mardi 12 décembre 2017

Lahoucine Adardour, président de l’APEFEL

«Il faut instaurer une politique de connexion entre tous les barrages»

La saison actuelle est marquée par un retard des pluies. Selon vous, est-ce que c’est vraiment l’alerte pour les professionnels?

Il faut dire que la conjoncture est très particulière pour la filière, à cause de la pluviométrie qui a enregistré, cette année, un retard très important. A noter que ce sont surtout les changements climatiques qui frappent actuellement le Maroc et qui font qu’il y a un impact vraiment très important des aléas climatiques, notamment sur les ressources en eau sous-terraine. Ces dernières, depuis un certain temps, sont très menacées dans la région du Souss. Une région où l’agriculture est la première consommatrice d’eau et où la production agricole (agrume, maraîchère,…) occupe une place de choix, aussi bien sur le plan national qu’en matière d’exportation. Une chose est sûre. L’inquiétude est là et nous espérons que les pluies arrivent dans les jours qui viennent. Car la situation est devenue très alarmante. Les agriculteurs souffrent aujourd’hui de la raréfaction des ressources en eau dans le Souss-Massa. Pour certains d’entre eux, qui n’ont plus d’eau pour irriguer leurs cultures, c’est vraiment l’alerte. Ils attendent l’arrivée des pluies pour le remplissage des barrages, afin de démarrer les cultures en irrigué.

Pour quelles filières la saison agricole serait déjà perdue?

La première alerte est déjà donnée pour le cheptel. Car il n’y a plus de végétation dans la nature pour alimenter le cheptel. A l’exception des grands éleveurs qui disposent encore d’aliments pour le bétail, il faut dire que, dans les souks, la situation est vraiment critique. Puisque l’alimentation (du bétail) se fait rare depuis plusieurs mois.

Quelles sont les cultures pour lesquelles la saison agricole actuelle est déjà perdue? Je dois d’abord souligner que la région connaît certaines défaillances au niveau des eaux sous-terraines. Alors, si les pluies tardent encore à venir, toutes les cultures seront, bien entendu, impactées et la situation sera plus grave pour les professionnels. Quoique les premières à en souffrir, ce sont surtout les cultures pluviales. D’ailleurs, cela va être constaté dans les marchés où l’on va manquer certainement de produits de cultures de bour sur les étals. Côté cultures irriguées, elles aussi vont être impactées par la rareté des pluies. Pour ces cultures, la saison peut encore être sauvée. Car il y a encore des réserves au niveau des barrages. Mais dans l’avenir, la situation pourrait s’aggraver, puisqu’on commence déjà à sentir l’impact chez les agriculteurs, dont certains n’ont plus d’eau pour irriguer leurs terres agricoles, à cause de la rareté des pluies et du déficit hydrique dans la région.

Quelle politique mener pour que le Maroc agricole ne dépende plus de la pluie?

Le Maroc dispose de plus de 3.000 km de côtes. Réaliser des centres de dessalement de l’eau de mer pour les besoins de l’irrigation permettra certainement de faire face aux défis de la gestion des ressources hydriques dans le pays. Nous demandons donc au gouvernement de multiplier ces stations de dessalement pour régler la problématique de la raréfaction des ressources en eau au Maroc. Dans la région de Souss, un important projet verra le jour à Chtouka-Aït-Baha avec la réalisation, d’ici 2022, d’une station de dessalement de l’eau de mer pour les besoins de l’irrigation et aussi pour l’approvisionnement en eau potable. Notons que ce mégaprojet fait suite à une demande des professionnels de la région de Souss et ce, depuis 2007. Il devra contribuer à pérenniser l’activité agricole florissante dans cette région.

Au Maroc, les barrages ne sont utiles que pour 15% des terres agricoles, alors que 85% des terres agricoles n’en bénéficient pas. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que ces terres puissent aussi profiter de ces barrages?

Le gouvernement devra lancer une étude sur la «connexion des barrages». Nous pensons qu’il est temps de réfléchir à instaurer une politique de connexion entre tous les barrages existant dans le pays. Cela va certainement aider à ce que les 85% des terres agricoles -ou du moins une bonne partie de ces terres- en profitent également, à l’instar des terres irriguées.

Propos recueillis par Naîma Cherii

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