Heure d’été en plein hiver | Les Marocains livrés à eux-mêmes !

En octobre 2018, le Projet de Décret 2.18.855 est publié au Bulletin Officiel. En vertu de ce texte, l’ est adoptée de manière permanente au , sauf pendant le Ramadan. Quatre ans après son entrée en vigueur, cette mesure n’est toujours pas acceptée par la société.

Depuis que le précédent dirigé par le PJD a décidé  de le maintenir de façon permanente, le fuseau horaire ne cesse de susciter de vives critiques de la part des citoyens qui s’estiment lésés par cette décision qu’ils qualifient d’injuste. En effet, la plupart des Marocains considèrent que l’adoption de l’, même en hiver, est une source supplémentaire de stress et d’angoisses qui vient s’ajouter aux autres tracas et difficultés de la vie quotidienne, déjà très compliquée.

Le long chemin (semé d’embûches) vers l’acclimatation

Pour les écoliers et leurs parents, l’adoption permanente du fuseau horaire dans le Royaume est extrêmement contraignante pour plusieurs raisons. De tout temps, le soleil se lève plus tard pendant la saison hivernale que durant le printemps ou en été. Au Maroc, pendant l’hiver, le lever du soleil se fait aux alentours de 7 heures du matin (GMT). Or, depuis que le pays est définitivement repassé à l’heure , la lumière du soleil ne commence à jaillir qu’aux environs de 8 heures. Dans ce contexte, se lever pour aller à l’école devient de plus en plus pénible pour les élèves, surtout les plus jeunes d’entre eux. Cette situation est d’autant plus difficile en période de grand froid qui s’étale de décembre à février. En milieu rural et dans les zones les plus reculées, la situation est encore plus catastrophique. Ici, les écoliers sortent très tôt le matin alors qu’il fait encore nuit noire. Rarement accompagnés de leurs parents qui exercent pour la plupart d’entre eux dans l’élevage du bétail, ces élèves parcourent de longues distances pour se rendre à l’école. Depuis que le Maroc a décidé de maintenir le fuseau horaire tout au long de l’année, nombreuses sont les familles vivant en milieu rural qui ont décidé de déscolariser leurs enfants. Ils avancent plusieurs raisons pour justifier leur décision, notamment le fait que durant l’hiver, ce sont surtout les enfants qui sont les plus vulnérables et les plus exposés au froid. Comme ils sont scolarisés, ils doivent sortir pour aller à l’école, mais malheureusement ils ne disposent pas de vêtements adaptés pour les tenir au chaud sur le chemin. Ils sortent souvent sans gants, sans bottes, sans manteau. Et quand il fait très froid ou qu’il y a de fortes neiges, les écoles suspendent les cours. Voilà qui complique davantage la situation. Les écoliers en milieu rural, et même urbain, se trouvent pénalisés, à cause de la nonchalance de certains élus locaux qui, il faut bien l’admettre, ne remplissent pas convenablement leurs missions. Résultat, un manque patent en infrastructures routières et des moyens de transport scolaire et public, dégradés voir inexistants. Lorsqu’on ajoute à cela le fait de devoir s’acclimater avec le nouveau fuseau horaire (GMT+1), se rendre à l’école devient une corvée, alors que l’élève doit éprouver un véritable plaisir d’apprendre.

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Depuis que le Maroc est passé à l’heure GMT+1 de façon permanente, les parents d’élèves sont déboussolés et épuisés. A Casablanca par exemple, les va-et-vient commencent dès les premières heures du matin à l’intérieur des foyers, alors qu’à l’extérieur, il fait noir comme dans un four. S’ensuit une véritable course contre la montre pour arriver à l’heure à l’école, sachant que les écoliers ont tendance à se réveiller de très mauvaise humeur, dans la mesure où il s’est avéré que le changement d’heure, qu’il soit provisoire ou permanent, dérègle le fonctionnement de l’heure biologique. Les parents d’élèves sont également confrontés à un autre problème de taille. Laisser son enfant aller seul à l’école n’a jamais été sans risques. Depuis 2018, date à laquelle les pouvoirs publics ont décidé d’adopter l’heure GMT+1 sur toute l’année, la plupart des parents n’ont d’autre alternative que de conduire leur progéniture jusqu’à l’école. Les plus anxieux ne sont tranquilles que lorsqu’ils s’assurent que leurs enfants sont bien rentrés en classe. Contrairement à ce que certains peuvent penser, il ne s’agit pas d’un excès de zèle de la part des familles, loin de là.

De tout temps, se déplacer à pied ou en voiture, surtout dans les grandes villes, n’était pas sans risques. Depuis l’adoption de manière permanente du GMT+1, le simple fait de mettre le nez dehors nécessite toute une organisation, surtout le matin en automne ou en hiver lorsqu’il fait encore nuit. Et pour cause, de jeunes délinquants guettent les passants pour les dévaliser, surtout tôt le matin. Profitant du fait qu’aujourd’hui la plupart des Marocains se rendent sur leurs lieux de travail alors qu’il fait encore nuit, les malfrats ont l’embarras du choix du profil de leurs victimes, quoique la plupart des pickpockets préfèrent s’en prendre aux femmes, surtout celles qui travaillent dans les usines. En raison des horaires de travail stricts auxquels elles sont soumises, ces ouvrières doivent pointer leurs entrées, sorties, et même pauses journalières. A défaut, c’est la retenue sur salaire assurée. Généralement, pour les patrons d’usines, il n’y pas de cas de force majeure ou de circonstances exceptionnelles qui tiennent. C’est dire qu’avec l’adoption permanente du fuseau horaire GMT+1 au Maroc, un grand nombre de citoyens ont été pris entre l’enclume de l’insécurité et le marteau du gagne-pain.

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Le actuel, donnera-t-il une suite favorable aux doléances des citoyens qui appellent à l’annulation du fuseau horaire GMT+1 au Maroc pour ses effets négatifs sur la physique et le moral des Marocains? En-tout-cas, une grande partie de la société espère que l’Exécutif dirigé par Aziz Akhannouch, prendra enfin la bonne décision à ce sujet, question de réparer ce que beaucoup considèrent comme une grande injustice qu’ils subissent depuis 4 ans maintenant.

Mohcine Lourhzal

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Au micro du Reporter

Mohssine Benzakour, psycho-sociologue

«Le maintien du fuseau horaire GMT+1 porte atteinte à l’équilibre psychologique de l’enfant» Au micro du Reporter, Mohssine Benzakour a répondu à une question du Reporter sur les conséquences du maintien de l’heure au Maroc. Pour ce professeur en psychologie sociale, le passage au fuseau horaire GMT+1 tout au long de l’année porte atteinte à l’équilibre psychologique de l’enfant, dans la mesure où il perturbe son sommeil et cause des troubles de l’humeur. «Le sommeil est un produit du rapport de l’Homme à la nature, notamment à la succession du jour et de la nuit. Des études ont montré que nous dépendons de ce système cyclique et il est indéniable que le changement de l’heure biologique a un impact sur l’état psychologique des individus, surtout les plus jeunes d’entre eux», a fait savoir Mohssine Benzakour. Et de préciser que «plusieurs études ont prouvé que l’humeur reste particulièrement impactée par le changement d’heure de manière temporaire ou permanente». A la question de savoir si les troubles de l’humeur varient selon les catégories d’âges, notre interlocuteur a répondu par l’affirmative. Selon lui, «les enfants sont particulièrement perturbés par le changement d’heure. Pendant l’hiver, ils vont à l’école alors qu’il fait encore sombre. En plus de l’anxiété, ils peuvent éprouver un sentiment de peur transmis inconsciemment par leurs parents qui craignent pour eux, sachant que beaucoup d’enfants vont tous seuls à l’école».

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