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Je cache mon homosexualité

Etre homosexuel au Maroc, c’est le cas de Saïd, 48 ans, artisan. Il avoue n’avoir jamais osé en parler, ni le montrer. Pour éviter les cancans, ne pas être rejeté par la société et tout simplement vivre, il a dû se marier…

L’homosexualité peut-elle être permise et soutenue? Dans le monde, même dans les démocraties avancées, ce sujet est toujours controversé. Si plusieurs pays reconnaissent que c’est une liberté fondamentale que le droit d’avoir des penchants envers qui on veut et que même le mariage gay a été permis, pour plusieurs autres, cela ne va pas de soi.

En France, pays des libertés, des milliers de manifestants, inquiets au sujet des valeurs de la famille, sont descendus ces derniers jours dans la rue pour protester contre la loi qui sera votée autorisant le mariage et l’adoption ou la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe. Un grand «hic» pour les Français humanistes, progressistes, attachés aux droits fondamentaux en tous genres.

Chez nous, quand on parle ouvertement d’homosexualité, on s’expose à une explosive contestation. Pour plus des 3/4 de la population, c’est un sujet tabou où le hram de la religion, qui condamne cette tendance sexuelle, s’allie avec le traditionalisme sectaire. Presque tout est complétement verrouillé sur ce sujet. Pourtant, chez nous aussi, des personnes souffrent en silence et essayent de sauver les apparences comme elles peuvent. Leur désir de fonder une famille n’est pas le même que celui des autres. C’est le cas de Saïd. Il nous raconte son histoire.

«J’ai 48 ans, je suis couturier traditionnel pour femmes. J’ai été élevé par ma mère et mes sœurs. Mon père, je ne l’ai pas connu. Il est mort à ma naissance. Mon homosexualité, je n’en ai eu conscience qu’à l’âge de la puberté. Mes attitudes un peu efféminées n’ont jamais été relevées. J’étais l’homme de la maison et tout le monde me traitait ainsi. Il faut dire aussi que nous avons toujours vécu dans un quartier populaire et, là, on ne badine pas avec les gens différents, comme moi. Il serait plus juste que je dise qu’un homme efféminé ou aux tendances homosexuelles est un homme mort. Parce qu’il sera traqué par tout le monde. Il subira les moqueries et railleries de tous ceux qu’il croisera, qu’ils soient petits ou grands, hommes ou femmes. Il sera une sorte de souffre-douleur pour tous. J’ai donc toujours refoulé et caché ma nature et mes penchants. Je n’ai aucun sentiment d’amour pour les femmes. J’ai seulement beaucoup d’affection et une grande complicité. Déjà à l’école, mes camarades de classe n’étaient pas dupes. Aucune particularité ne se lisait sur moi, mais cela devait être certainement ressenti. Même si je n’ai jamais été entouré que de filles, les garçons, eux, ne m’approchaient pas. Il y en avait qui étaient vraiment efféminés. Je ne leur ressemblais pas et eux aussi ne m’approchaient pas. Ceux-là, les pauvres, tout le monde les ridiculisaient. Moi, je n’avais pas la langue dans la poche: la méchanceté verbale, ça me connaissait et il ne fallait surtout pas me provoquer! J’ai toujours été le meilleur confident des filles, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Les problèmes que j’ai pu rencontrer sont passés quand j’étais jeune. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas fait de longues études. J’ai appris à accepter ma différence tout seul, sans aide et surtout à ne jamais en faire étalage. Je ne pouvais pas me permettre d’être égoïste. Je n’aurais jamais pu causer de peine à ma pauvre mère, ni à mes sœurs. Affichant mes penchants sexuels envers et contre tout m’aurait causé d’énormes problèmes. Si je l’avais fait, mes sœurs ne se seraient probablement jamais mariées et ma mère serait morte de chagrin. Les gens, la famille, les voisins, les amis, tout ce monde-là leur serait tombé dessus. Ils se seraient même permis de bafouer la mémoire de mon pauvre père. Dieu merci, toutes mes sœurs se sont mariées et ont des enfants. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mes beaux-frères, ni leurs familles. Et ma mère a certainement toujours feint ne pas comprendre ce qui me retenait de me marier et d’avoir des enfants. Il y a quelques années de cela, j’ai fréquenté un homme et notre idylle a connu un tournant tragique puisque il a fallu que la justice s’en mêle. Des membres de sa famille et une femme qu’il fréquentait lui en ont fait voir de toutes les couleurs, juste parce qu’ils le savaient en ma compagnie. Pour ne pas être démasqué et mettre à découvert son penchant dans son milieu, il m’a tout mis sur le dos en inventant une histoire complétement folle. Il m’a accusé de le harceler et de ne pas vouloir le laisser tranquille, parce que je voulais le voler. J’ai pris sur moi et me suis vu accusé de ce que je n’avais jamais fait. Pour oublier cet épisode noir, j’ai dû m’en aller en Italie pour changer de vie, oublier ce drame et poursuivre une formation en stylisme. J’y suis resté quatre années. Je n’ai pas pu supporter la vie loin de ma mère et de mon pays. Même mon métier, je ne pouvais pas l’exercer. J’ai vécu de terribles moments de doute. J’ai connu le chaos intérieur. J’ai eu une grave dépression qui a failli me faire commettre l’irréparable: me donner la mort. Il fallait absolument que je retourne au pays pour reprendre mon commerce et retrouver ma famille que j’adore et mes chères amies. Seulement, il fallait que j’efface toutes les traces du scandale qui me hantait et qui m’avait fait fuir du pays. Ma famille n’avait jamais eu vent de tout ça. Je connaissais une jeune femme qui travaillait dans un salon de coiffure. Elle avait été abandonnée à la naissance et son seul rêve était de pouvoir avoir une petite famille et une maison. Elle savait très bien ce que j’étais et a accepté de partager ma vie. Nous avons célébré notre mariage comme cela se fait et nous avons emménagé comme un couple normal. Quelques mois plus tard, nous avons adopté un bébé. Une jeune fille étudiante s’était trouvée enceinte et ne pouvait pas garder ce bébé. Cette pauvre fille, nous l’avons accueillie chez nous jusqu’à ce qu’elle ait accouché. Ses parents l’auraient certainement tuée. Et cette petite fille est l’amour de ma vie; je trouve que c’est la plus belle fille au monde; c’est ma princesse. Je disjoncte quand elle est loin de moi. Je suis père et mon épouse est mère. Nous sommes très heureux. Je n’ai jamais imaginé que ma vie allait prendre cette tournure. Pour tout le monde, nous sommes un couple qui a eu un enfant et basta. Ce que le monde dit ou s’imagine derrière mon dos, je ne cherche pas à le savoir. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est mon métier et ma petite famille».

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