lundi 21 août 2017

Ma femme, plus âgée que moi

Hamid, 32 ans, fonctionnaire, est marié et sans enfants. Cet homme s’est passé du consentement de ses parents pour se marier avec une femme divorcée et plus âgée que lui… Non sans problèmes.

«Vivre en harmonie avec la personne qui me convient sur tous les plans, mes parents le refusent. Mon choix est inadmissible à leurs yeux, parce que pour eux, je me suis laissé prendre dans les filets d’une femme divorcée et plus âgée que moi. Ils rejettent obstinément celle que j’aime et qui m’aime aussi. Expliquer que c’est ma vie et que j’ai le droit de la vivre comme bon me semble est un dialogue de sourds. Ils persistent inlassablement à me juger, me qualifiant tantôt de fou, tantôt de victime qui court à sa perte inévitablement. Je suis fatigué par leurs histoires à dormir debout et leurs malheureuses tentatives à vouloir à tout prix saccager mon existence. A cause d’eux, j’ai divorcé par deux fois. J’ai l’impression que ce n’est pas de l’amour qu’ils me portent, mais un sentiment de domination. Ou alors, je suis leur idiot de service !

J’en suis à mon troisième mariage, le dernier, c’est sûr. Ils ne me fichent pas la paix pour autant. De toutes façons, je suis quasi certain qu’aucune femme au monde, ni sa famille, ne seront jamais acceptées par la mienne. Dès lors que je me suis trouvé en position de fonder une famille, les intrigues pour gérer mon sort se sont multipliées.
La première fille que j’avais épousée, c’est ma mère et ma sœur qui l’avaient soigneusement sélectionnée: la fille du cousin de ma mère, vivant dans un patelin, sans grande instruction, mais une espèce de fée du logis, cuisinière hors pair qui avait été considérée comme la meilleure épouse et mère de famille qui soit pour moi. Je les avais laissées me berner avec leurs contes fumeux. Elles m’avaient convaincu que mon bonheur et ma future descendance, moi l’homme de la famille, seraient protégés, bénis par leur choix. Il faut avouer que mon père, qui d’habitude ne se mêlait jamais des histoires des femmes de la maison, m’avait laissé entendre que j’étais dans l’erreur en les suivant dans leurs raisonnements archaïques. Je ne comprenais rien à son jeu de mots où il était question de vipères dans un même nid.
Ce premier mariage, du début jusqu’à sa fin, a été entièrement conclu et arrangé par ma mère et ma sœur. Un beau fiasco d’un seul jour, que je n’ai malheureusement pas pu éviter. Le jour de la noce, ma mère et une de mes futures belles-sœurs se sont carrément crêpées le chignon pour une histoire de photos prises avec nous, les mariés. Ma mère ne digérait pas le fait de remarquer que la famille de la mariée squattait les séances de pause photos. Cette vision lui était insupportable: on lui accaparait déjà son cher fils adoré. Calmer ma mère était impossible. C’est elle qui a toujours eu le dernier mot dans la famille. Ensuite, elle avait commis l’irréparable en s’en prenant directement au père de la mariée avec des propos très peu élogieux sur sa famille et ses filles. Ce dernier, attaqué dans son amour propre, vint récupérer sa fille assise à mes côtés dans ses habits de mariée. Tous quittèrent la cérémonie sur le champ. Et quelle galère pour moi que de divorcer dès le lendemain! J’étais furieux, mais je n’essayais pas de contrarier ma mère et ma sœur. Je les ai vues extrêmement satisfaites de leur petite victoire, me promettant seulement de réparer cet incident par le choix d’une autre épouse bien mieux que celle-ci et répétant que mille et une femme espéreraient avoir ce «privilège»…
Mon deuxième mariage s’était déroulé dans de meilleures conditions. Mais après notre lune de miel, il nous fallait quitter la maison familiale pour nous rendre dans la ville où je travaille. On m’expliqua que mon épouse ne pouvait pas m’y accompagner tout de suite. Elle devait rester auprès des miens, soi-disant en apprentissage jusqu’à mon prochain retour. C’était un cauchemar d’une autre dimension. Ma mère et ma sœur avaient été machiavéliques sur ce coup-là. Chaque fin de semaine de retour dans ma famille, je retrouvais une épouse au bord de la dépression, victime en continu de stratagèmes sournois. Au bout de 6 mois, elle me demanda de ne plus l’abandonner chez nous. Elle voulait vivre auprès de moi, ce qui était tout à fait normal; elle était mon épouse. Mais ma mère et ma sœur firent obstacle à ses desseins par la ruse. En mon absence, elles accusèrent ma femme de vol. Le pire est qu’elles avaient accusé mon épouse de les avoir battues et blessées; toutes trois étaient griffées et mordues. Bien évidemment, dans ce cas-là, je ne pouvais me ranger du côté de mon épouse. Ma mère pleurait et feignait l’agonie, mon épouse de l’époque me jurait que c’était un coup monté. Je dus malheureusement croire les femmes de ma famille et reconduire la jeune femme chez ses parents. Je demandais le divorce par la suite. Je savais que cette épouse était une victime, mais je ne pouvais consentir qu’elle ait pu molester ma mère.
Après ce coup-là, il était dur pour moi de retourner chez nous. Je passais plusieurs mois et même mon congé seul dans la ville où je travaille, gardant le contact seulement par téléphone. C’est en cette période que je rencontrai celle avec qui je partage ma vie actuellement. J’étais à la plage avec des amis et mon attention s’était portée sur ma voisine. Je ne la quittais pour ainsi dire plus des yeux. Il n’a pas été facile de lui adresser la parole, ni de la courtiser. Cette femme, j’en suis éperdument amoureux et me fiche qu’elle soit plus âgée que moi et divorcée. Sa présence à mes côtés me réconforte et illumine ma vie. Seuls mon père et les parents de ma femme ont béni notre union. Quant à ma mère et ma sœur, elles n’abandonnent toujours pas la fixette et les jérémiades. Elles refusent catégoriquement l’accès de ma femme chez nous. Je leur rends visite tout seul de temps à autre et c’est beaucoup mieux ainsi.
De mes expériences, j’observe en définitive que nous avons beau évoluer, la famille et la société gardent une part plus ou moins importante des réflexes et de la mentalité d’antan. Dans la majorité des cas, on se plie au dictat de peur de devenir le renégat de la famille. Notamment quand c’est notre mère qui se dresse sur notre chemin parce que, dans nos sociétés, il n’est pire malédiction que celle des parents. A1ors, on trinque…».

Mariem Bennani

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