lundi 23 septembre 2019

Les flux commerciaux Maroc-Belgique sont trop modestes

Jean-Luc Bodson, ambassadeur de Belgique

 

Jean-Luc Bodson ambassadeur

Quelle particularité a la participation de la Belgique au SIAM cette année?

Le fait que la Belgique soit l’invitée d’honneur cette année au SIAM nous permet de nous présenter comme un tout. Il y a différents acteurs qui sont actifs au Maroc dans le domaine de l’agriculture, depuis de nombreuses années. Parfois, on se présente de façon morcelée. Mais cette fois-ci, on se présente de façon unie. Et cette présence s’articule autour de trois piliers, dont notamment le pilier de la Coopération-Développement, c’est-à-dire le pilier solidaire. Cela fait 50 ans que nous sommes présents au Maroc, dans les matières de coopération au développement dans le secteur de l’agriculture et de l’eau. Ce pavillon nous permet de montrer les différents projets que nous réalisons et d’expliquer cela au grand public marocain. Autre pilier, il est académique: notre coopération au développement a commencé essentiellement par la formation d’ingénieurs agronomes. Nous avons envoyé des professeurs, dans les années 70, à l’Université Hassan II à Rabat et à l’Institut agronomique à Meknès. C’est ce qui explique aujourd’hui qu’une partie de l’élite marocaine a été formée par des professeurs belges, dont votre chef de gouvernement, Benkirane. Notons qu’à l’occasion du SIAM, nous avons eu la visite d’un certain nombre de professeurs universitaires et de chercheurs qui sont venus parler des grands thèmes centraux de ce Salon, à savoir la sécurité alimentaire, la traçabilité des produits, le développement et la commercialisation des produits du terroir. Lesquels thèmes sont importants pour le Maroc qui a des ambitions à l’exportation.

 

Et sur le plan commercial?

Notre présence s’articule aussi autour d’un troisième pilier, celui économique et commercial. Nous avons des sociétés privées belges qui sont aussi présentes dans ce Salon pour vendre. Elles ne viennent pas vendre des produits agricoles, mais surtout des hautes technologies qui devraient permettre aux agriculteurs marocains de se moderniser. Si elles exposent des produits ou des services, elles souhaitent les vendre. C’est une base commerciale. Parmi les sociétés belges qui participent à ce Salon, nous avons des exportateurs belges de blanc-bleu-belges. Ce sont des bœufs énormes qui pèsent plus de 1.200 kilos et les exportateurs sont contents de les vendre aux éleveurs marocains, ce qui permet à ces derniers d’avoir une très grande compétitivité et de mieux gagner leur vie. C’est donc un exemple parmi d’autres. Nous avons d’autres exposants qui vendent des petites machines qui ne sont pas trop chères et seront très utiles pour les petites exploitations que vous avez au Maroc. Nous avons une société SIAT qui a investi beaucoup en Afrique subsaharienne dans les plantations d’huile de palme et dans l’élevage et qui vient ici pour recruter des ingénieurs agronomes marocains pour les envoyer ensuite comme expatriés. En matière de coopération au développement, ce sont des dons que nous apportons au secteur de l’agriculture au Maroc. Mais je crois que, même dans le secteur privé, les agriculteurs marocains gagneront à acheter les produits ou les services belges pour améliorer leur compétitivité.

Quel bilan faites-vous de la coopération entre les deux Royaumes?

Il faut savoir que le Maroc est notre 4ème partenaire après nos trois anciennes colonies, à savoir la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi. Le Maroc est un partenaire important. Pourquoi? Parce que nous avons une population marocaine et belge de souche marocaine qui est importante. Il y a donc un intérêt politique pour le Maroc. Puis, il y a une deuxième raison, c’est qu’au Maroc, on a un interlocuteur qui est solide et cela nous permet d’obtenir des résultats assez rapidement. Nous nous inscrivons tout à fait dans le Plan Maroc Vert. Tout ce que nous faisons ici, ce ne sont que des projets marocains. Le développement de la datte, du safran ou de l’amande, ce sont en fait des priorités marocaines dans lesquelles nous nous inscrivons tout à fait et auxquelles nous apportons notre expertise.

En ce qui concerne l’action belge au Maroc, quelles sont vos ambitions?

Mon ambition comme ambassadeur au Maroc, c’était d’abord de donner une meilleure visibilité à l’action belge ici. Laquelle action était un petit peu morcelée lors des éditions du SIAM précédentes. Je trouvais qu’on devait pouvoir présenter ensemble le volet commercial, le volet solidaire de coopération, ainsi que le volet de coopération institutionnelle entre différentes institutions comme les agences de sécurité alimentaire nationale, lesquelles ont signé, ce jeudi 25 avril, un accord. Tout cela va justement donner une meilleure visibilité. Le fait d’être invités d’honneur lors de cette édition nous a permis d’attirer un certain nombre de sociétés belges qui, autrement, ne s’intéressaient pas au marché marocain. Et une fois qu’elles sont là, elles sont conscientes qu’il faudra revenir les années prochaines. J’espère que, dans les années suivantes, nous aurons plus de sociétés qui participeront au SIAM. L’ambition générale, c’est aussi d’augmenter les flux commerciaux. Car je constate que nos flux commerciaux restent modestes. On est entre 1,200 milliard et 1,400 milliard d’euros dans les deux sens, ce qui n’est pas tellement assez si on tient compte de la proximité -pas tellement géographique- mais de la proximité de peuple à peuple, dont je vous parlais tout à l’heure, puisqu’il m’arrive rarement de rencontrer un Marocain qui ne connaît pas la Belgique ou qui n’a pas de famille en Belgique. Et l’inverse est vrai. Les Belges connaissent bien le Maroc. Le fait qu’on se connaisse bien devrait en fait faciliter les échanges. Le Maroc est un marché de proximité. Il est à souligner que la Belgique se penche beaucoup vers l’Europe, mais celle-ci est en crise. Pour la Belgique, il y a la grande exportation et les marchés lointains, comme la Chine et les USA qui demandent de grandes capacités. Le Maroc est une alternative pour sortir de l’Europe tout en ayant un marché de proximité. Mais je trouve qu’on devra développer beaucoup plus les flux commerciaux qui restent trop modestes. A savoir qu’on s’y emploie en organisant des missions commerciales. D’ailleurs, j’ai commencé ici mon mandat par une grande mission économique dirigée par son Altesse Royale le Prince Philippe, avec 350 hommes d’affaires. Et puis, on a organisé différentes missions sectorielles, notamment dans le domaine des énergies renouvelables sur lequel le Maroc se profile très fort, sachant que nous avons des technologies de niche et de bons produits à offrir. Enfin, il faut souligner qu’il y a beaucoup d’investisseurs belges au Maroc et mon ambition est qu’on arrive à la hauteur de l’amitié entre nos deux peuples.

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