Turquie–Iran | La grande rivalité

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La Turquie et l’Iran ont plusieurs points communs, au-delà de leur proximité géographique. Ce sont deux régimes fondés sur l’islamisme politique. Le premier sunnite le second chiite.

Les deux pays rêvent de retrouver leur grandeur historique, pour la Turquie c’est l’Empire ottoman, et pour l’Iran c’est la plus grande Perse. A noter que ces deux pays musulmans ne sont pas des pays arabes. D’où, l’intérêt pour le monde arabe de voir l’Egypte tenter, prudemment pour le moment, de renter dans le jeu régional.

Entre les deux Etats, les rivalités s’exacerbent. Dans l’Irak dominé par des chiites très pro-iraniens, la Turquie intervient fortement pour contrôler les Kurdes.  Mais il y a un autre front. Le soutien d’Ankara aux Azéris turcophones inquiète Téhéran dont 25 % d’une population multi ethnique est composée d’Azéris. Jusqu’alors, les relations entre les deux pays —dont les échanges énergétiques constituent l’aspect principal des relations commerciales— étaient parvenues à maintenir un état de non-belligérance et même de non-agressivité, en dépit de leur positionnement antinomique dans le conflit syrien où la Turquie s’oppose au régime de Damas alors que l’Iran le soutient.

Mais, depuis, il y a eu le problème du Sinjar. La ville de Sinjar, au nord-ouest de Mossoul, est un lieu sacré pour les Yézidis, une minorité confessionnelle kurde dont la religion plonge ses racines dans les mythologies perses. Les combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), après avoir libéré la région de la présence djihadiste, ont aidé à la constitution de milices yézidies autonomes. Ensuite, le PKK est resté dans le Sinjar comme il l’est sur le mont Qandil, dans le nord-est du Kurdistan irakien. Insupportable pour Erdogan. Le Président turc  a lancé en guise d’avertissement à propos du Sinjar: « Nous pourrions débarquer soudainement une nuit». Achab Al-Qahf, une milice chiite soutenue par l’Iran, a exigé que «la Turquie cesse ses actes hostiles ; nous nous attendions à ce que la Turquie achève son retrait du territoire irakien, pas qu’elle augmente son intrusion». En cas d’attaques, la milice a menacé la Turquie de représailles en diffusant une vidéo dans laquelle figurent des missiles Arash de fabrication iranienne.

 Puis il y a eu le Haut Karabakh. À l’occasion de la guerre dans le Haut-Karabakh, en envoyant plusieurs centaines de mercenaires se porter aux côtés des Azéris, ainsi que des drones TB2 fournis par l’entreprise Baykar dirigée par son gendre, Erdoğan a poussé son avantage dans le Caucase, grâce à la création d’un corridor entre l’enclave azérie de Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan, obtenant ainsi une forme de continuité territoriale et un lien plus rapide entre la mer Noire et la mer Caspienne. Il n’a pas manqué non plus d’adopter une rhétorique néo-ottomane, arguant que les Turcs et les Azéris ne formaient qu’une seule nation répartie entre deux États. Une forte minorité azérie vit à l’intérieur des frontières iraniennes. Représentant 25 % de la population, elle joue un rôle majeur dans l’État, l’armée, l’économie, la culture et de la religion. L’année 2020 a vu la Turquie réactiver le panturquisme (ou Grand-Touran), un projet d’unification des turcophones d’Asie centrale hérité d’Enver Pacha, ministre de la guerre de l’Empire ottoman durant la première guerre mondiale, farouchement nationaliste et raciste, l’un des instigateurs du génocide arménien. En faisant vibrer les foules de ses supporters à l’évocation de la «Pomme rouge» (Kizil Elma), Erdoğan sait qu’il manipule le symbole par excellence de la domination turque en Asie centrale. En se basant sur une pseudo-homogénéité ethnolinguistique, il évoque l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Kazakhstan.

Pour autant, Téhéran ne manque ni d’alliés stratégiques (comme l’Arménie et la Chine), ni d’obligés comme les milices chiites irakiennes ou le Hezbollah libanais (et, dans une moindre mesure, les houthistes yéménites), ni de soutiens comme le régime syrien de Bachar Al-Assad, ni de supplétifs comme les Hazaras afghans d’obédience chiite qui, fuyant la guerre dans leur pays, se retrouvent pour les plus jeunes enrôlés de force quand ils se réfugient en Iran. L’Iran entretient aussi de bonnes relations avec l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), l’une des deux composantes qui se partagent la maîtrise du Kurdistan irakien. Et, comme il s’est plu à le relever, l’Iran n’a aucun contentieux avec l’Azerbaïdjan.

Un élément nouveau vient d’intervenir dans ce jeu régional, la volonté de l’Egypte de se positionner pour le moment aux côtés d’Ankara. Pour la première fois depuis la rupture de leurs relations en 2013, après le Coup d’État contre le président Mohammed Morsi, les deux pays reprennent timidement langue. «Nous avons des contacts avec l’Égypte au niveau des services de renseignement et des ministères des Affaires étrangères.

Si la reprise amorcée début mars se fait «petit à petit» et suivant une «feuille de route», selon les propres termes du ministre, elle signale une volte-face inédite d’Ankara. Remonté contre Abdel Fattah al-Sissi, qu’il a plusieurs fois qualifié de «putschiste», Recep Tayyip Erdogan n’a jamais digéré l’éviction forcée de Mohammed Morsi, premier président démocratiquement élu d’Égypte et issu des Frères musulmans.

Les équilibres régionaux bougent et l’Iran, déjà isolé par les Américains, redoute un rapprochement sunnite arabo-turc.

Patrice Zehr

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