Iran : Quoi de vraiment neuf ?

Avant tout, une remarque préliminaire. J’ai été très étonné par le nombre de personnes persuadées que le président sortant, Ahmadinejad, avait été battu.

Iran ancien et nouveau prsidents

Il n’a pas été sanctionné par le vote puisque, respectant la constitution, il ne s’est pas présenté. Son candidat parmi les conservateurs, lui, a été battu, mais c’est autre chose. Cela confirme donc qu’il n’était pas un vrai dictateur, puisqu’il a démocratiquement respecté la constitution, ou qu’il n’avait pas les moyens de s’imposer, puisque le vrai pouvoir est aux mains non pas du président, mais du guide de la révolution.
Cela étant, la victoire-surprise, dès le premier tour du seul candidat modéré restant, montre un besoin de changement des Iraniens, mais n’anticipe certainement pas un changement sur le fond si la forme, elle, doit évoluer.

Le nouveau chef de l’Etat iranien s’appelle Hassan Rohani. Réputé plus modéré que son prédécesseur Mahmoud Ahmadinejad, il avait notamment signé la pause nucléaire de l’Iran en 2003. Si Hassan Rohani a réussi à mobiliser cet électorat réformateur, qui avait voté pour Hossein Moussavi en 2009, il l’a fait grâce aux divisions du camp conservateur qui ont éclaté au grand jour durant la campagne électorale. Hassan Rohani a su aussi jouer pleinement la carte du candidat pragmatique, dont le discours modéré tranche avec l’intransigeance affichée par les durs du régime. Ses premiers propos ont été scrutés à la loupe.
Les quotidiens conservateurs ont plutôt choisi les déclarations du nouveau président sur le nucléaire. Le quotidien Kayhan publie en première page une grande photo de Hassan Rohani et titre sur toute la largeur, «Je défendrai les droits de l’Iran en matière nucléaire. Je ne cèderai pas devant les Etats-Unis». Le quotidien ultra-conservateur, Vatan Emrooz, a repris la phrase du président qui a affirmé que «le temps de la suspension de l’enrichissement d’uranium était désormais révolu». Les quotidiens réformateurs reprennent les propos du président sur la politique intérieure: «Mon gouvernement sera apolitique».
De leur côté, les quotidiens réformateurs, Etemad et Arman, reviennent sur les déclarations du président qui, répondant à une question sur son intention d’éliminer tous les responsables actuels, a affirmé qu’il était venu avec «une clé», symbole de sa campagne électorale pour régler les problèmes du pays et non pas avec «une fourche». Il a fixé trois directions: fermeté sur le droit de l’Iran à développer un programme nucléaire civil, ouverture diplomatique avec l’Arabie Saoudite et relance de l’économie iranienne. Il connaît très bien les rouages du régime iranien puisqu’il en fait partie depuis le début. Il est très à l’aise avec l’institution cléricale, avec le Guide, mais aussi, semble-t-il, avec les jeunes et les femmes: il sait s’adresser aux uns comme aux autres.
Sur le nucléaire, Hassan Rohani se dit prêt à davantage de transparence, ce qui pourrait ouvrir la voie à des concessions sur les inspections réclamées depuis des années par la communauté internationale. Rohani part avec un avantage considérable: c’est lui qui menait les négociations nucléaires, pour l’Iran, durant la première moitié des années 2000. A l’époque, les discussions avaient abouti à un accord avec les pays européens, France et Allemagne en tête. Mais l’Iran s’était heurté à l’intransigeance affichée par les Etats-Unis de George Bush sous pression d’Israël.
Jusqu’où pourra-t-il aller, sachant que ce dossier se trouve sous l’autorité directe du véritable numéro un du régime, l’ayatollah Khamenei? La constitution iranienne est faite ainsi: le pouvoir part de l’ayatollah et revient à l’ayatollah. Depuis 20 ans qu’il règne sur la scène politique, Ali Khamenei a régulièrement renforcé son autorité en refondant la Constitution, dont la version actuelle date du 28 juillet 1989, à peine quelques semaines après avoir succédé à l’ayatollah Khomeiny.
Le quatrième article de cette dernière précise que «le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire sont exercés sous le contrôle du Chef suprême des Croyants et Guide de la Communauté». C’est lui qui, à l’encontre de son ami l’ayatollah Khomeiny, transformera progressivement la république séculière en un régime religieux.
Réélu en 1985, il succède à l’ayatollah Khomeiny en 1989 grâce à l’appui de Hachémite Rafsandjani qui sera lui-même président, quelques années plus tard. C’est également ce dernier qui, désormais apprécié des réformateurs, s’est vu interdire sa candidature à l’élection présidentielle du 14 juin 2013 par son ancien ami l’ayatollah.
Rohani est donc compatible. Cela relativise bien les évolutions attendues. Il ne faut pas trop espérer pour ne pas être trop déçu.

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