Quel stress de travailler sous la pression de Covid !

Fathya, 45 ans, écrivain public, est mariée et mère de 3 enfants. Cette femme dénonce l’attitude irresponsable de nombreuses personnes face au Covid 19.

«De cette saleté de la Covid-19, tout le monde en parle. On en sait beaucoup, mais on reste complètement désorienté à cause de nouveaux rebondissements et au lynchage médiatique de personnes spécialisées dans le domaine médical. Entre temps, le mal circule et prend ses aises avec ceux qui de toute évidence n’y croient pas, ou ceux qui épuisés par ces inhabituelles contraintes, ont rendu les armes à la fatalité. Et il y a nous qui constatons amèrement que le mal est bien là et que le stopper naturellement sans vaccin devient une utopie.

Dernièrement, j’ai eu droit comme chaque année à ma crise d’allergie saisonnière. Tout dans mon état de santé laissait à penser que j’étais atteinte du coronavirus.  Prise de panique, je n’avais pas hésité à vite aller consulter mon médecin. Il m’avait prescrit mon traitement habituel mais j’avais insisté pour me soumettre au test. D’ailleurs même si les résultats ont été négatifs, je ne m’en étais pas réjouie pour autant. Sous l’emprise de l’éventualité d’avoir été contaminée au boulot, je l’avais refait trois fois.

Je me fichais complètement de l’énorme trou dans notre budget familial, mon équilibre psychologique passait avant tout.  Heureusement et ouf, j’en avais eu le cœur net. Je savais aussi qu’il fallait résolument que je double ou triple de vigilance une fois de retour au travail. L’insensé dans cette histoire fut le comportement des gens alors que je ne cessais d’éternuer et de me moucher. Tenez-vous bien,  moi la malade, je n’arrêtais pas de prendre mille et une précautions avec tout le monde, tout en ne cessant d’exiger de la distanciation.

Les bras m’en tombaient de constater qu’il n’y avait rien de plus important pour les gens que de se libérer au plus vite de leur paperasse administrative. Ce scénario est mon pain quotidien puisque mon job est d’exécuter toutes sortes de services par écrit. Je rédige des contrats, imprime des formulaires, traite des demandes sur sites et crée aussi des boites email. J’ai un petit espace avec comptoir dans une papeterie située non loin d’un bureau de la municipalité et autre administration. Chez nous le trafic est dense et ce, dès l’ouverture jusqu’à la fermeture. Le cortège de demandeurs de photocopie, timbres, enveloppe est interminable. A lui se rajoutent ceux qui ont besoin de moi.

Depuis la pandémie Covid 19, la foule habituelle s’est multipliée par trois. Il nous a fallu instaurer un système pour qu’il y ait de l’ordre dans la distanciation entre les clients. Quoi dire de plus que cela relève de l’héroïsme que de le maintenir. D’ailleurs, il n’y a pas une journée qui passe sans qu’éclatent des disputes. Les sans-gênes qui osent tenter de passer avant ceux qui attendent depuis de longues heures, il y en aura toujours. Tout comme ceux qui portent des masques à leur cou, ou ceux qui demandent des renseignements tout en se collant à leur interlocuteur. Ou les maudits qui toussent reniflent crachent au vent sans s’inquiéter des autres. C’est pourquoi essayer de le leur faire remarquer finit mal en général.

Nous avons assisté dans l’absolue consternation à de graves altercations où notre mobilier et nos dossiers ont été saccagés. Il va sans dire que quand il y a de la chicane, mon Dieu comme les gestes barrière et tout le tralala covid s’envolent ! Alors bonjour aux gouttelettes qui s’arrosent sur tout.  Franchement, si je n’avais pas une famille à nourrir et des obligations à respecter je me serai passée de ce boulot qui m’expose au risque d’être infectée.  Jamais auparavant, je n’avais ressenti pareil sentiment. Pas même quand je devais me farcir des heures sup non rémunérées. Au contraire, j’ai toujours aimé mon boulot et par-dessus tout le contact avec les gens.  

Avec ce satané virus, depuis neuf mois l’ambiance est devenue tendue, et nos nerfs à tous sont à vifs. Ça râle vraiment de part et d’autre. Ceux qui doivent patienter une éternité pour voir arriver leur tour sont à cran. Et nous qui sommes là pour les servir, nous n’arrivons plus à contenir notre malaise face à la menace du danger qu’ils pourraient nous rapporter d’une manière ou d’une autre. Il faut savoir également que tout ce qui transite ici, peut sans l’ombre d’un doute transporter de la Covid 19. Le papier, les stylos, les timbres, les bons, les quittances qui passent de mains en mains ne sont pas désinfectés.

Et j’ajouterai un autre danger qui s’appelle «monnaie» dont jamais personne n’exige qu’elle soit stérilisée.

Sans aucune exagération, il n’y a qu’à la caisse de la pharmacie que j’ai vu l’usage de cette pratique. Ce que vous leur tendez et ce qu’ils vous rendent passe direct à l’alcool mais pas les médocs. A force de comptabiliser toutes les anomalies en cours, j’en perds la boule.

En revanche, mon obsession des gestes préventifs, elle, continue parce que je la perçois comme étant le seul bouclier valable et un devoir vis-à-vis de mon prochain.

Je rêve d’une prise de conscience collective dans ce sens pour limiter les dégâts jusqu’à ce qu’enfin nous voyons le bout du tunnel. Hélas, je suis au regret d’observer que beaucoup ne sont pas de mon avis … »

Mariem Bennani

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