Bénéfices économiques, efficacité énergétique | Etait-ce (vraiment) nécessaire d’adopter l’heure d’été toute l’année au Maroc?

Pour justifier le maintien de l’heure d’été toute l’année au Maroc, l’ancien gouvernement n’a pas lésiné sur les arguments. Que valent-ils aujourd’hui?

Les Marocains sont difficilement convaincables, surtout quand il s’agit de décisions qui impactent directement leur vie de tous les jours.  Lorsqu’il a été décrété en 2018, le maintien du GMT+1 a provoqué une véritable levée de bouclier. En effet, quelques jours après l’annonce du passage définitif à l’heure d’été dans le Royaume, des lycées et étudiants ont manifesté dans plusieurs villes marocaines pour exprimer leur refus de cette mesure. Sur les réseaux sociaux, les Marocains en colère réclamaient l’annulation pure et simple et un retour au Greenwich Mean Time (GMT), ou temps universel. Pour convaincre du bienfondé de l’adoption d’une nouvelle heure légale à l’échelle nationale, le gouvernement alors dirigé par le PJD, parti d’obédience islamiste, avait alors commandé une étude dont les résultats ont convergé vers une seule conclusion qui dit que le passage définitif à l’heure d’été aura des bénéfices multiples, notamment sur l’économie marocaine.

Quand les théories s’effondrent face à la réalité

Le premier argument à avoir été mis en avant par ladite étude, était celui des gains économiques que le Maroc allait cueillir en switchant vers l’heure d’été toute l’année. Dans ce cadre, l’étude réalisée par un Cabinet étranger, allant d’octobre 2018 à mars 2019, a mis l’accent que le fait que le changement d’heure au Maroc coïncide avec celui de l’Union Européenne () et que suivant cette logique, le maintien du même décalage horaire tout au long de l’année ne peut avoir que des conséquences positives sur les relations économiques et touristiques entre le Royaume et ses principaux partenaires européens. Outre les critiques d’ordre méthodologique (seuls 40 responsables et Chefs d’entreprises ont été questionnés sur l’impact économique du maintien de l’heure GMT+1 au Maroc), l’essentiel des résultats émanant de l’étude d’impact de l’adoption du fuseau horaire GMT+1 sur le territoire marocain, de façon permanente, est aujourd’hui sérieusement remis en question. Présentée en grandes pompes, en 2018, par le précédent gouvernement, cette étude avance que le Maroc gagnerait énormément à s’aligner sur l’heure européenne en hiver (GMT+1) et réduire son décalage horaire avec l’Union-Européenne de 60 minutes pendant l’été. Depuis 2002, le changement d’heure s’opère de façon homogène dans tous les Etats européens. Le passage à l’heure d’été (GMT+2) s’effectue dans la nuit du dernier samedi au dimanche du mois de mars. Quant au passage à l’heure d’hiver (GMT+1), il s’effectue dans la nuit du dernier samedi au dimanche du mois d’octobre. Dans ce contexte, le Maroc n’est au diapason avec l’heure européenne que cinq mois par an. Voilà qui contredit les conclusions de l’étude sur les prétendus bienfaits économiques de l’adoption du GMT+1 de manière définitive au Maroc.

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Les chiffres ne mentent pas

En 2021, les échanges entre le Maroc et l’ n’ont pas enregistré de bond en avant. Le déficit commercial s’est ainsi établi à 198,6 milliards de dirhams contre 159,8 milliards en 2020. La situation ne s’est guère améliorée en 2022, dans la mesure où le déficit commercial du Royaume s’est accru de 48,7 % à fin juin 2022 par rapport à la même période en 2021, pour s’établir à 150,49 milliards de dirhams. Par définition, on parle de déficit commercial (niveau du solde de la balance commerciale d’un pays), lorsque les importations sont supérieures aux exportations. C’est à se demander «à qui profite le crime» d’instaurer le GMT+1 en tant qu’heure légale au Maroc, contre la volonté de la majorité écrasante de la société. Joint par Le Reporter, l’économiste Omar Kettani explique que «les flux d’échanges économiques entre les pays dépendent fortement d’une multitude de facteurs, dont les accords commerciaux, les pratiques réglementaires régissant leurs partenariats commerciaux, en passant par le facteur géographique». Selon lui, le fait d’ajouter soixante minutes à l’heure légale du Maroc n’a quasiment aucun impact sur les relations et les échanges commerciaux entre le Royaume et ses partenaires européens. Le spécialiste attire également l’attention sur le fait que «l’avenir c’est l’» et que le Maroc doit poursuivre sa politique qui vise à renforcer ses partenariats avec le continent africain qui regorge d’atouts et de potentiels».

Enfin, Omar Kettani rappelle que «cette question de décalage horaire n’a jamais été un problème sauf peut-être pour les personnes qui passent leur vie dans les airs», ajoutant que «dans beaucoup de pays européens, les appels se multiplient pour appeler à l’annulation de l’heure d’été en raison de ses conséquences négatives, notamment sur le bien-être et le niveau de rendement des individus». L’avis de Omar Kettani rejoint celui exprimé par bon nombre d’observateurs qui estiment qu’à la base le décalage horaire qui existait entre le Maroc et l’ n’était pas si grand que cela (1 heure du 31 octobre au 31 mars et deux heures du 27 mars au 30 octobre), au point de nécessiter un changement permanent de l’heure légale par les autorités marocaines.

d’énergie dites-vous?

Ceux qui soutiennent l’instauration de manière permanente du fuseau horaire GMT+1, estiment que cette mesure est salutaire dans la mesure où elle permet de réduire l’impact écologique de la consommation électrique. Au Maroc et en dépit de son entrée en vigueur il y a quatre ans de cela (2018), l’heure d’été continue de faire l’objet d’interrogations concernant son efficacité. En effet, beaucoup se posent la question de savoir si le changement de l’heure légale du Royaume, a vraiment permis de réduire la consommation énergétique au niveau national. Selon une récente note émanant de la Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF) relevant du ministère de l’ et des , la consommation de l’énergie électrique, a augmenté de 2,6% au terme des quatre premiers mois de 2022. Concernant les échanges du secteur avec l’extérieur, le volume de l’énergie importée s’est accru de 108,1% à fin avril dernier, après une baisse de 33,4% un an plus tôt. Quant au volume exporté, il a quasiment stagné (+0,3%, après +30,3%). En changeant de fuseau horaire, le Maroc risque d’alourdir sa facture énergétique, alors que c’est tout le contraire auquel s’attendaient les instigateurs du GMT+1 de manière durable. Ce risque est d’autant plus amené à se concrétiser, qu’actuellement tous les regards sont tournés vers le secteur des énergies qui font peser une contrainte forte sur les budgets des Etats non producteurs de ressources énergétiques. Autre preuve qui remet en question le bienfondé du changement de l’heure légale au Maroc, est que cette mesure a contribué au gaspillage de sources d’énergie, en particulier de carburants et d’électricité, essentiels pour le bon fonctionnement de la machine économique et les entreprises marocaines. Le calvaire que vivent les Marocains depuis l’instauration du fuseau horaire GMT+1 de manière durable, illustre parfaitement cette situation. Prenons l’exemple d’un élève ou lycéen qui habite le quartier Maârif à Casablanca et dont l’école se trouve au centre-ville. Pour être en classe à 8 heures tapantes (GMT+1), il doit se réveiller au plus tard à 6 heures 30 du matin, heure d’été. Sachant qu’à partir du mois de septembre qui coïncide avec la rentrée scolaire et jusqu’à fin mars, le soleil se lève de plus en plus tard. Depuis 2018, l’heure légale au Maroc (GMT+1) ne correspond plus à l’heure vraie (GMT). Conséquence, un réveil qui survient plus tôt que d’habitude ce qui engendre une consommation importante d’électricité. Si on ajoute à cela le fait que la plupart des Marocains sont des couche-tard, on est tenté de croire que l’ qui a été l’un des arguments phares pour justifier la décision de décréter l’heure d’été de manière permanente au Maroc, n’est pas pour demain. A cela s’ajoutent les embouteillages monstres que l’on observe chaque matin, surtout sur les grandes artères des grandes villes comme Casablanca, qui participent directement au gaspillage de cette autre source d’énergie toute aussi importante et couteuse que l’électricité, à savoir l’essence et le gasoil.

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La polémique reste entière quant à l’utilité de l’instauration permanente de l’heure d’été au Maroc. Les citoyens attendent de savoir si le gouvernement Akhannouch annulera cette mesure perçue comme profondément injuste.

Mohcine Lourhzal

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