Carburants, fruits, légumes… | La crise Russie-Ukraine s’invite dans l’assiette des Marocains en plein Ramadan

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Impuissant, le consommateur marocain assiste depuis quelques semaines, à une hausse généralisée des . Denrées alimentaires, services de transport, carburant…Il faut dire que tout a augmenté de manière quasi-simultanée, surtout dans les grandes villes du Royaume. Face à cette situation, la majeure partie des ménages n’arrive plus à joindre les deux bouts.

L’impact de la flambée des que connaît le Maroc ces derniers temps est tellement important sur le pouvoir d’achat des citoyens que c’est devenu un sujet majeur de discussion en famille, aux terrasses des cafés, et même sur les réseaux sociaux. Un nouveau hashtag (#Non à la hausse des prix au Maroc) a été créé sur les réseaux sociaux pour dénoncer la hausse des prix à la consommation au niveau national. Les consommateurs marocains sont à bout de nerfs et exigent des solutions rapides de la part du gouvernement, d’autant que durant le mois de , les Marocains adoptent de nouvelles habitudes alimentaires.

C’est dur pour tout le monde

«Je fais l’objet de critiques virulentes de la part de mes clients ces derniers temps. Beaucoup d’entre eux croient, à tort, que les commerçants agissent de leurs propres chefs et profitent de la situation pour augmenter les prix, ce qui n’est pas vrai», déplore un épicier à Casablanca, au micro du Reporter. Et notre interlocuteur d’expliquer qu’«au contraire, la plupart des commerçants font de leur mieux pour ne pas répercuter la hausse des tarifs, notamment du transport, sur le prix de vente au détail, des principales denrées alimentaires. «Personnellement, ma marge de bénéfice a beaucoup baissé ces derniers temps, à cause du fait que la plupart de mes clients ont recours au fameux carnet de crédit qui leur permet de se procurer ce dont ils ont besoin et de ne payer qu’à la fin du mois», ajoute Abdeslam, avant d’ajouter: «Depuis le début de la crise sanitaire due au Coronavirus, j’éprouve de plus en plus de difficultés à recouvrer les créances impayées, mais face aux difficultés que vivent de nombreuses familles, je n’ai d’autre choix que de patienter en espérant que la situation va s’améliorer prochainement».

Quand remplir son panier devient presque impossible

La situation n’est guère meilleure dans les marchés populaires de Casablanca. Au marché de Derb Ghallef, le prix de la tomate très utilisée pendant le mois de dans la préparation de la «Harira», varie entre 10 et 15 dirhams selon le calibre. Idem pour les autres fruits et légumes dont les prix varient de 6 dirhams pour les pommes de terre, à 18 dirhams le kilogramme de poivron rouge et jaune. Pareil pour les fruits, l’huile de table, les pâtes, la farine, le poisson, la viande rouge et la volaille dont les prix vont de 5 à 15 dirhams. Cette situation a poussé de nombreux consommateurs à revoir leurs habitudes alimentaires. Ainsi, l’on constate, que la plupart des ménages marocains se dirige de plus en plus vers la consommation des volailles. On remarque également qu’à la caisse, dans les grandes surfaces, beaucoup de consommateurs abandonnent deux ou trois articles au moins, par souci d’économie. Un caissier dans une superette hard discount au centre ville de Casablanca, a affirmé dans un témoignage au Reporter, qu’avant la crise due au nouveau Coronavirus (2020) et la crise russo-ukrainienne (2022), la marchandise était liquidée en moins de 48 heures, alors qu’aujourd’hui cette moyenne dépasse les cinq jours, ce qui inquiète les propriétaires de l’enseigne pour laquelle il travaille «Je crains que si la situation reste telle quelle, les propriétaires décident de réduire le personnel, d’autant plus que c’est déjà arrivé au début de la crise sanitaire due au nouveau Coronavirus. Les répercussions de la guerre entre la et l’, notamment sur les prix alimentaires, poussent les gens à limiter les volumes de leurs achats», nous explique Achraf qui avait l’air tellement inquiet pour son gagne-pain.

C’est dire si le conflit armé entre la et l’ a affecté l’économie mondiale en ralentissant la croissance et en provoquant une hausse de l’inflation. Cette tendance haussière de l’inflation risque de frôler les 5% en 2022, voir plus, si la crise russo-ukrainienne dure plusieurs mois encore.

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La crise russo-ukrainienne, est-elle la seule responsable de cette flambée généralisée que connaît le marché marocain. D’après, les spécialistes des questions économiques, il existe plusieurs facteurs qui expliquent cette situation. Selon les mêmes sources, puisque le Maroc continue d’importer une grande part de ses besoins en blé, sucre et huile de table, entre autres, il est normal qu’il soit aujourd’hui confronté aux changements brutaux des cours enregistrés à l’échelle internationale. Néanmoins, des facteurs internes ont également participé à cette flambée des prix et particulièrement l’existence d’intermédiaires dans les circuits de distribution. Entre le producteur et le consommateur, la rente prédomine et son impact sur le pouvoir d’achat est catastrophique. Dans ce contexte, le gouvernement est appelé à prendre le taureau par les cornes, afin de minimiser la flambée des prix, notamment celle des carburants, des matières premières et denrées alimentaires.

Incroyable mais vrai !

Depuis plusieurs jours, les prix des carburants marquent eux aussi l’une des hausses les plus spectaculaires de l’histoire du Maroc. Pour la première fois, le prix du gasoil a dépassé celui de l’essence. A l’heure où ces lignes sont écrites (12 avril 2022), le prix du gasoil affichait 14,31dirhams le litre, tandis que l’essence se vend à 14,16 DH/L. Cette augmentation du prix du carburant est d’autant plus inquiétante qu’elle se répercute inéluctablement sur les prix de plusieurs denrées alimentaires de première nécessité, étouffant davantage le pouvoir d’achat des citoyens.  Confrontés à la hausse des prix des hydrocarbures et des charges liées au coût de stockage et de transport, les propriétaires des stations-services sont montés au créneau vis-à-vis du gouvernement, en revendiquant des mesures de soutien. Faute d’une réponse de l’Exécutif, ces derniers se sont déclarés prêts à recourir à la grève. C’est en tout cas la menace brandie par la Fédération Nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service au Maroc (FGNPS), qui a publié un communiqué dans lequel elle a tiré la sonnette d’alarme sur l’impact de la hausse des prix constatée actuellement sur la compétitivité des stations de services au Maroc. La Fédération a appelé le ministère de la Transition énergétique et du , à intervenir au plus vite. Ne cachant pas sa volonté de faire appel à l’ensemble des départements ministériels concernés, la Fédération a fait part de sa volonté de saisir également le Conseil de la Concurrence. Rappelons que les prix du diesel et du sans-plomb ont atteint des niveaux sans précédent (près de 15 dirhams le litre). Cette hausse vertigineuse est imputable à la flambée des cours du baril de à l’échelle mondiale. Le prix du baril a baissé légèrement en avril 2022, reculant à 99 dollars après avoir culminé à 113 dollars au début du mois de mars. Dans ce contexte instable et afin d’atténuer l’ampleur de la hausse des hydrocarbures sur le pouvoir d’achat des citoyens, le gouvernement a déboursé une aide financière exceptionnelle au profit des professionnels du transport afin de stabiliser les prix de transport de marchandises et des personnes. 

Mohcine Lourhzal

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Solidarité

Les Marocains lancent le hashtag «# الكارني تحدي»

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Le carnet de crédit chez l’épicier a toujours existé dans la société marocaine. Même avec la prolifération des grandes surfaces et des supermarchés, ce procédé n’a jamais disparu. C’est la meilleure issue en cas de difficultés financières ou d’incapacité à suivre la cadence de la hausse des produits alimentaires, comme c’est le cas actuellement, au Maroc et dans tous les pays du monde. Dans ce cadre, un nouveau hashtag a été créé sur les réseaux sociaux (Facebook-Twitter). Baptisé «# الكارني تحدي», ce challenge consiste à payer les dettes de familles nécessiteuses auprès d’un épicier au choix. Un portail web a été mis en place (www.karny.org/) qui permet de suivre l’évolution de cette opération, le nombre d’adhérents, outre le fait qu’elle permet d’inciter d’autres internautes à prendre part audit challenge.

Les Marocains, toutes couches sociales confondues, grandissent dans un environnement qui érige la solidarité en valeur sacrée. Quand il est authentique, le patriotisme s’évertue à renforcer l’unité et la solidarité, particulièrement dans les moments difficiles.

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