mercredi 17 juillet 2019

Voilà pourquoi je dis : Vive le célibat !

Anis, 35 ans, cadre en entreprise, est célibataire. Ce jeune homme n’espère rien d’autre que de rester célibataire. Il explique pourquoi.

«Bien qu’il me semble ne m’être jamais plaint à quiconque de mon célibat, certaines personnes chères à mon cœur se sont senties investies de la mission de me faire changer d’avis. Elles m’ont tellement pris la tête avec ce sujet que je me suis surpris à vouloir tenter le coup… J’eus droit à une descente aux enfers qui m’a appris, au fond, qu’être seul n’attire jamais de malédiction. Vive le célibat!

Cela faisait une éternité que je n’avais pas vu mes grands-parents. Un élan d’enthousiasme me mena donc jusqu’à eux. Il est vrai aussi que j’en avais assez du stress de la vie urbaine. C’est pourquoi je m’étais dit que passer quelques jours de vacances à la campagne me ferait le plus grand bien. Je n’avais pas tort puisque, effectivement, la déconnection avec le boulot et les tracas du quotidien me fut réellement bénéfique. Avec enchantement, je recevais un flot d’affection, de nourriture saine et d’air pur. En plus, chaque fois que je rentrais de mes balades dans la nature, j’adorais retrouver les cancans de ma vieille tante, toujours pimpante, assise devant son plateau de thé à la menthe. Evidemment, au fil des jours, une fois qu’elle en eut terminé avec les histoires de la famille et du voisinage, j’ai eu droit à un interrogatoire sur ma vie.

Sans résistance, pris à son exercice favori, je m’étais laissé aller à quelques confidences. A cette oreille tendue, je déballais toutes mes misèresdu côté professionnel. J’avoue que c’était assez libérateur. Elle avait été patiente,  attendant que je lui fasse part de mes histoires de cœur. Malheureusement pour elle, je n’avais presque rien à lui confesser. Elle fut très étonnée, voire secouée d’apprendre que j’étais seul et ce, depuis de nombreuses années. A mon grand dam, son interrogatoire devint alors des plus pénibles.

Après coup, elle me parla de choses énigmatiques. Dans sa lancée, elle me révéla ses propres expériences. Du genre de ce par quoi elle avait dû passer pour en finir avec son célibat. Voyant que je ne comprenais que dalle à son charabia, elle s’était mise dans tous ses états, traitant ma mère d’inconsciente. Je savais que ma maman n’avait jamais été la bienvenue dans le clan de mon père, mais tout cela n’était que du passé. Je luis rétorquais donc assez courageusement que ma pauvre mère n’avait rien à voir avec mon célibat. Elle m’expliqua plus tard, à sa manière, que j’étais dans le faux.

Et dès le lendemain, elle m’avait fait prisonnier, pour m’essayer à des fumigations et des lavages avec des infusions de plantes. De quoi me délivrer de ce dont je n’avais jamais entendu parler. Je lui faisais entièrement confiance, parce que tous dans la famille respectaient cette riche vieille femme sans enfants. Elle a toujours été la bonté incarnée. Elle avait accueilli généreusement mon grand-père et ma grand-mère, ainsi que d’autres oncles avec leurs épouses chez elle, sur ses terres, depuis son veuvage. Et puis, ces cérémonies plutôt apaisantes m’amusaient. J’appris que j’étais complètement sous l’emprise du mauvais œil, la cause de ma solitude. Ben, voyons!

Mais de retour chez moi, je fus assez surpris d’un entrain de légèreté qui ne m’était pas coutumier. Cette thérapie à la campagne était réellement magique, parce que je n’avais pas mis longtemps non plus à rencontrer la jeune fille que j’espérais. D’ailleurs, tout était rapide.  Même mon bonheur, lui aussi, fut de courte durée. Cette maudite personne m’en a fait voir de toutes les couleurs. Je m’étais épris d’elle, alors qu’elle se moquait de moi. Elle m’avait mené par le bout du nez pendant 6 mois Elle ne cessait d’apparaître et de disparaître avec des motifs complètement louches. Et un jour, comme par enchantement, elle décida de ne plus donner signe de vie. Heureusement que mon ego m’avait interdit de tenter de prendre de ses nouvelles. Parce que j’avais fini par découvrir sur les réseaux sociaux qu’elle n’était pas morte. Au contraire, cette dévergondée affichait sa félicité avec un autre «gus» et puis un autre. Une valse d’abrutis qui me crevaient les yeux et surtout le cœur.

J’en ai voulu de toute mon âme à ce mauvais œil de m’avoir abandonné. La souffrance que me causait ce lien toxique devint une addiction. Il devint impossible de l’oublier ou de m’en défaire, pour passer à autre chose. Pas une minute ne défilait dans ma tête sans qu’elle me rappelle à quel point j’avais été l’idiot de service. Je ne cessais de prier le ciel qu’il me donne l’occasion de me venger. Sans oublier le plus grave, les chimères de scénarios de retrouvailles, alors que ma réalité devait absolument m’en détourner. En toute conscience, je perdais mon temps à lui faire la chasse sur le Net… Et aussi la boule!

Je suis resté scotché à cette défaite amoureuse plus qu’il n’était permis de l’imaginer, jusqu’au jour où l’ennemie s’est manifestée. Elle avait eu le culot de m’envoyer un petit message pour me souhaiter bon anniversaire. Enfin, je me suis senti libéré. Evidemment, il était hors de question de retomber dans son piège. Je ne lui ai jamais répondu. Au contraire, je me suis offert le plaisir de la bloquer, de l’effacer de ma vie. Allégé, j’ai repris le contrôle de ma tête avec la formelle décision de rester célibataire pour très longtemps encore».

Mariem Bennani

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