Mali/Afghanistan | Comment partir sans abandonner ?

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La présence du président Macron aux obsèques du président Idriss Déby confirme notre analyse de la semaine dernière. Cette disparation, aussi brutale qu’inattendue, fragilise la lutte internationale contre les forces djihadistes dans le Sahel.

Le but officiel de la France est de faire monter en puissance, dans cette guerre des sables, les armées africaines. L’armée Tchadienne est l’épine dorsale de cette évolution, cette stratégie est donc fragilisée et devient incertaine. Cela relance en France même le débat sur le retrait. Certains pensent que la victoire est impossible, que l’opération est de plus en plus impopulaire au Mali même et que la présence militaire française est prise dans les critiques contre  des formes de néo-colonialisme. Mais comment organiser un  retrait qui ne débouche ni sur le chaos ni sur la victoire au bout de quelques mois de ceux que l’on était venu combattre ? Pour Paris c’est un casse tête et cela semble pour le moment impossible. Mais comme il faudra s’y résoudre, le plus tôt  pour certains serait le mieux. La France va donc regarder de très près l’exemple afghan, où le retrait annoncé des Américains parait déjà bien plus compliqué que prévu.

La plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis, en Afghanistan, s’achèvera le 11 septembre, vingt ans après les attentats qui l’avaient déclenchée. 

Le Président Joe Biden avait d’abord annoncé le 14 avril un retrait total des troupes à la date symbolique du 11 septembre. Puis une conférence devait se tenir le 24 avril, à Istanbul, en Turquie, avec les principaux acteurs afghans et internationaux de cette crise sans fin, pour sécuriser politiquement la transition vers la paix. Le ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, a indiqué que cette réunion, coorganisée avec l’ONU et le Qatar, était repoussée à la fin du ramadan, mi-mai. En réalité, ce renoncement serait dû au refus des talibans de venir. Ces derniers n’ont pas cessé de répéter ces derniers mois qu’ils se sentiraient libres de reprendre les combats si le retrait des soldats étrangers n’était pas effectif au 1er mai comme le stipule le préaccord de Doha. Mais les Turcs, les Américains et l’ONU pensaient que l’annonce par M. Biden lui-même du retrait définitif au 11 septembre changerait la donne. Il n’en est rien. En effet, en programmant cette retraite, le Président américain repousse de plus de quatre mois l’engagement pris par son prédécesseur Donald Trump de quitter le pays avant le 1er mai 2021 au terme d’une négociation très serrée, à Doha, avec le gouvernement afghan et les talibans. Ceux-ci avaient en effet accepté de ne pas attaquer les soldats américains jusqu’au jour prévu de leur retrait. Mais le report de celui-ci au mois de septembre change évidemment la donne. Dès l’annonce du plan américain, le porte-parole des talibans, Zabiullah Mujahid, a d’ailleurs déclaré que la non-application de l’accord de Doha «entraînait la responsabilité de ceux qui ne se sentaient pas liés par lui».

Le retrait s’est imposé de lui-même. Un rapport des agences de renseignement américaines, a confirmé le peu d’options pour mettre un terme à une intervention qui s’achève sur un échec, en dépit de l’accent mis par la Maison Blanche, le même jour, sur la disparition de la menace terroriste présente en 2001 sur le territoire afghan. Ce rapport se montre pessimiste à propos de l’éventualité d’un accord politique entre les insurgés et le gouvernement en place à Kaboul, tout comme sur la capacité de ce dernier à leur résister militairement.

Selon cette analyse, les Etats-Unis n’ont donc rien à gagner à jouer les prolongations, ce qu’avait suggéré au contraire un rapport indépendant de l’ancien chef d’état-major de l’armée américaine, Joseph Dunford. Ce dernier avait plaidé en février pour un maintien prolongé «afin de donner au processus de paix suffisamment de temps pour aboutir à un résultat acceptable». Tous les chefs militaires le disent, une retraite est souvent plus périlleuse qu’une offensive. Les Soviétiques qui avaient quitté le pays en 1980 après une occupation de dix ans s’en souviennent encore. D’autant que dans la situation présente, ce ne sont pas seulement 2 500 soldats américains qu’il va falloir rapatrier, mais faire en sorte que les alliés de l’Otan, encore présents sur le terrain avec près de 7 500 hommes –britanniques, allemands, géorgiens– dont beaucoup font de l’encadrement ou de la formation, ne soient pas abandonnés à leur sort sans protection aérienne notamment. «Nous enverrons des ressources supplémentaires pour protéger la force pendant son départ», a déclaré le général McKenzie, chef du commandement central de l’armée américaine (Centcom), devant une commission du Sénat américain. «Je ne veux pas rentrer dans les détails de ces opérations maintenant, mais nous aurons des capacités supplémentaires et je suis convaincu qu’avec nos partenaires de la coalition, nous parviendrons à nous extraire», a-t-il ajouté. Le général McKenzie a par ailleurs douté de la capacité de l’armée afghane à résister aux talibans, malgré les milliards investis depuis plus de dix ans par les Etats-Unis pour la former et l’équiper. «Je m’inquiète pour la capacité de l’armée afghane à tenir le contrôle du territoire qu’ils contrôlent actuellement sans le soutien auquel ils se sont habitués depuis de nombreuses années», a-t-il dit. 

Ça promet ! Biden risque d’avoir un retrait difficile pour l’image des USA et de sa présidence.

Patrice Zehr

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