La place du PJD | Dans l’opposition ?

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Ayant remporté les élections législatives anticipées du 25 novembre 2011, le PJD se hisse à la tête de la majorité parlementaire, après avoir longtemps été dans l’opposition.

Par conséquent et conformément à la Constitution, Abdelilah Benkirane, à l’époque Secrétaire général du parti islamiste, est nommé Chef de gouvernement par SM le Roi Mohammed VI. Il est alors chargé de former le gouvernement. Suite aux négociations menées avec les partis politiques arrivés en tête du scrutin législatif, le gouvernement Benkirane I voit le jour le 3 janvier 2012. Il est composé de quatre partis politiques (PJD, Parti de l’Istiqlal, Mouvement Populaire et PPS).

Une bonne entente… de courte durée

Au début, l’entente cordiale semblait régner entre le PJD et les composantes de la majorité. Cette entente sera hélas de courte durée, puisque le PJD va vite reprendre ses vieilles habitudes. Le 3 janvier 2013, Hamid Chabat alors Secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, adresse un mémorandum à Abdelilah Benkirane auquel il est reproché

d’user de sa casquette partisane au lieu de se comporter en tant que Chef de la majorité.  Face au creusement des divergences entre les deux hommes, le parti de l’Istiqlal retire ses ministres du gouvernement, après avoir remis au Souverain, un mémorandum dans lequel il explique les raisons ayant motivé cette décision.

Je me braque et je juge

Pour éviter le naufrage du navire gouvernemental, le RNI fait son entrée au gouvernement en remplacement du parti de l’Istiqlal. Mais là encore, les conflits ne tardent pas à refaire surface. Cette fois-ci, le PJD se braque contre la loi-cadre sur la réforme du système éducatif dans son volet lié à l’enseignement des matières scientifiques en langues étrangères, notamment le français. Présentée par le ministre RNIste de l’Education nationale, Rachid Belmokhtar, ce plan de réforme considéré comme ambitieux, ne semble pas plaire aux députés PJDistes et encore moins au SG du parti et Chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane. Profitant de son passage devant les membres de la Chambre des conseillers, le 2 décembre 2015, ce dernier s’en prend avec virulence au ministre Belmokhtar. Il aura fallu que la vision stratégique pour la réforme du système d’éducation et de formation soit validée en Conseil des ministres, en février 2016, pour que le PJD se fasse une raison, bien qu’il essaiera par tous les moyens, de bloquer le vote du projet de loi y afférent au Parlement, en 2019.

Au lendemain des élections législatives d’octobre 2016 et lors des pourparlers en vue de la formation d’un nouveau gouvernement, A.Benkirane, oppose un niet catégorique à la participation de l’Union Socialiste des Forces Populaires (USFP) à la coalition. S’en suivra une période de blocage qui va durer presque six mois, avant que Sa Majesté le Roi ne mettre fin à cette situation et désigne en 2017, une autre personnalité du PJD, pour former la majorité.  Le choix tombe sur Saâdeddine El Othmani qui sera élu, peu de temps plus tard, à la tête du parti. Avec la nomination d’El Othmani, l’opinion publique qui commençait à montrer des signes de déception à l’égard du PJD, espérait qu’une nouvelle page allait s’ouvrir. Présenté comme une personne pragmatique, El Othmani a commencé par donner des signaux encourageants sur la voie de l’apaisement des relations entre le PJD et l’ensemble de ses partenaires politiques, ce qui n’a pas duré longtemps. En octobre 2019, le bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme décide de se retirer du gouvernement, déplorant notamment un climat négatif de mésentente ayant marqué les relations entre les composantes de l’Exécutif.

Vivement les élections et un retour à la normale

Aujourd’hui encore, le parti islamiste peine à se comporter en leader de l’Exécutif. En effet, le PJD ne rate quasiment aucune occasion pour s’opposer à tout ce qu’il perçoit lui, comme étant à l’opposé de son idéologie ou ne servant pas ses intérêts.

Diplomatie, lois électorales, réglementation de l’utilisation du chanvre indien… Toutes les occasions sont bonnes pour que le PJD dise non!

Spécialistes des questions politiques et observateurs du paysage partisan au Maroc, s’accordent à dire que cette situation n’est plus vivable. La question qui se pose alors est la suivante: La place naturelle du PJD n’est-elle pas dans l’opposition? En tout cas, de plus en plus de Marocains y croient foncièrement, surtout ceux qui avaient confiance dans le PJD et qui éprouvent, aujourd’hui, un profond sentiment de frustration et de déception.

Il est bien évident que les élections de 2021 seront à suivre avec grand intérêt dans la mesure où elles permettront de tracer les contours de l’avenir du pays pour au moins les cinq prochaines années et mettre de l’ordre dans l’échiquier politique national, de sorte à ce que majorité et opposition jouent les fonctions et exercent les pouvoirs que leur confère la Constitution. Mais il sera également intéressant de voir où se retrouvera le PJD qui, d’ici-là, doit résoudre à la fois ses problèmes de positionnement en tant que parti et ses problèmes internes.  

Mohcine Lourhzal

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