Morale et politique : L’automne français

 

Le président Hollande, lors de sa visite au Maroc si positive par ailleurs, a été poursuivi par l’incroyable affaire Cahuzac. Une affaire qui est un désastre politique, deviendrait une affaire d’Etat, menaçant même de tourner à la crise de régime.

 

Jrme Cahuzac Ph AFP

 

 Concernant les «printemps arabes», il y a un consensus sur certains points malgré des interprétations très divergentes sur les conséquences. Au départ, il y a eu une révolte contre la corruption et des privilèges de familles dominantes ou de castes au pouvoir. Il y a eu une volonté de moralisation, une notion assimilée largement par les jeunes manifestants à celle de justice sociale et de démocratie.

La morale publique et politique et la démocratie ne sont cependant nulle part des compagnons inséparables. La vertu, le sens du bien commun et de l’intérêt général au-dessus de son intérêt personnel paraît une denrée de plus en plus rare, même en démocratie. Dans certains pays, cela progresse, dans d’autres, les plus avancés dans ces domaines, cela régresse.

 

Si l’on a parlé trop vite de printemps arabe, on peut évoquer au niveau de la morale politique l’automne français.

Le président Hollande, lors de sa visite au Maroc si positive par ailleurs, a été poursuivi par l’incroyable affaire Cahuzac. Il a été très élogieux sur le processus maîtrisé de démocratisation adaptée du Maroc. Cela restera.

Il n’a pas pu cependant éviter des questions franco-françaises. Il lui était impossible au Maroc d’annoncer un remaniement ministériel. Il lui est politiquement impossible d’effectuer un remaniement à chaud pour ne pas donner l’impression de céder à l’opposition ou d’admettre que le gouvernement est impliqué. Il sera cependant obligé d’y procéder, les jours de Jean-Marc Ayraut sont comptés.

Cette stratégie du dos rond ne pourrait pas tenir s’il était prouvé que lui ou d’autres membres du gouvernement savaient. Une affaire qui est un désastre politique deviendrait une affaire d’Etat et menaçant même de tourner à la crise de régime. Le pouvoir a sur la tête une épée de Damoclès. Pourquoi?

Jérôme Cahuzac a été nommé par le président, en accord avec son Premier ministre, ministre du Budget. Il était l’homme chargé de faire accepter une rigueur sévère aux Français et de traquer la fraude fiscale. Il était membre d’un gouvernement de gauche promettant, après les dérives du Bling bling de Sarkozy l’ami des riches, un retour à la république exemplaire.

Les rapports avérés ou fantasmés des élus de droite avec l’argent ont joué un rôle évident dans la victoire de François Hollande, puis du Parti Socialiste aux législatives.

Un parti moralisateur sur les dérives de la finance qui se trouve pris à contre-pied. Cela fait beaucoup après l’affaire DSK… Sexe et fric ont rattrapé le parti de Léon Blum.

Cahuzac lui-même est politiquement un homme fini. Il a en effet menti les yeux dans les yeux à la presse, aux représentants du peuple et au président. Il est la cible de tout le monde à tel point que certains proches s’inquiètent pour lui.

Les Français, pour le moment dans les sondages, jugent que c’est un homme qui est en cause mais que cela fragilise le président et ses ministres. Une réaction plus mesurée que le déchaînement médiatique; mais qui pourrait exploser si on en apprenait davantage. La cote de confiance de François Hollande a une nouvelle fois chuté (-3 points) en mars à 27%, le plus bas taux jamais enregistré, depuis 1981, par un président au onzième mois de son mandat, selon le baromètre mensuel TNS Sofres pour Le Figaro magazine, réalisé avant les aveux de Jérôme Cahuzac.

L’affaire du trésorier de la campagne électorale de François Hollande et homme d’affaires ayant des comptes off-shore n’arrange bien sûr rien.

Cela étant, pour parler d’affaire d’Etat, il faudrait que l’Etat soit mis en cause. C’est-à-dire qu’il y eût connivence ou complicité avérée. Si un ministre savait, si un autre a couvert comme cela est parfois suggéré par la droite, si cela était prouvé, il y aurait crise de régime et peut-être même des élections anticipées. Mais on n’en est pas là; on en est à un homme qui a caché du fric à l’étranger et qui, devenu ministre, l’a occulté puis a menti.

Ce qui est sûr, c’est que, pour la classe politique, les ravages sont considérables. Cela fait suite à la mise en cause de l’ancien président Sarkozy -qui pourrait cependant bénéficier d’un non-lieu- pour avoir abusé financièrement d’une vieille dame pas très lucide.

 

Pour le journal espagnol El Pais, François Hollande «se trouve en première ligne des critiques, accusé d’ingénuité excessive, dans le meilleur des cas, et de complicité dans les mensonges de son ministre, au pire». La presse britannique, toujours très francophobe, n’est pas tendre avec la classe dirigeante française. Selon Charles Bremmer, rédacteur en chef pour l’Europe du Times, «même dans un pays qui a une longue histoire de débauche à haut niveau, l’impact politique (des retentissantes confessions de l’ancien ministre du Budget) est dévastateur». Ces affaires «en France ont trop souvent été accueillies avec un haussement d’épaule fatigué (…). La tolérance publique est en train de s’épuiser», estime même dans son éditorial le Financial Times.

On en tirera une leçon générale: vivre dans une démocratie est de moins en moins une assurance. Pour les conclusions, à chacun d’avoir les siennes… Mais bâtir une démocratie vivante et adaptée ne peut se passer d’une réflexion sur «l’automne moral français»!

 

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