Comprendre 10 ans après : mais où en est l’Irak?

 

10 ans après le déclenchement d’une guerre justifiée par des mensonges d’Etat sur des armes de destructions massives, où en est l’Irak?

 

Irak-Monde-Ph.AFP

 

Ce qui est sûr, c’est que le pays est loin, très loin, de cette démocratie multiconfessionnelle et multi-ethnique qui devait être un Etat modèle pour l’ensemble du monde arabo-musulman. Aucun vrai ou faux printemps arabe n’a pris comme référence l’exemple irakien. Et pour cause. L’Irak est un échec et le pays n’existe plus vraiment. Il se dirige peut-être vers un morcellement définitif, ce qui fait dire que Saddam Hussein a été, quel que soit le regard qu’on porte sur lui, le dernier des Irakiens.

 

«Toutes les guerres sont des erreurs», confie le général australien, Peter Cosgrove, qui dirigeait les forces australiennes en Irak en 2003. «Dans le cas de l’Irak, ajoute le Suédois Hans Blix, il y a eu une tentative de la part de certains pays d’éradiquer des armes de destruction massive qui n’existaient pas». En réalité, outre une volonté d’influencer les évolutions politiques de la région, l’intervention militaire de 2003 a permis aux États-Unis de reprendre pied dans un pays stratégique du point de vue énergétique et d’en évincer la Chine et la Russie qui y avaient développé leurs intérêts.

Les stratèges de l’administration Bush entretenaient des liens étroits avec les milieux d’affaires. Président en 1995 d’Halliburton, Dick Cheney assurera ainsi au géant de l’équipement pétrolier de mirobolants contrats. Dans son livre «Le Temps des turbulences» paru en 2007, Alan Greenspan, qui dirigea la Réserve fédérale de 1987 à 2006, n’a pas hésité à dire tout haut «ce que tout le monde sait: l’un des grands enjeux de la guerre d’Irak était le pétrole».

Force est de constater que ce qu’on appela le «camp de la paix» (France, Allemagne et Russie), l’axe Chirac-Schroeder-Poutine, avait alors raison de crier casse-cou! Depuis, cet axe a éclaté, notamment en Libye puis en Syrie.
L’armée américaine a quitté l’Irak en 2011. Elle y a perdu 4.486 des siens (plus 318 morts d’autres nationalités, essentiellement britanniques). Des dizaines de milliers de vies brisées. Pourquoi? 
Cette guerre a coûté au minimum 770 milliards de dollars, selon les chiffres du Pentagone. L’état de l’Irak est aujourd’hui pitoyable: la guerre a entraîné la mort violente de plus 110.000 civils, la plupart dans des affrontements entre Irakiens. Et aujourd’hui?

Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a mis en garde contre les tentatives de raviver «la guerre civile confessionnelle» dans le pays, touché par une vague de violences ayant fait au moins 179 morts en trois jours. L’Irak avait connu une flambée de violences confessionnelles en 2006-2007, qui avait fait des milliers de morts, après l’attaque en 2006 d’un lieu saint chiite à Samarra.

La nouvelle vague meurtrière a débuté le 23 avril dernier, après un assaut des forces de sécurité contre un rassemblement anti-gouvernemental près de Houweijah (nord). Cinquante-trois personnes sont mortes dans les affrontements qui s’en sont suivis. Des attaques de représailles et des heurts se sont depuis succédé à travers le pays. Au total, 179 personnes sont mortes et 286 ont été blessées en trois jours, dont une grande partie dans ces violences.

Il s’agit des troubles les plus meurtriers liés aux manifestations anti-Maliki lancées fin décembre dans les régions à majorité sunnite de ce pays majoritairement chiite. Les protestataires sunnites réclament le départ du Premier ministre, un chiite accusé d’accaparer le pouvoir et de marginaliser les sunnites.

«L’Armée des Naqchbandis», dont on parle de plus en plus, est un groupe sunnite comptant dans ses rangs d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein et qui serait lié au N° 2 du régime en fuite, Izzat al-Douri. «Nous, le Soulèvement du peuple libre d’Irak, avons annoncé notre loyauté complète (à l’Armée des Naqchbandis), pour devenir une branche armée travaillant à nettoyer l’Irak des milices safavides», a déclaré le porte-parole des contestataires, Hamed al-Joubouri, utilisant un terme péjoratif désignant les chiites.

«Avec les événements de Houweijah, on peut parler d’un tournant», analyse Myriam Benraad, chercheuse associée à Science Po Paris et à l’Iremam d’Aix-en-Provence. Pour elle, l’incident illustre surtout «la dérive autoritaire du Premier ministre Nouri al-Maliki, engagé dans une fuite en avant militaire croissante à mesure que la situation sécuritaire échappe à son contrôle».

En conflit ouvert avec le dirigeant kurde Massoud Barzani, détesté par l’opinion sunnite et décrié jusque dans les rangs chiites -notamment par les partisans de Moqtada Al-Sadr-, Nouri al-Maliki est plus isolé, mais aussi plus puissant que jamais. Soit il finit par démissionner, soit il se maintient à tout prix au pouvoir, entraînant son pays dans une nouvelle guerre civile et un avenir d’éclatement religieux et ethnique.

Voilà en gros où en est l’Irak, 10ans après une guerre «inexpiable».

 

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