jeudi 13 décembre 2018

Trump et Jérusalem : Se méfier de ce «Cadeau» à Israël

Nul ne peut douter des intentions du Président américain, Donald Trump, lorsqu’il fait savoir qu’il compte transférer l’ambassade des Etats Unis en Israël, de Tel Aviv à Jérusalem. C’est un allié inconditionnel d’Israël qui plus est, tient une promesse électorale.

Or, Jérusalem, pour les Palestiniens et tous les musulmans, c’est Al-Qods. C’est, comme la définit le Roi du Maroc dans sa lettre adressée au Président Trump, ce mardi 5 décembre 2017, en sa qualité de Président du Comité Al-Qods, une ville d’une «extrême importance (…) non seulement pour les parties au conflit, mais également pour les fidèles des trois religions célestes». C’est aussi une ville, en principe et en attendant un accord entre les parties sur son statut final (soit divisée en deux pour qu’une moitié soit la capitale du futur Etat palestinien et l’autre moitié capitale d’Israël, soit divisée en 3 pour que la partie chrétienne soit mise sous administration internationale) qui est aujourd’hui partagée entre Palestiniens (Jérusalem Est) et Israéliens (Jérusalem Ouest). Un partage que la stratégie rampante des «colonies» fausse, lentement mais sûrement. L’objectif pour Israël étant de grignoter la partie palestinienne de Jérusalem, par petits bouts de territoire (les parcelles accordées aux colonies) jusqu’à une mainmise totale, de facto, sur la ville. Du côté d’Israël, il n’y a pas de surprise. Les positions des dirigeants israéliens sont connues. Les plus «Faucons» d’entre eux voulaient jeter les Palestiniens à la mer (une revanche sur l’Histoire des années 40 où c’était les Arabes qui voulaient jeter les Israéliens à la mer). Les «un peu moins Faucons» et néanmoins farouches partisans du «Eretz Israël» (Terre d’Israël, dans sa conception de «Grand Israël, terre promise») voulaient chasser les Palestiniens de Palestine, en les casant en Jordanie (et, accessoirement, en Egypte). Enfin, le rêve des actuels gouvernants israéliens est de cantonner les Palestiniens dans la bande de Gaza, qui resterait sous strict contrôle d’Israël ; et de s’accaparer tout le reste du territoire, y compris bien sûr la totalité des lieux saints.

Du côté de la communauté internationale, pas de surprise, non plus. Sa position a sans doute été fluctuante. Mais elle s’est acheminée, au fil des années, vers une théorie simple: celle de deux Etats dont les frontières définitives sont à arrêter dans le cadre de pourparlers de paix, en partant du partage des territoires qui prévalait en 1967 (la guerre de juin 1967, connue sous le nom de «guerre des 6 jours», s’étant soldée par la victoire d’Israël et son annexion de territoires que l’ONU lui a toujours contestés, au motif qu’ils ont été occupés par la force, donc en violation du droit international). Tous les pays qui ont des relations diplomatiques avec Israël avaient donc installé leur ambassade à Tel Aviv, seule capitale israélienne reconnue par la communauté internationale (certains pays d’Amérique latine ou d’Afrique subsaharienne qui avaient tenté l’expérience d’une ambassade à Jérusalem, ont fini par déménager à Tel Aviv, pour se conformer aux résolutions de l’ONU). Et, aujourd’hui, la communauté internationale reste globalement sur sa position.

Certes, cette idée de transférer les ambassades de Tel Aviv à Jérusalem –qui équivaut à une reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël- est chère au cœur des va-t-en-guerre israéliens qui comptent sur cela pour appuyer leur thèse d’un Israël, Etat hébreu, avec Jérusalem pour capitale «éternelle et indivisible» comme le prévoit la loi fondamentale israélienne de 1980. Mais, que les Etats Unis, 1ère puissance mondiale, mettent en pratique ce projet de transfert (adopté par le Congrès en 1995, mais reporté d’année en année), sachant que l’Autorité palestinienne a également voté une loi désignant Al Qods (Jérusalem) comme capitale du futur État de Palestine… On en mesure la portée politique et diplomatique ! Le Président Trump franchit là un pas qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé franchir avant lui. Ce jour de mercredi 6 décembre 2017, alors que le Président américain devait faire son annonce officielle du transfert de l’ambassade, les mises en garde ont plu à torrent… A lui seul, le Roi du Maroc, Président du Comité Al-Qods, a adressé une lettre à l’intéressé (le Président Trump), une autre au Secrétaire général de l’ONU, un message aux membres permanents du Conseil de Sécurité, à travers leurs ambassadeurs au Maroc convoqués au ministère des Affaires étrangères, à Rabat… La Ligue arabe a donné de la voix. Le Président turc a menacé de rompre ses relations diplomatiques avec les Etats Unis… L’Europe a appelé à s’abstenir, par la voix de la chef de la diplomatie UE, Federica Mogherini… Que disent toutes ces mises en garde ? Tout simplement, qu’avec sa décision, le Président Trump allume le feu dans la région et au-delà ! Les tensions, l’extrémisme, le terrorisme, tout cela sera décuplé. Pour notre part, nous ajouterons que le Président Trump met d’abord les intérêts des Etats Unis en grand danger. Mais, il réussit surtout une prouesse. Elle se résume en quelques mots. Avec les «Printemps arabes», l’apparition de Daech et le terrorisme mondial de «l’Etat islamique», l’attention mondiale s’était détournée d’Israël et de tout ce qui lui était reproché. Avec cette décision de transfert d’ambassade, toutes les lumières, mais aussi toutes les haines, seront à nouveau braquées sur Israël. Est-ce un cadeau à faire à un allié ? Le républicain Trump et ses conseillers n’ont pas tiré les leçons des erreurs de leurs prédécesseurs de l’administration Bush, républicains comme eux. Ces derniers avaient cru bon de déstabiliser le Golfe en détruisant l’Irak de Saddam, comptant sur la théorie des dominos (un Etat arabe après l’autre, tomberait). Ils n’ont réussi, avec cette «idée lumineuse» qu’à étendre et renforcer le croissant chiite et les positions de l’Iran, pourtant ennemi juré, plus redouté que tous les autres Etats de la région. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ?

Bahia Amrani

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