Netanyahu : Le coup de poker du Jourdain

On connaîtra à la parution de ce journal le vote en Israël. On  sait donc si Netanyahu a gagné ou perdu son pari. Ce qui est sûr, c’est que pour gagner un scrutin très difficile pour lui, le premier ministre sortant a fait dans la plus extrême des surenchères coloniales.

Le Premier ministre israélien s’est engagé, mardi 10 septembre, à appliquer la souveraineté israélienne sur des régions de Cisjordanie occupée s’il est reconduit pour un nouveau mandat, à l’issue des élections législatives de cette semaine. «J’annonce aujourd’hui mon intention, après la mise en place d’un nouveau gouvernement, d’appliquer la souveraineté israélienne à la vallée du Jourdain et au nord de la mer Morte». Une promesse qui sera mise en œuvre «immédiatement après l’élection, si je reçois de vous un mandat clair, citoyens d’Israël», a lancé le chef du gouvernement.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a prévenu, dans un communiqué que «tous les accords (de paix intérimaires) signés avec Israël et les obligations qui en résultent seraient annulés» si Netanyahu devait appliquer cette mesure.

Benjamin Netanyahu se prépare à un scrutin serré et espère ainsi rallier des voix à l’extrême droite, qui prône depuis longtemps l’annexion -plus large- des colonies juives de Cisjordanie.

Environ 65.000 Palestiniens et 11.000 colons israéliens vivent dans la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte, selon le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem. La principale ville de la région est Jéricho, entourée de 28 villages et petites localités bédouines.

Dans un communiqué publié peu après le discours de Netanyahu, le Premier ministre palestinien Mohammad Chtayyeh a qualifié son homologue israélien de «premier fossoyeur du processus de paix». L’annexion serait un crime de guerre, a renchéri le négociateur palestinien Saeb Erekat. Quant à Hanane Achraoui, haute responsable de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), elle a estimé sur Twitter que le chef de la droite israélienne cherchait à imposer un «grand Israël sur toute la Palestine historique et à appliquer un programme de nettoyage ethnique».

La situation électorale de «bibi» n’a cessé au fil des jours de se détériorer.

Quelques minutes après la promesse télévisée de Netanyahu d’annexer la vallée du Jourdain et le nord de la mer Morte, s’il gagnait les élections, voilà qu’une information, en mode alerte média, tombe: Trump a limogé son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, un des plus fervents soutiens à Washington de Netanyahu. Le chef de l’exécutif américain est-il, sur le dossier iranien, en train de lâcher son «grand ami israélien» ? «Peut-être pas un lâchage, mais, certainement un coup dur», affirment experts et commentateurs. Tous soulignent qu’avec l’annonce de la démission, il y a quelques jours, de Jason Greenblatt, autre grand ami d’Israël et, aujourd’hui, le départ de Bolton, Netanyahu perd ses principaux alliés au sein de l’administration américaine.

Et pire que tout, Netanyahu, le monsieur sécurité a perdu la face.

En plein meeting électoral à Ashdod, la ville portuaire du sud du pays, voilà que les sirènes d’alerte retentissent. Deux missiles sont partis de la bande de Gaza en direction du sud d’Israël. Entouré de ses gardes du corps, le chef du gouvernement quitte précipitamment la salle pour se mettre à l’abri. Il reviendra après l’alerte. Mais les images de l’exfiltration sont partout et font le buzz sur les réseaux sociaux. Dans l’opposition, le Camp démocratique en fait un clip de campagne. Quant à Benny Ganz, le leader de la liste Bleu-Blanc, il se gausse, tout en révélant que l’un des principaux dirigeants de son parti, l’ancien chef d’état-major, le général Ashkenazi se trouvait dans la cité voisine d’Ashkelon, également en meeting: «Lui, il est resté sur la tribune pendant l’alerte».

Ces deux incidents portent tort à la campagne électorale de Nétanyahu. Les tirs de roquettes qui se poursuivent dans le sud d’Israël et ses arrangements avec le Hamas au pouvoir à Gaza sont généralement considérés comme le talon d’Achille du Premier ministre dans le domaine de la sécurité.

Quant au limogeage de Bolton par Trump, il ne pouvait plus mal tomber, puisqu’il contredit le plus grand atout électoral de Netanyahu: sa capacité à influencer, à défaut de guider, la politique de Trump au Moyen-Orient, dans l’intérêt d’Israël.

Par ailleurs, plusieurs anciens responsables de la sécurité nationale américaine ont expliqué au site Politico que les analyses du FBI et de plusieurs agences du renseignement lient les scanners découverts à des agents israéliens. «Ces appareils devaient sûrement servir à espionner le président Donald Trump» ainsi que ses conseillers, a expliqué un des responsables, sous couvert d’anonymat. Selon Politico, on ne sait pas si les Israéliens sont arrivés à leurs fins. Et revoici la fameuse expression  «Dieu me garde de mes amis, mes ennemis je m’en charge».

Quels que soient les résultats électoraux et l’avenir de Netanyahu, la lune de miel en a, ces derniers jours, pris un sacré coup dans l’aile des faucons.

Patrice Zehr

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