrétaire à l’accueil, ni même son patron n’avaient remarqué la gravité de son manque de professionnalisme. Et pourtant des caméras, il y en avait partout.  

Après cela, c’est mon ventre que j’avais totalement oublié qui appelait au secours. Je bifurquais alors vers la boulangerie la plus proche pour rapporter à la maison quelques viennoiseries et du pain. Ce n’était pas sage, sachant mon état de santé, mais je profitais de la trêve du jour. Pendant que je choisissais, il y avait une dame à la caisse qui se plaignait du non-respect de la protection des mains du vendeur qui l’avait servie. Elle jurait que ce dernier ne cessait de se gratter la tête en plus. Au lieu de lui présenter de plates excuses, j’ai aperçu le cortège des vendeurs et vendeuses lui rire au nez et le caissier faire la moue. Incroyable! Qu’est-ce que cette façon de se comporter avec la clientèle? Cette provoquante attitude leur rapporta du malheur. Bien fait pour eux! La cliente, folle de rage était immédiatement sortie pour revenir escortée de deux policiers.

Je suis resté planté comme un arbre pour admirer la scène. Et là, ça ne rigolait plus, tous ceux qui s’étaient fendus la gueule, n’avaient pas eu le temps d’aller chercher leurs masques et leurs gants. Effrontément, ils osèrent s’aventurer à la victimisation. Mais c’était peine perdue, ils avaient été pris en flagrant délit. Au moins cette fois, justice avait été rendue immédiatement à la contestataire qui était dans son droit le plus absolu d’exiger la protection. Ce manque de conscience professionnelle, surtout en cette période obscure et tragique à cause du covid-19, était encore une fois incompréhensible. Et c’est encore une femme qui avait défendu avec courage le bien de tous.

C’est vrai! Moi-même, ayant assisté aux deux scénarios dans deux lieux différents, je n’avais pas réagi. Je ne m’en félicite pas parce qu’effectivement ce n’est pas de cette manière qu’on aide au changement dans le bon sens».

Mariem Bennani

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