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Ma sœur, la prétentieuse…

Chama, 40 ans, mariée, comptable de profession, se demande si la prétention de sa sœur est encore considérée comme un défaut. Parce que le comportement de celle-ci, qu’elle trouve inadmissible, ne semble pas déranger les autres, bien au contraire. A tel point qu’elle se demande si ce n’est pas elle qui est anormale…

«Je reproche à ma sœur d’être horriblement prétentieuse, suffisante, imbue de sa personne, arrogante. C’est une je sais tout, qui croit être au-dessus de tout le monde, ainsi que son mari et ses enfants: ils sont les plus beaux, les plus chics, les plus intelligents, les plus instruits, les plus aisés… Et tout ce qu’ils possèdent n’a pas son pareil. Or, son attitude, bizarrement, ne cesse de lui apporter considération, admiration et respect. Pourtant, ma sœur n’est pas aussi riche que l’on pourrait l’imaginer, ni si influente que ça, ni vraiment cultivée. Si c’était le cas, je me demande ce qu’il serait advenu du monde…
Dans sa jeunesse, ma sœur n’en faisait qu’à sa tête, affichant ce comportement avec toutes les personnes qui venaient chez nous, au grand dam de nos parents, parce que c’était souvent des gens simples, discrets et conservateurs. Mais elle avait l’art de dominer tout le monde, de convaincre, de faire tourner en bourrique et de mener à la baguette l’assistance. Moi, d’une part, j’étais le cobaye de ses stratégies, mensonges, scenarios de mégalo et, de l’autre, l’exécutante des règles strictes de nos parents. Je le faisais parce qu’elle avait l’avantage d’être ma grande sœur et personne ne m’aurait autorisée à la défier. Ma sœur a toujours eu aussi une foule de copines à ses pieds. Leurs réunions n’étaient faites que de médisance et de moqueries. J’ai toujours entendu ma sœur se vanter en mettant en avant sa beauté, son savoir, ses avis… Le tout bien au-dessus du pauvre monde minable et inculte qui l’entoure. Les autres, en extase, buvaient ce qu’elle débitait. Elle n’a jamais cessé d’être hautaine et prétentieuse et cela a empiré avec le temps. Elle se complait, sans gêne aucune, à monopoliser toutes les discussions avec ses convictions et son grand savoir-faire et à reprendre les dires de toute personne qui essaie de donner son avis. Il lui faut coûte que coûte imposer son commentaire. Dans le cas où il y a résistance, elle s’arrange pour ridiculiser l’adversaire en mettant toute l’assistance de son côté.
Alors que moi, qui ne cesse de marcher sur des œufs en faisant très attention à ne froisser personne, en usant de modestie et de bien des égards et en me faisant toute petite, je ne vois pas la compensation de mes efforts chez certains. J’ai presque besoin de faire des courbettes pour me faire entendre ou servir.
Ma sœur, en étant ce qu’elle est, on sait la respecter et lui témoigner de la considération! Aujourd’hui, quand elle compare nos couples, son mari est adorable, le mien c’est… Sans commentaire… Je me demande de quel malheur il serait frappé s’il lui faisait un reproche sur son comportement. Je crois bien qu’elle serait capable de lui donner du poison à boire… Nous avons eu quelques démêlés au sujet de ma manière de vivre, d’éduquer mes enfants, de travailler et même au sujet de ma vie conjugale. Selon son point de vue, qui est forcément le meilleur, tout chez moi est mauvais.
Je l’ai vue aussi, dans des administrations publiques, entrer la tête haute, exiger plutôt que demander, traiter des gens respectables comme des sous-fifres et, le comble, avoir de la considération en retour. Moi, avec mes suppliques polies et courtoises, je me fais rabrouer et renvoyer en file d’attente, sans ménagement.
Il faut voir ma sœur au volant: tout le monde, automobiliste ou piéton, doit impérativement lui céder la priorité du passage, sinon il a droit à un méprisant «dégage, saleté» (zoul ya el moussakh) qu’elle fait suivre de son éternel «peuple d’ignares» (chaâb lemkalakh).
Lors de soirées mondaines, ma sœur, qui arrive toujours avec son air hautain et dédaigneux, est accueillie pompeusement et tout un petit peuple s’active pour lui dire qu’elle est extraordinairement vêtue, coiffée et lui trouver la meilleure place à la meilleure table. Alors que moi, même si j’arrive avec un cadeau, on me dira merci avec un sourire, mais personne ne s’empressera de m’accompagner pour m’installer où que ce soit. Je n’ai jamais trop cherché à lui tenir tête ni même à lui demander de me laisser tranquille, parce que j’ai de plus en plus l’impression que c’est moi qui suis dans l’erreur. Cette sœur, qui s’est toujours jeté des fleurs en dominant tous ceux qui se trouvent sur son passage, a finalement toute la considération du monde. Elle en jette et d’emblée se place en position de force par rapport à ses interlocuteurs. Elle donne le sentiment qu’elle est très importante et que respect est dû à sa personne… Et ça fait de l’effet!
Moi, j’y perds mon latin. Est-ce que ce sont de nouvelles valeurs de la compétition sociale qui font passer ce vice pour une vertu ou est-ce réellement moi qui n’ai pas de valeur, au regard des critères de la société d’aujourd’hui?».

Mariem Bennani

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