mardi 18 décembre 2018

Mon attachement aux valeurs humaines ne m’a pas servi !

Abdeslam, 48 ans, commerçant, est marié et père de 3 enfants. Cet homme raconte comment son attachement aux valeurs humaines lui a porté la poisse. Voici son récit.

«Il m’est apparu indispensable de partager cette terrible expérience, afin que toute personne comprenne que le danger dans la rue guette. Il se tapit partout, nul n’est à l’abri d’être victime, un de ces quatre, de tarés violents ou de «m’qarqabine».Oui, il vaut mieux d’ailleurs être prudent jusqu’à la névrose, par les temps qui courent. Je sais de quoi je parle. J’ai été la cible d’un jeune complètement drogué, juste pour avoir eu des gestes humainement bienveillants. Mais lui, il l’a interprété à sa manière de toxico défoncé. En guise de remerciement, il m’a balafré la joue, le bras et hurle encore à l’honneur bafoué. Une vraie histoire de dingue!

Je tiens depuis 20 ans une droguerie-quincaillerie, dans une ruelle de la médina de ma ville. Dans ce lieu, habitants et commerçants se connaissent bien. Depuis le temps, des liens amicaux se sont tissés entre nous. Même si je suis le genre à être réservé, préférant garder mes distances en restant constamment derrière mon comptoir. Au moins, tout le monde me respecte. Avec ma clientèle qui, en majorité, loge dans les parages, mes rapports sont tout à fait normaux. Evidemment, nous autres commerçants, nous sommes souvent visés par les jeunes désœuvrés qui squattent les coins de rue. Il faut avouer que ces dix dernières années, nous sommes au regret de constater que la jeunesse d’ici est en totale perdition, à cause de la consommation de «qarqoubi». Ces pilules psychotropes sont très prisées, parce que beaucoup moins chères qu’un bout de «chocolat». Le problème est qu’elles sont cent mille fois plus criminelles. Des drames de famille choquants nous parviennent et ils s’amplifient. Cela ne s’arrête plus au seuil de leur porte par ailleurs, tout le monde risque de trinquer désormais.

Nous autres commerçants de ma rue avons compris qu’il ne fallait pas prendre de risques avec ces petites crapules. Pour éviter d’être attaqués, nous tirons nos rideaux de ferraille à 20 heures. Cette initiative nous vaut bien évidemment un manque à gagner, surtout en été où ce n’est qu’en fin d’après-midi que les gens sortent pour faire leurs emplettes. On le rajoute à celui de la concurrence des grosses chaînes de distribution. Le choix se fait tout seul, ce qui est normal. Elles sont mieux équipées, on s’y sert soi-même tranquillement, il n’y a pas de problème de stationnement et la sécurité y est garantie. Maintenant, notre seule clientèle se trouve sur place ou dans les environs. Tout cela, nous le supportons en silence, contraints et forcés de ne pas mettre la clé sous la porte. Mais que faire quand un détraqué vous a dans le collimateur et qu’il ne craint rien?

Il y a quelques semaines, en revenant de la mosquée où j’effectue ma prière, un voyou de mon «derb» que je connais m’a agressé. Celui qui, pour mon malheur, est le plus agressif. Comme à son habitude, sous l’emprise de poison, ce dégénéré du cerveau m’a aperçu sauver sa mère d’une mort certaine. Elle aurait été fauchée par un automobiliste, si je ne lui avais pas saisi l’épaule, puis tirée vers moi. Pendant qu’elle reprenait ses esprits tout en me remerciant chaleureusement, son fils me sauta dessus. Il était fou furieux.

Il se mit à m’insulter avec une grossièreté inouïe. Pour ce taré, j’en avais après sa mère que j’avais eu le culot de toucher devant lui. Il dégaina de son flanc un immense couteau de boucher et me défigura d’un coup. Jurant me décapiter, il me porta un autre coup au bras. Il fut neutralisé par sa bande d’amis, alertés par les hurlements. Heureusement, deux fourgons des forces de l’ordre qui faisaient leur ronde arrivèrent à ce moment précis. Je pissais le sang et lui continuait de cracher ses menaces sans la moindre inquiétude. Nous avons été embarqués, entendus et j’ai porté plainte contre lui, bien sûr.

Plus tard, de retour dans mon magasin, attendant que justice me soit rendue, chaque jour, la mère de l’individu venait me supplier de lui pardonner afin qu’il ne soit pas incarcéré. Elle me disait ne pas avoir les moyens de supporter une pareille charge et qu’il n’était qu’un gamin de 15 ans. Je fus tellement affecté par la détresse de cette pauvre femme élevant seule une tribu que je laissais tomber mes poursuites. Encore une fois, j’avais eu tort de laisser libre cours à mon sens des valeurs humaines.

Le comble du comble, c’est qu’aujourd’hui, le drogué en liberté se promène avec son sabre à la main, m’interdisant l’accès à la rue. Il chante vouloir sauver son honneur en me faisant la peau et qu’il serait heureux d’en prendre pour «perpet». Finalement, c’est le «m’qarqab» qui fait sa loi. Tandis que moi, je n’ai plus de choix, sinon celui de lui offrir ma tête à couper».

Mariem Bennani

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