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Maroc : quelle transition énergétique ?

Eolien Maroc 2013

Le ministre Amara a dévoilé sa feuille de route pour la transition énergétique. Plan gazier, libéralisation du marché des renouvelables, exploration pétrolière, démocratisation du photovoltaïque… De grands axes et rien sur le nucléaire.

La transition énergétique au Maroc, est-ce juste un effet de mode ou une nécessité stratégique? L’importance économique de ce grand chantier, qui fait l’actualité aujourd’hui en France, était au cœur d’une conférence-débat organisée conjointement par la Fédération de l’énergie de la CGEM et le ministère de tutelle, le 27 novembre 2013 à Casablanca. «Au Royaume du Maroc, nous avons fait de la transition énergétique un choix politique clair et stratégique», annonce Abdelkader Amara, ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement.

Mix énergétique: le jeu d’équilibre

Certes, le Maroc s’est engagé dans ce vaste chantier qui favorise la montée en puissance des énergies renouvelables tout en veillant à mieux équilibrer le mix énergétique. Cependant, garantir la marche de cette transition requiert de mettre en place les bases d’un cadre réglementaire et fiscal précis. Il est question aussi d’assurer le financement de la transition énergétique et sa bonne gouvernance. En clair, «mettre en place un plan d’action réaliste de transition énergétique (…). Dans cette perspective, notre Fédération de l’énergie considère que la Maroc doit absolument disposer d’une énergie sûre, compétitive et respectueuse de l’environnement, car nos modes de consommation en la matière ne sont pas durables et leur poursuite soulève à la fois des problèmes économiques, sociaux et environnementaux», affirme Moulay Abdallah Alaoui, président de la Fédération de l’énergie-CGEM. Atteindre l’objectif fixé d’atténuation de la dépendance énergétique passe par une diversification du bouquet énergétique. En effet, une feuille de route a été mise au point à travers des plans d’action sur les court, moyen et long termes. Elle tient compte de la demande sans cesse croissante en énergie primaire, laquelle a progressé de près de 5% en moyenne pendant ces dernières années, tirée par la croissance de la consommation électrique qui a augmenté en moyenne de 6,5% par an. Selon le ministre Amara, elle s’appuie, avant tout, sur des objectifs majeurs: « Assurer la sécurité d’approvisionnement, généraliser l’accès à l’énergie à des prix optimisés et mobiliser les ressources énergétiques nationales, principalement les potentialités importantes en énergies renouvelables», décline-t-il. La composante environnementale n’est pas en reste. En effet, la stratégie ambitionne de «promouvoir l’efficacité énergétique, intégrer le Maroc dans le système énergétique régional et appliquer en amont des dispositifs de préservation de l’environnement dans toutes les activités énergétiques», affirme-t-il. Il indique que la transition énergétique s’opérera de manière «progressive» de sorte que chaque source d’énergie trouve encore sa place dans le mix. A commencer par le charbon. Le ministre fait savoir que ce combustible continuera de garder sa place comme source de production d’électricité. A titre d’information, pour produire de l’électricité, les unités ont consommé 3,9 millions de tonnes de charbon au terme des 9 premiers mois de 2013. Le charbon représente 6% dans la facture énergétique brute. Ses importations se sont élevées à 3,6 milliards de dirhams pour la même période de 2013. Mis à part les capacités additionnelles de Jorf Lasfar, la nouvelle centrale de Jerada et celle de Safi, «deux autres unités de charbon de 660 MW chacune sont prévues à Nador, mais leur réalisation reste conditionnée par la visibilité que nous permettra la feuille de route sur le gaz naturel», indique le ministre. Il faut dire qu’au jour d’aujourd’hui, ce plan gazier, qui vise à substituer progressivement le gaz naturel au charbon et au fuel à l’horizon 2025, traîne encore. «Cette feuille de route sera dévoilée prochainement, après consultation de nos partenaires privés et publics», annonce-t-il. La mobilisation des ressources nationales fossiles consistent également, comme le précise Amara, à accélérer les opérations d’exploration pétrolière et gazière. «Les bassins sédimentaires marocains restent largement sous-explorés avec une moyenne de 0,04 puits pour 100 km², contre 10 puits pour 100 km² à l’échelle internationale», révèle-t-il. Et Abdelkader Amara de mettre l’accent sur la valorisation et l’exploitation «des immenses gisements» de schistes bitumineux.

Étude sur l’efficacité énergétique

La transition énergétique suppose aussi de trouver les moyens d’améliorer l’efficacité énergétique. Là, encore une fois, c’est le retard et la lenteur qui priment, puisque la stratégie nationale de l’efficacité énergétique est en cours de préparation. Si cette stratégie trouve bon écho, le pays économisera 12% et 15% de sa consommation d’énergie respectivement en 2020 et 2030. S’agissant des énergies renouvelables, il semble que le ministre a plus d’une corde à son arc. «Nous nous apprêtons à lancer deux chantiers importants qui feront suite à l’ouverture à la concurrence de la production de l’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables pour les clients Très Haute Tension (THT) et Haute Tension (HT) et au libre accès au réseau de transport et aux interconnexions», annonce-t-il. La libéralisation du marché électrique a fait l’objet d’une étude qui sera livrée au mois de mai 2014. Reste enfin à savoir si le nucléaire aura un avenir dans le mix énergétique national, comme c’était prévu d’ailleurs pour 2022, puisque le ministre Amara n’en a même pas parlé.

Mohamed Mounjid
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Ahmed Nakkouch,
PDG de Nareva, Groupe SNI

Ahmed Nakkouch pdg Nareva

De son avis, il est clair que la transition énergétique est plus qu’un choix. C’est une nécessité dans la mesure où elle permet la valorisation et la meilleure exploitation du potentiel éolien considérable dont regorge notre pays. D’ailleurs, le Maroc est cité comme un cas d’école en matière d’énergie éolienne, grâce à la loi 13-09 qui a ouvert le marché des énergies renouvelables à la libre concurrence. Aujourd’hui, les parcs éoliens fournissent 14% de la production installée. S’agissant du parc de Tarfaya, Nakkouch assure que le site, d’une puissance de 300 mégawatts, sera prochainement opérationnel. Pour rappel, le potentiel éolien du pays est estimé à 25.000 MW et est identifié dans des régions où la vitesse du vent atteint en moyenne 9 mètres/seconde à une hauteur de 40 mètres du sol. Sur une question portant sur les projets en cours, le patron répond que l’attention est accordée aujourd’hui au projet de la nouvelle centrale au charbon de Safi (1.320 MW). Il confie que ce projet dans sa phase finale de développement bute encore sur l’aspect financement.

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Jean-Marie Chevalier, professeur à l’Université Paris-Dauphine

Jean marie chevalier

Selon l’universitaire, tout l’enjeu est de connaître la vitesse de la transition énergétique, ainsi que d’assurer les moyens de son financement. Autre aspect décisif et non des moindres, la décentralisation énergétique. Selon lui, réussir cette transition suppose de mettre en œuvre un système décentralisé et une politique institutionnelle pour la production, la gouvernance et la planification énergétiques. A l’heure de la régionalisation avancée, le Maroc sera-t-il en mesure de mettre en place la territorialisation du système énergétique? Toute la question est là…

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