mardi 21 novembre 2017

Cette acné qui nous ruine le moral, les enrichit !

Sawsane, 26 ans, informaticienne, est célibataire. Comment vit-on l’acné au quotidien? C’est ce que raconte cette jeune fille qui est au bord du burn out, tant sa vie en est impactée, mais qui s’interroge sur un éventuel business…

«Souffrir d’une maladie comme l’acné n’est pas facile à vivre, pour quiconque. Mais pour les filles, c’est une catastrophe. Ce qui tue, c’est avant tout le regard des autres. Si seulement nous pouvions nous défendre et rétorquer que nous n’aurions jamais imaginé en arriver à être attaqués par leurs critiques, leurs sarcasmes, leur fausse compassion et leurs remèdes miracles à la noix… Ce qu’ils ignorent, sans aucun doute, c’est que l’acné, qui n’est pas un petit bobo de rien du tout, ne peut être facilement éliminé avec du savon de lessive et de la pommade jaune pour les yeux. Le traiter est un véritable calvaire de tous les jours. Qui plus est, toutes les thérapies -médicales ou non- sont éphémères. J’en suis le témoin vivant. A peine se croit-on enfin délivré que le mal revient en plus coriace, plus nuisible pour notre moral et, pis encore, pour notre peau.  Comment alors ne pas s’imaginer finalement que, si cette affection, qui aurait pu être éradiquée depuis des lustres, demeure encore et encore, c’est pour le gros business qu’elle génère?

Je suis née et j’ai grandi avec une peau magnifique, aussi fine que de la porcelaine. Mais je n’ai pu, hélas, conserver cet atout. Lorsque pour la première fois de ma vie mon visage angélique s’est entaché de trois boutons rouges, que j’ai découverts à mon réveil, je n’avais que treize ans. J’ai réveillé mes parents à grands cris. Fatigués par mes pleurnicheries,  ils m’ont emmenée en consultation chez un dermatologue, le jour même. Le pauvre homme me paraissait désespéré qu’à mon âge, j’en fasse trop pour trois boutons sur la figure. Il m’a tout de même réconfortée. Rien de vraiment méchant, avait-il affirmé. Et hop, première entrée dans le monde des soins anti acné!

Le problème est que mes boutons n’ont pas disparu. Au contraire, ils ont donné le signal à d’autres pour faire la java sur mon petit minois. Une seconde visite chez le même dermato s’était alors imposée. Elle ne s’est par ailleurs pas déroulée de la même façon que la première. Pour le coup, le toubib a pris son rôle très au sérieux. Sa loupe avec spot sous l’œil, il a scruté mon visage au millimètre près. Ensuite, il s’est agrippé à son stylo et à son ordonnance pour transcrire un roman. Tout en grattant le papier, il m’expliquait que j’avais besoin, en interne, de prendre des antibiotiques pour une longue durée et, en externe, matin et soir, de crèmes et de savon liquide. Il insistait aussi que je devais le revoir un mois plus tard.

D’en venir à bout en un mois ou en six mois, ni même après une année, cela n’a jamais été le cas. Et ce n’est pas faute d’avoir religieusement adopté tous les traitements prescrits par plusieurs toubibs spécialisés en dermatologie. Une sacrée ronde! J’ai été consolée seulement par de brèves et épisodiques trêves.

Oui, c’est marrant à dire, mais c’est l’acné qui en a eu marre de ma tronche quelquefois. Mais, dès que je forçais un peu sur les sucreries ou sur mes neurones pour mes exams, l’ampleur des dégâts sur mon visage prenait un malin plaisir à se décupler.  

A 18 ans, après mon bac, une camarade qui avait le même problème m’avait conseillé un spécialiste, un énième. Je me suis dépêchée d’aller le voir. Alors lui, il m’avait prise en photo et m’avait ordonné de cacher mes boutons avec du fond de teint. Après des analyses sanguines obligatoires, il m’avait prescrit ce qu’ils appellent dans leur jargon «un protocole anti acné». En gros, ce  traitement allait durer 2 ans, avec une prise de contraceptif oral pour régulariser mon cycle hormonal et des cachets horriblement coûteux pour ma bourse, avec risque de destruction du foie et de dépression très grave en fin de traitement. Heureusement, ce médecin, dont la salle était toujours archi-comble, était consciencieux: il exigeait un contrôle sanguin tous les trois mois. Un seul problème avec lui, il fallait constamment changer de crème réparatrice, écran total et autres nouveautés de soins cosmétologiques proposés par ses délégués médicaux. Une ruine en somme!

En fin de traitement, 3 années plus tard, j’ai été pleinement satisfaite de ne plus avoir un seul bouton sur la figure et ma peau avait retrouvé son bel aspect d’autrefois. Mon rêve s’était enfin réalisé, mais je n’ai pu savourer ma victoire sur l’acné que provisoirement, soit environ six mois. Ayant été épuisée par ce traitement draconien, extrêmement coûteux et non remboursé, j’ai pris la décision formelle de ne plus reprendre la thérapie, même si mon médecin traitant me l’avait fortement déconseillé. Ces boutons que j’avais traqués se sont mis à reprendre des aises.

A 22 ans, ce n’est plus faisable que de traîner de l’acné, essayaient de me crier tous les regards qui se posaient sur moi. En plus de souffrir de mon mal, une figure toute parsemée de petits boutons rouges, je souffrais de ne pas être tranquille. Combien d’aventureux, des inconnus en majorité, ne se sont-ils pas sentis investis de la mission de me porter secours avec leur recette miracle, du genre me passer sur le visage l’envers de la peau du mouton égorgé le jour de l’aïd el kebir, ou une lotion à base de citron, henné et sang d’hérisson? Enfin, inutile de les inventorier, j’en ai eu de toutes les sortes. Certains, la racaille de rue plus exactement, me chuchotaient en passant très près de moi qu’eux avaient une technique infaillible pour me débarrasser de mes pustules. Bien sûr, j’enrageais intérieurement, c’était pire que ces boutons que je transbahutais.

Aujourd’hui, je traîne mon acné, je le soigne avec des méthodes douces, des infusions, de la vapeur de plantes, du miel, des masques… Je le fais pour ne pas attaquer mon foie et, surtout, mon cerveau.

Des cas de suicide, dont la cause probable ou avérée serait ce fameux traitement anti acné bien connu, ne sont pas à prendre à la légère. Et puis, comment ne pas croire à ce qui circule sur la toile sur le sujet précisément? Parce que, tout de même, il y a 25 ans, de nombreuses personnes témoignent avoir été soignées d’une acné sévère en un mois, avec seulement deux préparations pharmaceutiques: un gel et des oligo-éléments. Maintenant, des milliers de marques de produits cosmétologiques anti acné naissent chaque jour et sont vendus aux boutonneux du monde entier qui les essayent toutes, sans succès. N’est-elle pas aussi énorme qu’un bouton, non sur un nez, mais sur la figure, cette supercherie qui génère beaucoup de fric?».

Mariem Bennani

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