Juste 3 mois après la mort de ma mère, mon père veut se remarier ?!

Leila, 36 ans, styliste modéliste, est mariée et mère d’un enfant. A peine veuf, le père de cette jeune femme dit vouloir en épouser une autre. Pour elle, le choc ! Voici ce qu’elle nous raconte.

«Je suis l’ainée d’une famille de sept enfants et nous sommes tous déjà installés en couple. Il y a plus de cinquante ans, mes parents avaient scellé leurs vœux de mariage dans une totale simplicité. En plus de n’avoir pas eu les moyens de faire de fête, ce sont leurs familles respectives qui avaient décidé de leur union. De toutes les manières, ils avaient accepté puisque dans leur milieu cela se passait ainsi et pas autrement. Il n’y a aucun doute sur le fait que malgré tout, les deux se sont très bien entendus et nous, leurs enfants nous pouvons le certifier. Il est bon aussi de préciser que sans le dévouement laborieux de ma mère, mon père n’aurait jamais pu garder son emploi et encore moins devenir propriétaire d’une maison. Il y a tellement à dire sur ce qui précède mais ce n’est pas lui qui s’en souvient aujourd’hui. 

Ma mère n’a jamais travaillé à l’extérieur. Avec sept mioches sur les bras cela reste assez compréhensible. Quoiqu’à mon avis, elle en était probablement capable si cela devait relever d’une nécessité absolue. Et ce don qu’elle avait d’être hyper économe qu’elle adorait qualifier de «baraka» dans les mains, c’était quelque chose! Parce que voyez-vous, elle arrivait à nous nourrir à notre faim et à nous vêtir convenablement avec un budget de misère. Solennellement, à ce que lui remettait mon père chaque mois elle disait «Bissmillah», acceptait sans jamais réclamer le moindre centime de plus. Après ce machinal cérémonial mensuel entre eux, elle retournait à ses tâches et vers nous en riant de bon cœur, comme quelqu’un qui avait reçu plus qu’il n’en fallait. Sauf qu’en aparté elle n’oubliait jamais de remercier le Seigneur de tous ses bienfaits et surtout d’avoir placé le grand souk de la semaine et aussi tous les grossistes de denrées alimentaires dans son voisinage.

A vrai dire ma mère s’en sortait parce qu’elle avait des astuces pour se ravitailler en gros et toujours le moins cher possible. Comme par exemple ne jamais rater l’heure exacte à laquelle elle devait pointer dans ce brouhaha hebdomadaire auréolé de fumées et poussières où se bousculent animaux, humains, charrettes, poussettes vitrines, camionnettes et automobiles. C’est là qu’elle effectuait ses transactions de marchandage avec des vendeurs vraiment pressés de liquider leur reste pour plier bagage. Elle s’en retournait à la maison ravie avec un ravitaillement pour pensionnat composé de légumes, fruits, herbes aromatiques, tous fraichement cueillis et de saison, sans parler des fripes ou de toutes sortes de fanfreluches d’occasion mais très utiles. 

Notre reconnaissance pour son courage et sa détermination afin que nous ne rations pas le coche dans la vie, jamais plus nous n’aurons la chance de la lui montrer. Hélas, personnellement je regrette de ne pas être restée avec elle plus souvent, pendant qu’il était encore temps. J’étais complètement absorbée par un quotidien difficile, pilonné d’ambitions fiévreuses, la primordiale étant celle de ne plus travailler en tant que salariée dans le domaine du textile. J’ai effectivement réussi ce pari presque impossible d’ouvrir et gérer mon propre business grâce à l’aide de ma mère. Elle a été ma meilleure amie, ma confidente, mon conseiller budgétaire, le socle de mon bon moral et aussi la meilleure baby-sitter du monde. Et dire qu’on se fiche de la douleur encore incandescente que je ressens face à sa perte et avec effronterie, on vient me demander d’accepter l’inacceptable.

Avec mon père nos relations ont toujours été bonnes. Son autorité était respectée et il veillait à ce que celle de ma mère le soit aussi. Des hauts et des bas, il n’en manquait pas mais rien de grave. Parfois dans leur adolescence, seulement lorsque certaines bornes étaient vraiment dépassées, les garçons n’échappaient pas à quelques corrections bien méritées. Quant à nous les filles, il n’a jamais porté la main sur nous. Pour nous recadrer, il lui suffisait d’utiliser son humour acerbe et caustique. Vraiment, jusque-là pour tous, il a été un père de famille à qui on ne peut pas faire de reproches. Sans mentir, chez nous il sentait toujours bon la gaieté, les disputes entre les parents, ou entre nous autres frères et sœurs, étaient rares. Même grands, avec nos propres enfants et moitiés, une bonne ambiance familiale régnait. Elle était riche de calembours, de pitreries et de jovialité. Mais ça, c’était avant, parce que depuis que le malheur nous a visités, du changement, il y en a. 

Maintenant que ma mère n’est plus de ce monde et ce, depuis à peine trois mois, à cause d’un diabète, diagnostiqué mais pris à la légère, voilà que mon père émet le désir de se remarier.  Il ne nous impose personne, il nous demande à tous et ce, avec insistance de nous lancer sans plus attendre dans la recherche d’une remplaçante. Je jure que l’écouter déblatérer jusqu’à la fin, a failli me faire commettre un crime. Il n’y a eu que ses mots pour foutre une sacrée pagaille dans nos sens. Monsieur s’est mis d’abord à délirer sur les conséquences de sa pesante solitude. Tantôt racontant avec exagération qu’il n’y avait plus personne pour lui tenir compagnie, s’occuper de lui, de ses affaires, de ses repas, pas même de sa petite théière de l’après-midi dont il ne peut se passer. Ensuite il a enchainé sur le fait qu’il n’avait nullement l’intention de rejoindre ma mère sous terre. Surtout lui, qui avait tellement attendu ce temps de la retraite et d’être débarrassé de nous. Il espérait vivre le restant de ses vieux jours à se la couler douce aux cotés de notre mère, mais que si elle n’était plus là, il n’y pouvait rien.  Et pour finir, il a estimé ses propos justes et honnêtes vis-à-vis de lui-même, du Créateur, de son active piété et enfin de nous.

Plus tard, nous nous sommes finalement tous réunis sans le chibani, pour en discuter. Clairement, j’ai été scandalisée qu’il n’y ait eu aucune pensée pour ma mère qui venait à peine de disparaitre. Scandalisée de voir plutôt une placide moitié du groupe s’en laver rapidement les mains, en étant d’accord pour lui trouver une femme. Et l’autre moitié qui avait rajouté des difficultés, en allant très loin dans un hypothétique futur où il était question de procréation, de possibilité d’obscures manigances pour vol d’héritage. Un comble! Avec ma sœur jumelle, glacées d’horreur, incapables de comprendre ce qui nous tombait dessus, en plus de la séparation d’un être irremplaçable, nous avons proposé de calmer le vieux en nous occupant de lui chacun à son tour. Le marché était conclu à sept, la semaine était bouclée, mais manifestement pas le problème. 

Bref, actuellement mon père toujours en mode pinson rebelle et insatisfait, continue de tous nous gaver en pérorant sur son désir de remariage. Tous ces derniers temps, j’ai senti mon cœur brisé en mille morceaux en voyant de sa part le peu de respect dédié à la mémoire de ma mère. Mon père qui se dit pieux ne se rend-il pas compte à quel point il sème le trouble dans ma tête?  Ce «haram» auquel il veut échapper, il va indirectement et très probablement me le refiler. Parce qu’à cause de son comportement, dorénavant, à mes yeux, mon mari ne méritera pas que je me dévoue plus que ça pour lui !»

Mariem Bennani

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