Omayma Achour, présidente de l’association Jossour

«Plusieurs éléments manquent à la loi 103.13»

Omayma Achour, présidente de l’association Jossour

Pour la présidente de l’association Jossour, la loi contre les violences faites aux femmes est insuffisante et difficilement applicable. Omayma Achour explique que la réhabilitation de la femme au Maroc n’est pas uniquement une question de législation, mais aussi de mentalités à changer.

La loi 103.13 relative aux violences faites aux femmes et qui vient d’entrer en vigueur ne semble pas vous réjouir. Pourquoi?  

La position des associations féminines, dont Joussour fait partie, est claire. Nous déplorons le fait que la ministre de la Famille, de la Solidarité, de l’Egalité et du Développement social n’ait pas pris en compte les propositions qui lui ont été soumises par le tissu associatif, afin que le Maroc puisse, enfin, disposer d’une loi répressive à l’égard de ceux qui s’amusent à violenter et à dégrader la femme marocaine au quotidien. 

Que reprochez-vous à cette nouvelle loi?

Plusieurs éléments manquent à la loi 103.13. Parmi eux, figure le fait que la violence conjugale n’est, à aucun moment, mentionnée de manière explicite. A mon sens, cela empêchera les femmes violentées par leur conjoint de porter plainte. Cette impossibilité est réelle lorsqu’il est question de viol commis par un conjoint sur son épouse. Il ne faut pas oublier qu’au Maroc, la société entoure la question du viol conjugal d’un mur de silence difficile à briser. Plusieurs cas sont répertoriés, où l’épouse violée par son mari n’a aucune chance d’obtenir gain de cause, de peur d’être étiquetée femme rebelle ou, pire encore, d’être traitée de «mauvaise épouse» par sa famille, celle de son conjoint ou les deux à la fois; ce qui accentue la souffrance et le sentiment de dénigrement que ressentent les victimes de tels actes. Le législateur aurait mieux fait de pousser vers l’élaboration d’une loi qui traite de la violence à l’égard des femmes dans sa globalité et sans aucune restriction. Actuellement, la femme marocaine vit un véritable malaise, tout en étant dans son propre pays. Je dirais même que la femme marocaine est considérée par certains hommes comme une proie facile; ce qui transforme son quotidien en un calvaire insoutenable. Je souligne également que la loi 103.13 n’est pas conforme aux normes internationales dans le domaine de la protection de la femme contre toutes les formes de violence. Ces normes offrent, entre autres, des garanties de protection aux victimes de violences sous toutes leurs formes, contre d’éventuelles représailles, ce qui n’est pas le cas au Maroc.

Des voix s’élèvent pour dénoncer l’inertie des pouvoirs publics et l’absence totale d’une action de la part de l’école qui ne joue plus son rôle d’instruire et surtout d’éduquer les enfants en matière de civisme et de bon comportement. Partagez-vous cet avis?  

Je considère que sensibiliser la génération montante aux droits des femmes doit figurer en tête des priorités gouvernementales. Les jeunes Marocains ont besoin, plus que jamais, de comprendre que la femme est une partie intégrante de la société marocaine et joue un rôle indéniable dans le développement du pays et l’éducation des citoyens et des citoyennes de demain. L’école a aussi son mot à dire là-dessus. Malheureusement, vu son état actuel, je crains qu’elle ne puisse accomplir ce devoir. Pour éviter la violence contre les femmes au Maroc, il ne suffit pas de légiférer. Il est important d’éduquer nos enfants au respect de la femme en tant que collègue, en tant que voisine, en tant que mère, en tant que sœur et en tant qu’épouse. Les pouvoirs publics doivent privilégier la sensibilisation des jeunes à la cause des femmes. Le respect de la femme n’est pas uniquement une question de famille. La société entière doit contribuer au changement des mentalités misogynes.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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