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Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Le Centre maghrébin pour les études sur la sécurité et l’analyse des politiques est catégorique pour dire que la situation politique en Algérie est dans une impasse totale. Notre interlocuteur –qui préside ce Centre- indique que l’élection présidentielle programmée pour le 12 décembre 2019, largement rejetée par la population algérienne, ne fera qu’accentuer la crise politique dans le pays. 

Abderrahim Manar Slimi

Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Contre la volonté populaire, le pouvoir algérien semble décidé à organiser l’élection présidentielle le 12 décembre 2019. Dans le contexte politique que vit le pays aujourd’hui, un nouveau report du scrutin est-il envisageable?

Le chef d’état-major de l’armée algérienne Gaïd Salah, désormais homme fort du pays, est bien décidé à organiser l’élection présidentielle le 12 décembre prochain. Tout nouveau report du scrutin sera considéré comme un échec personnel et une humiliation, pour celui qui se croit seul maître à bord. Dans les pays démocratiques, il est inimaginable que des élections se tiennent contre la volonté populaire. En Algérie, force est de constater que la voix du peuple n’a jamais été entendue et ne risque pas de l’être, tant que c’est l’institution militaire qui décide et détient tous les pouvoirs. Bien que la contestation populaire n’ait pas faibli tout au long des dix derniers mois, il faut se rendre à l’évidence et avouer que le régime en place continue de sévir en toute impunité. Dans cette configuration, il est fort peu probable que la situation change en Algérie. 

A l’approche du 12 décembre, la question de la participation au scrutin présidentiel divise. Le régime a-t-il clivé la société algérienne en deux groupes opposés?

Infiltrer les mouvements de contestation est une vieille tactique qu’utilisent les régimes autoritaires. N’étant pas parvenu à intimider la rue et l’obliger à adhérer à sa feuille de route pour une sortie de crise dans le pays, le général Gaïd Salah a tout fait pour diviser le Hirak algérien qui fait preuve d’une ténacité remarquable. Sur la question de la participation à l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, la société algérienne est aujourd’hui divisée en trois catégories. Il y a évidemment une partie de la population qui rejette catégoriquement le scrutin ; une autre qui y adhère de peur de représailles de la part du pouvoir incarné par Gaïd Salah et l’institution militaire ; et enfin, les pro-régime. Ces derniers soutiennent le pouvoir en place. Ils estiment qu’il ne faut rien changer au système de gouvernance en vigueur en Algérie. Cette catégorie de la population est une arme entre les mains du régime militaire qui gouverne le pays depuis 57 ans, qu’il utilisera le moment voulu pour semer la terreur parmi la population, sachant que les Algériens ont été traumatisés par la décennie noire des années 1990.

Une faible participation au scrutin présidentiel aurait-elle une quelconque conséquence sur le déroulement des événements en Algérie?

Le spectre de l’abstention plane sur le scrutin présidentiel dont la date a été fixée par le général Gaïd Salah, au 12 décembre 2019. Dans certaines Wilayas algériennes, on s’attend même à des taux d’abstention record, sachant que plusieurs Maires ont d’ores et déjà annoncé leur refus de participer à l’organisation de cette élection rejetée par la rue.  La question qui se pose désormais est de savoir quelle légitimité aura le vainqueur d’un scrutin organisé par et pour le système? Il ne faut pas se leurrer. Les détenteurs militaires du pouvoir effectif en Algérie ne reculeront devant rien pour préserver leurs privilèges et continuer de faire main basse sur le pays. Au fil du temps, le régime algérien s’est spécialisé dans la falsification des résultats des élections. C’est dire si le scrutin annoncé pour le 12 décembre est sans enjeu. 

Le Parlement européen s’est exprimé sur la situation en Algérie. Dans une résolution adoptée le 29 novembre 2019,  l’organe parlementaire de l’Union Européenne (UE) a dénoncé la dégradation de l’état des libertés dans le pays, depuis février 2019, date du début de la contestation populaire anti-régime. Peut-on dire aujourd’hui que la crise algérienne s’est internationalisée?

Il est indéniable que la situation politique en Algérie est dans une impasse totale. Dans ce contexte instable, le monde ne peut rester les bras croisés. En effet, la résolution adoptée par le Parlement européen, quoique n’étant pas contraignante pour le régime, dénote en effet une internationalisation de la crise algérienne. Le refus de l’institution militaire dirigée par un Gaid Salah autoritaire et fermé à toute proposition pouvant mener à une sortie de crise dans le pays, pousse l’Algérie droit dans le mur. La position du Parlement européen sur le climat des libertés qui prévaut en Algérie ne sera certainement pas la dernière. D’autres institutions et grandes puissances suivront, surtout si Gaïd Salah continue de faire la sourde oreille face aux demandes de changement exprimées toutes les semaines, depuis bientôt un an, par des centaines de milliers d’Algériens en quête de démocratie.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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