Ma jalousie m’a servi à maîtriser mon portable !

Farah, 50 ans, boutiquière sur le net, est mariée et mère de trois enfants. Cette femme raconte ses grands déboires avant de comprendre l’utilité de la connexion sur son téléphone portable…

«Les souvenirs de mes premiers pas sur la toile, il n’y a pas redire, j’en ai honte. D’ailleurs, à la maison, on continue encore de se bidonner sur la question. Nul doute qu’ils ont entièrement raison. Et puis, de mon exécrable comportement, j’ai tiré quelques bonnes leçons. Sans oublier qu’avec tout ce que j’ai dû entreprendre pour combler ma maladive jalousie, j’ai fait sauter les verrous de ce qui était hors de ma portée. Désormais, cette époque est irrémédiablement révolue. Le net et les réseaux sociaux n’ont plus de secret pour moi. Comme tout le monde, je ne peux vraiment plus m’en passer.  

Le jour où mon mari a exhibé son nouvel appareil téléphonique connecté, fut un évènement hors du commun à la maison. Tous nos enfants s’étaient rassemblés autour de lui pour le voir faire fonctionner cette petite merveille de la technologie. Sans mentir, j’étais la seule à rester à l’écart, internet ne m’intéressait pas. Par contre, je maudissais d’emblée l’arrivée de cet ennemi dans mon existence. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’avais déjà souffert le martyre pour maîtriser l’utilisation d’un banal téléphone portable. Et là, je me demandais comment faire avec quelque chose d’encore plus compliqué à manipuler. Il me fallait de nouveau ramer longtemps pour poursuivre mon espionnage.

Clairement, il n’avait pas été facile pour moi d’avoir accès au répertoire téléphonique de mon époux. Tout un stratagème dans le but de pouvoir inspecter discrètement s’il n’y cachait pas une ou plusieurs maitresses. Mon mode opératoire pour étancher ma soif de suspicion, était de noter tous les numéros dans un carnet. Ensuite, je les passais au crible dans une cabine téléphonique. Lorsqu’un homme me répondait, je raccrochais direct, mais quand il s’agissait d’une femme, j’accusais une puissante décharge d’adrénaline. La pauvresse subissait inévitablement mon «pétage» de câble. Fébrile, j’accostais un inconnu que je suppliais de parler à ma place pour lui tirer un max d’infos, ou pour la situer. Mais mes manigances se concluaient toujours par de nullissimes résultats.

Prouvés par mon directeur commercial d’époux qui venait tout le temps me raconter comment une de ses meilleures clientes avait été harcelée au téléphone par des tarés. En l’écoutant, je bloquais ma respiration. Faut pas croire, ce n’est pas pour autant que j’étais découragée et que j’abandonnais mes recherches. Comme un caïman dormant d’un œil, je continuais de surveiller. Tout nouvel appel non répertorié ou tout nouveau contact, je lui réservais le même sort. Et dire que mon mari m’avait offert un portable identique au sien. Avec cet appareil, la traque se maintenait par échange, l’air de rien, tranquille. Ce qui n’était assurément plus possible avec le nouveau. Cette fois, sans un secours costaud je ne pouvais poursuivre mon contrôle. 

Sans perdre de temps, je m’étais inscrite à une «formation» en informatique au fin fond de la médina. Mon premier jour de classe m’avait complètement exaspérée. Je n’y comprenais que dalle. Affolée de voir mes plans échouer, je n’avais pas eu d’autre choix que de déballer mes misères à ce jeune prof. Amusé, il avait promis de coopérer à la condition de venir munie de l’appareil en question. Encore un obstacle qui fut péniblement levé. Ecraser mon téléphone volontairement avec les roues de ma voiture pour avoir le nouveau n’avait servi à rien. En effet, je m’étais tournée vers ma mère. Elle m’avait prêté de l’argent mais seulement avec une garantie de remboursement: mes sept bracelets en or.

Avec ça, je n’étais pas encore au bout de mes peines. Constater que tous les efforts fournis par l’enseignant étaient vains, me démoralisait. Ma caboche était dure, mais alors vraiment quelque chose de grave. Je n’arrivais pas à saisir l’ion de tout ce qu’il essayait de m’expliquer. Forcément, puisque je n’avais jamais utilisé d’ordinateur. D’ailleurs, tous mes téméraires essais sans son aide s’étaient soldés par un plantage et une réinitialisation de mon appareil. Mais grâce à la patience phénoménale du prof, j’y voyais jour après jour un peu plus clair. L’après initiation fut que je me suis jetée dans la gueule du loup. J’avais pu ouvrir le portable de mon époux, mais cette fois, mon attention n’avait pas été bloquée sur son répertoire téléphonique. J’avais parcouru sa boîte mail, et je m’étais attardée sur ce qu’il trafiquotait sur les réseaux sociaux. Et, je tombais de très haut.

Rien à faire, il m’avait été impossible de contenir le trop plein de jalousie qui bouillait en moi. Telle une folle dingue enragée, j’avais débarqué dans le salon, téléphone en main sommant l’infidèle de tout m’expliquer. J’étais prête à faire mes valises de toutes les façons. Lui, imperturbable m’avait écoutée jusqu’à la fin, puis ensuite il s’est écroulé de rire. Il répétait en boucle suffoquant de jubilation que bien sûr il me trompait avec toutes ces femmes dont je parlais. Toutes de talentueuses artistes ainsi que les sommités du monde de la littérature, de la politique et j’en passe et des meilleures, mais d’illustres inconnues pour moi. Et la crise d’hilarité avait atteint son paroxysme avec l’arrivée des enfants.

Bref, à cause de Facebook, ce tentaculaire réseau social, je m’étais couverte de ridicule aux yeux des miens. Il était flagrant le niveau de ma culture générale, limite inexistant. Je remballais ma déconfiture en m’associant à leur gaité mais sans mentir, la facture avait été lourde à encaisser. Ainsi, j’embarquais vers une nouvelle priorité, celle de dégommer mon titre de reine des incultes. C’est en déplaçant le curseur de ma curiosité vers quelque chose de plus avantageux et en neutralisant définitivement ma jalousie que je dépassais un tas de limites. Apprendre à me connecter m’a permis l’accès à de nombreux et riches horizons, j’en ai tiré d’inestimables bénéfices. Mon activité actuelle sur le net, je l’adore et je ne l’échangerais pour rien au monde. Aussi, il est tellement rassurant pour moi de voir aujourd’hui presque tout le monde, jeunes ou vieux en possession d’un téléphone connecté. Je «surlike» également qu’ils puissent s’en servir avec aisance, au moins de cette façon, ma source intarissable d’acheteurs est garantie».

Mariem Bennani

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