Guerre d’Ukraine | L’Histoire revient par la guerre en Europe

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Après une courte période de sidération et de paralysie, l’Europe s’est assez rapidement réveillée. C’est un tournant historique.

Cette Europe considérée comme à jamais faible et impuissante a décidé de sanctions et de mobilisations. La volonté d’envoyer des armes en est un signe fort, l’envoi d’armes par l’Allemagne encore plus. C’était il y a un mois inconcevable. Il faut certes se méfier des présentations médiatiques et pas seulement à l’Est. Le camp du bien auto-proclamé peut désinformer par idéologie et bonne foi militante démocratique. On n’en est certes pas aux couveuses koweitiennes et les bébés massacrés par les hordes de Saddam Hussein, mais ce précédent devrait pousser à plus de prudence.

Tout ramener à la de 39-45 et à Hitler est bien sûr dangereux. Car si l’Allemagne Nazie a été vaincue, c’est grâce certes aux Américains, mais surtout aux Soviétiques. Résumer la crise dans la folie d’un dictateur, une sorte de Poutine-Hitler avec le doigt sur l’arme nucléaire, c’est par trop manichéen. Poutine réduit à un paranoïaque déstabilisé par l’isolement provoqué par la Covid n’est pas loin d’une caricature dangereuse pour l’analyse rationnelle des faits.

Ce qui est inquiétant objectivement c’est le mensonge et la surenchère du Président russe, notamment au niveau du vocabulaire. Lui aussi voit des nazis partout et des génocides. Mais quand on entend certains demander pourquoi on ne traite pas par l’ la , comme la Serbie, pour sauver l’Ukraine comme on a sauvé le Kosovo, on croit rêver.

Cette comparaison rappelle tout de même que l’ a fait la en Europe détruisant un pays pour la cause d’un peuple minoritaire et que cela alors n’avait gêné personne. Mais on l’avait fait en détruisant des infrastructures par une exclusivement aérienne. La différence c’est qu’en Ukraine le ciel appartient aux Russes et que la est une Serbie nucléaire. Il faut se méfier des comparaisons historiques, car l’Histoire ne se répète pas, elle bafouille.

Cela étant dit, la Russie  réunifie l’Europe des 27. On s’en aperçoit par le problème migratoire. L’Europe de Bruxelles était sur le point de sanctionner la Pologne et la Hongrie pour leur refus de se plier à la . Ces deux pays se montrent ouverts et généreux. Il ne s’agit pas d’expliquer ce changement uniquement par le racisme qui joue, car là on accueille des populations de  proximité civilisationnelle. Il s’agit surtout de la prise en considération d’un drame de réfugiés incontestable. Les femmes et les enfants arrivent, les hommes eux restent pour se battre, ce ne fût pas toujours le cas partout.

Les États membres de Visegrad font volte-face en matière de migration et accueillent des réfugiés. Les États membres du groupe de Visegrad, connus pour leur politique d’immigration stricte ainsi que pour s’être opposés au principe de relocalisation des réfugiés de l’UE face à l’afflux soudain de réfugiés en Europe, après la guerre en Syrie, ont toutefois ouvert leurs portes à des centaines de milliers de réfugiés en provenance d’Ukraine. «Nous accepterons tous ceux qui en ont besoin. Les Ukrainiens sont de plus en plus effrayés et stressés. Nous sommes prêts à accepter des dizaines, des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens», a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, lors d’une interview accordée à la presse allemande. La Hongrie est un «endroit accueillant» pour les personnes fuyant l’Ukraine, a assuré le Premier ministre Viktor Orbán, ajoutant que toute personne traversant la frontière depuis l’Ukraine serait acceptée. «La règle est que tous les réfugiés doivent être aidés», a-t-il expliqué aux journalistes lors d’une inspection de la frontière avec l’Ukraine à Beregsurány. «Je vois qu’il y a une amitié entre les Hongrois et les Ukrainiens parmi ceux qui vivent ici, ce qui est maintenant un avantage concret pour les Ukrainiens».

Les Européens de l’Ouest voient se profiler une crise migratoire aux portes de l’Europe et une catastrophe humanitaire en Ukraine. «Je pense que nous devons nous préparer pour des millions» d’arrivées, a estimé la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson. «Le nombre actuellement prévu d’Ukrainiens déplacés est supérieur à 7 millions», s’est inquiété le commissaire, Janez Lenarcic, chargé des crises, parlant d’«estimations grossières».

À la demande de la France, les ministres de l’Intérieur de l’UE se sont réunis à Bruxelles dimanche 27 février. Ils ont notamment discuté du statut qui pourrait être accordé aux réfugiés ukrainiens. Il s’agit «d’abord» de les accueillir «le mieux possible en Pologne et dans les pays voisins (…) et puis de voir comment, en Europe, on peut leur apporter cette protection» prévue dans le cadre d’une directive de 2001, a indiqué à son arrivée Gérald Darmanin. Ce dispositif pourrait être activé jeudi 3 mars lors d’une nouvelle réunion des ministres de l’Intérieur de l’UE. Elle permettrait de donner une protection aux réfugiés durant un an, renouvelable jusqu’à trois ans. Face à la réticence de quelques États membres, le ministre français a affirmé qu’il allait prendre son téléphone. Le dispositif de gestion des crises va être activé au sein du Conseil. Parallèlement, des aides vont être fournies à ces pays dans le cadre des mécanismes de protection civile et d’aide humanitaire. La commissaire Johansson devait se rendre en urgence aux frontières roumaines et slovaques pour évaluer les besoins.

Les Européens ont, en outre, discuté du soutien à la population ukrainienne. À ce stade, 18 États membres se sont portés volontaires et ont fourni de l’aide dans le cadre du mécanisme européen de protection civile. 

Toutes les visions européennes sont modifiées et pour longtemps.

Patrice Zehr

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L’ et l’article 4

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Huit anciens pays satellites de l’URSS ont réclamé l’activation de l’article 4 du Traité de l’Atlantique nord: la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie. «L’agression généralisée de la Russie est une menace pour le monde entier et pour tous les pays de l’Otan. Des consultations sur le renforcement de la sécurité des alliés doivent être engagées afin de mettre en œuvre des mesures supplémentaires pour assurer la défense des alliés de l’Otan», a renchéri Kaja Kallas, premier ministre estonien. L’article 4 invoqué prévoit que les membres de l’alliance se consulteront «chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique, ou la sécurité de l’une des parties sera menacée». «Tout pays membre peut formellement invoquer l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord. Dès qu’elle est invoquée, la question est débattue et peut éventuellement déboucher sur une forme de décision ou d’action conjointe au nom de l’Alliance», précise l’Otan. Cet article a été activé sept fois depuis la création de l’Alliance en 1949. Il a été invoqué par la Lituanie en août 2021 quand la Biélorussie amassait des clandestins aux frontières de l’Union européenne. En 2003, le Conseil de l’Atlantique Nord s’était réuni après l’activation de l’article 4 par la Turquie qui s’inquiétait de menaces contre elle en cas de conflit en Irak. L’Otan avait alors convenu d’un ensemble de mesures défensives et déclencher l’opération Display Deterrence. Un soutien militaire avait été envoyé en Turquie. Si l’article 4 prévoit des consultations entre alliés, une réaction militaire n’est pas automatique. 

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P. Zehr

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Ukraine: Le pari de Jeo Biden

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 Adoptant un rôle inédit de Pythie, Washington avait dénoncé pendant trois mois les projets militaires de la Russie contre l’Ukraine, avertissant Moscou des conséquences. Après l’offensive du jeudi 24 février, l’administration Biden a donc été obligée de déclencher le paquet de sanctions qu’elle avait élaboré, en étroite coordination avec ses alliés européens. Pour la troisième fois en une semaine, le Président américain a prononcé une allocution, pour élever la barre de ces mesures, selon une mystérieuse échelle de proportion, censée correspondre aux agissements militaires russes sur le terrain. On ne sait quelle serait la réponse américaine à une éventuelle destitution du Président ukrainien Volodymyr Zelensky au son des canons. Sur la chaîne ABC, le Secrétaire d’Etat, Antony Blinken, s’est dit «persuadé» que tel était l’objectif de . En attendant, le paquet de sanctions présenté témoigne à la fois d’une volonté de châtier la Russie à une échelle sans précédent et de préserver les intérêts à la pompe du consommateur américain. «L’agression de Poutine contre l’Ukraine finira par coûter très cher à la Russie, économiquement et stratégiquement, a assuré Joe Biden. Nous nous en assurerons. Poutine sera un paria sur la scène internationale. Tout pays qui soutiendra l’agression caractérisée de la Russie contre l’Ukraine sera éclaboussé par association» Le premier volet des sanctions concerne le secteur financier. Les dix plus importantes institutions russes, détenant près de 80 % des actifs du pays, sont visées. L’objectif est de priver ces établissements et les corporations d’Etat de tout financement étranger. La Sberbank –la plus large banque de Russie– n’aura plus accès au système financier américain et aura du mal à opérer des transactions en dollars.

P. Zehr

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Géorgie: La grande inquiétude

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Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, les chars russes étaient entrés en Ossétie-du-Sud, cette région géorgienne frontalière de la Russie où le sentiment d’appartenance à la Russie était encore vivace après des années de tension identitaires suite à la chute de l’Union soviétique. Cinq jours de conflit armé plus tard, un cessez-le-feu était signé par l’intermédiaire de l’Union européenne. 

Et, comme avec l’Ukraine qui ambitionne de rallier les rangs de l’OTAN depuis les années 90, le conflit en Géorgie avait trouvé sa source dans cette même volonté d’adhésion, vue d’un très mauvais œil par Moscou, qui exige comme garanties pour sa sécurité que ces deux pays n’intègrent jamais l’organisation politico-militaire depuis de nombreuses années. Comme en Ukraine ces dernières semaines, la présence de militaires russes à la frontière géorgienne a poussé en 2008 les deux camps à s’accuser mutuellement de se préparer militairement. Et de fait, au bout de quelques jours, la Géorgie a lancé une campagne militaire, à Tskhinvali, principale ville d’Ossétie du Sud, donnant lieu les jours suivants à un conflit armé faisant plus de 800 morts, en seulement cinq jours.

Les parties prenantes internationales sont aussi similaires. Alors qu’Emmanuel Macron s’est démené ces dernières semaines pour jouer la solution diplomatique, Paris a aussi joué un rôle prépondérant dans les pourparlers de 2008. À l’époque, un Nicolas Sarkozy fraîchement élu se posait en homme de paix entre la Géorgie et la Russie, fort du statut de la France à la tête du Conseil européen. Après un cessez-le-feu négocié par le chef de l’État français, la Russie de Dmitri Medvedev avait quand même décidé de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie-du-Sud et de l’Abkhazie, installant au passage des bases militaires dans ces régions.

P. Zehr

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Moldavie: Un Etat incertain

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Alors que la guerre se rapproche des frontières roumaines et moldaves, les deux pays s’organisent pour accueillir des milliers de réfugiés ukrainiens et rassurer leurs populations, mais craignent une extension du conflit. La Moldavie est un pays d’Europe orientale, enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, englobant des parties des régions historiques de Bessarabie et de Podolie méridionale (dite Transnistrie). Ses paysages vallonnés comprennent des forêts, des terres cultivées, des zones humides et des vignobles. Sa capitale est Chișinău. Située aux limites des sphères d’influence de deux superpuissances à la fois partenaires et antagonistes, la Moldavie se trouve dans la zone d’influence russe et fait partie de la CEI issue de l’URSS, mais aux frontières orientales de l’Union européenne et de l’OTAN: elle est aussi membre de l’Organisation pour la démocratie et le développement (GUAM), du partenariat pour la paix de l’OTAN depuis le 16 mars 1994, de l’Accord de libre-échange centre-européen et du Partenariat oriental de l’UE depuis 2009 et elle a un accord d’association avec l’UE depuis le 1er juillet 2016.

En raison de cette situation géopolitique et des tensions et compromis politiques qu’elle engendre, la Moldavie a vu sa production agricole et industrielle progressivement diminuer, passant sous le seuil d’autosuffisance, en corollaire avec un fort exode rural et une expatriation importante de la population active ; mais simultanément, le secteur des services s’est fortement développé. En 2020, elle est le pays le plus pauvre d’Europe en termes de PIB par habitant et a l’indice de développement humain le plus bas du continent. Le 27 août 1991, la république de Moldavie proclame son indépendance, immédiatement reconnue par la Roumanie, puis par la communauté internationale. En décembre 1991, la «République moldave du Dniestr» dite improprement «Transnistrie» (en fait, la Transnistrie est beaucoup plus vaste, et à 92 % ukrainienne) proclame son indépendance par rapport à Chișinău (indépendance non reconnue par la communauté internationale), et demande son rattachement à la Russie ou à l’Ukraine ; 500 «cosaques» russophones encadrés par la 14e armée russe (stationnée à Tiraspol) prennent le contrôle de la rive gauche du Dniestr où se trouvent 80 % des industries ; un millier de volontaires moldaves armés tentent de passer le Dniestr pour en reprendre le contrôle, mais sont repoussés (208 tués).

P.  Zehr

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