Tunisie | Une évolution ambigüe

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Kaïs Saïed nomme Najla Bouden à la tête du gouvernement

Pour certains, un automne autoritaire s’est abattu sur la Tunisie. Pour  d’autres, la marche en avant du pays reprend avec, notamment, un  nouveau printemps pour les femmes.

Retour à Ben Ali et promotion d’une femme premier ministre, il est vrai qu’il y a des signaux contradictoires. Ce qui est sûr, c’est que le cas tunisien a été précurseur de l’échec des islamistes de gouvernement. Les islamistes ont démontré, dans ce pays comme dans d’autres, une incapacité à répondre aux aspirations du pays et même de leurs électeurs, dans tous les domaines sociétaux comme sociaux.

La rupture est aujourd’hui consommée au sein du parti Ennahda. En l’espace d’un week-end, les 25 et 26 septembre (2021), une centaine de cadres ont claqué la porte de la formation islamiste tunisienne. Bon nombre d’entre eux contestent les décisions et la ligne politique de leur chef historique, Rached Ghannouchi, 80 ans dont trente à la tête d’Ennahda, également président du Parlement. Depuis plusieurs mois, les langues se délient sur fond de crise lancinante pour ce parti qui dominait la vie politique tunisienne depuis dix ans.

L’origine du désamour entre le leader d’Ennahda et certains cadres remonte à 2014. Après les élections remportées cette année-là par le camp dit moderniste, Rached Ghannouchi et le président élu, Béji Caïd Essebsi (mort en 2019), passent un accord pour mettre en place un gouvernement de cohabitation entre leurs partis, Ennahda et Nidaa Tounes, jusque-là ennemis jurés.

Cette gouvernance hybride donne lieu à de nombreuses tractations politiques qui ont accentué la crise de confiance de la population envers la classe politique.

Deux ans plus tard, sous la direction de Rached Ghannouchi, Ennahda franchit une nouvelle étape en actant son aggiornamento doctrinal. Lors d’un congrès à Hammamet, la formation se redéfinit officiellement en parti «civil», rompant avec ses activités traditionnelles de prédication religieuse. Ce big bang idéologique vise à normaliser son image sur la scène politique et à l’international, mais il ne convainc ni sa base militante, ni ses opposants.  Le parti a implosé.

Tout cela procède d’une nouvelle  évolution à la tunisienne. Le chef de l’Etat tunisien, Kaïs Saïed,  a décidé de bouleverser l’équilibre constitutionnel en concentrant entre ses mains l’essentiel des pouvoirs au nom d’une «révolution du peuple» qu’il veut relancer.

Ce président s’arrogeant, le 25 juillet, de son palais de Carthage, les pleins pouvoirs pour sauver la nation d’un «péril imminent», et relancer ainsi une révolution trahie à ses yeux depuis dix ans, reste largement une énigme. Mercredi 22 septembre, il a signé un décret présidentiel concentrant l’essentiel des pouvoirs constitutionnels entre les mains du chef de l’Etat en attendant une «réforme politique» qu’il soumettra à référendum.

L’enjeu, pour certains observateurs, n’est autre que l’avenir de la transition démocratique tunisienne, modèle en danger depuis bien longtemps, après avoir été célébré comme une réussite dans le monde arabo-musulman.

Les libéraux tunisiens ne cachent plus leur inquiétude devant une dérive autocratique –au nom du «peuple»– chaque jour plus prononcée. «Kaïs Saïed est en train de réinstaller la dictature», déplore le juriste Yadh Ben Achour, ancien doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis.  Après des mois de blocage politique et en pleine crise sanitaire du Covid-19, aggravant les difficultés économiques et sociales du pays, ce coup de force avait été accueilli par des scènes de liesse populaire. Depuis, des manifestations s’opposant au virage autoritaire du Président ont été organisées, la dernière dimanche 26 septembre, à Tunis, ayant rassemblé environ 2.000 personnes, soit le plus grand rassemblement depuis le coup de force de juillet.

Mais certains trouvent bien sûr que cela allait mieux du temps de Ben Ali et qu’il est temps de retrouver le souffle moderniste des premières années de Bourguiba.

M. Saied a insisté à plusieurs reprises sur le caractère «historique» de la nomination d’une femme pour la première fois pour diriger le gouvernement en Tunisie. «C’est un honneur pour la Tunisie et un hommage à la femme tunisienne».

Née en 1958 et scientifique de formation, Najla Bouden, originaire de la ville de Kairouan, est inconnue du grand public. Avant sa nomination surprise, Mme Bouden était directrice générale d’un projet de réforme de l’enseignement supérieur. Auparavant, cette docteure en géologie avait été chargée de mission, puis directrice générale au ministère de l’enseignement supérieur. La principale mission du futur gouvernement sera «de mettre fin à la corruption et au chaos qui s’est répandu dans de nombreuses institutions de l’Etat», a encore dit M. Saied, à l’adresse de son  nouveau premier ministre.

Depuis la présidence de Habib Bourguiba, qui leur avait aménagé un code de statut personnel, en 1956 (qui interdit la polygamie et la répudiation et autorise le divorce) la Tunisie est considérée comme un pays arabe à l’avant-garde pour l’émancipation des femmes.

Patrice Zehr

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