Présidentielle | La France rêve-t-elle d’une Merkel ?

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Alors que la France -et donc le Président Macron- prend pour six mois la tête de l’Europe de Bruxelles, sa véritable dirigeante, Angela Merkel quitte la chancellerie allemande. Tandis qu’en France, avec Valérie Pécresse, une femme dirigera-t-elle la république ?

L’Allemagne au fil des années s’est imposée comme l’Etat majeur de l’Union Européenne. On s’étonne même de la discrétion du départ de l’ère Merkel, presque sur la pointe des pieds.

Fille d’un père pasteur et d’une mère institutrice, Angela Dorothea Merkel naît le 17 juillet 1954, à Hambourg. Étudiante en physique à l’université de Leipzig, elle obtiendra son doctorat en 1986, puis sera employée à l’Institut de physique-chimie de l’Académie des sciences de RDA, jusqu’en 1990. C’est en cette même année qu’elle entrera au bureau politique du  mouvement d’opposition au communisme, le Renouveau Démocratique et deviendra la porte-parole adjointe du dernier gouvernement de RDA, mais le premier démocratiquement élu après la chute du mur de Berlin.  Huit ans plus tard après «son passage à l’Ouest», elle sera la première femme élue à la tête de la CDU en 1998. Il lui faudra attendre encore sept ans pour succéder au social-démocrate, Gerhard Schröder, à la tête de la chancellerie avec, durant 16 ans, une capacité à gouverner avec différentes coalitions. Parcours étonnant, voire unique en Allemagne, aussi pour d’autres états membres de l’UE. Après la crise financière et économique de 2010, 2015 verra la crise migratoire, et en 2016 Angela Merkel sera l’interlocutrice privilégiée du président turc Erdoğan. S’en suivra un traité entre la Turquie et l’UE, avec à la clé une aide de six milliards d’euros à la Turquie, ce qui sera très souvent reproché à Angela Merkel.

Puis viendra en 2020 la crise de Covid-19, une nouvelle crise pour Angela avant son départ. Quant à sa politique internationale, bilatérale et multilatérale, s’il est évident que la chancelière s’est toujours placée sous le parapluie du grand frère de Washington, elle a aussi très bien manœuvré avec Moscou, partageant avec les dirigeants russes une origine commune dans l’entendement de la gestion des dossiers de l’époque du Comecon, et surtout le grand avantage de parler russe couramment. Mais ce que n’a pas fait Angela, ses successeurs devront s’y atteler, la modernisation des infrastructures privées et publiques, telles les autoroutes ou les voies de chemin de fer, entre autres. Ici, le chantier est énorme et pèsera énormément dans le budget allemand. Si durant la crise de 2010, le gouvernement allemand tentait de convaincre les Allemands de dépenser, tant le montant de l’épargne était élevé, aujourd’hui malgré une épargne toujours prospère et un commerce extérieur qui se porte très bien, c’est le mot dette qui hante les foyers d’outre-Rhin. Car la dette est un mot tabou en Allemagne.

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Il y a longtemps qu’en Allemagne et dans d’autres pays européens, une femme au pouvoir ne pose aucun problème. Ce n’est pas encore le cas en France. Pourtant les choses bougent et certains considèrent que c’est le principal atout de Valérie Pécresse. Elle n’a pas encore gagné l’élection présidentielle de 2022, mais Valérie Pécresse est devenue, la candidate de la droite et sans doute du centre, gagnante du congrès des Républicains face au très droitier Éric Ciotti qui a fait près de 40 % des suffrages des militants.

Elle croit pouvoir réussir ce que Ségolène Royale a raté, mais de peu. Elle se définit comme « deux tiers Merkel un tiers Thatcher». Elle a bien vu que  le tiers Thatcher lui serait reproché, elle a donc rectifié pour se présenter non pas comme la dame de fer, mais comme la dame du FAIRE. Il n’est pas sûr cependant que la droite des Républicains, son parti, apprécie la ligne Merkel et ne soit pas plus tentée par une autre femme, Marine Le Pen, ou un autre candidat pas très féministe, c’est le moins qu’on puisse dire, Eric Zemmour. Car être femme ne suffit pas et la candidate socialiste Anne Hidalgo en sait quelque chose. Elle n’était pas la favorite de ce scrutin, les observateurs étaient peu nombreux à parier sur sa victoire, mais Valérie Pécresse y a cru dès le début. «Depuis le départ, je me suis dit que c’était jouable, confirme-t-elle. Je savais qu’avec de vrais débats, les électeurs allaient découvrir que j’étais vraiment de droite et que j’avais des idées». La présidente de la région Île-de-France s’est habituée à ce qu’on la sous-estime. «À l’ENA, ils m’appelaient jeune et jolie», rappelle-t-elle, soulignant le malentendu permanent entre ce qu’elle est vraiment et la perception des autres, généralement ses opposants, qui la caricaturent en jeune femme blonde…

La méthodique Pécresse a tiré les leçons du désastre Fillon. Elle a pour cela un allié de poids: son directeur de campagne Patrick Stefanini. Il occupait le même poste il y a cinq ans. «C’est une chance pour elle de l’avoir, il a appris de 2016», glisse un proche de François Fillon. «Elle a disséqué les erreurs commises à l’époque et fait en sorte de ne pas les renouveler», juge le député des Alpes-Maritimes Éric Pauget.

Alors une femme présidente de la république française ? Rien n’est joué, car en France il n’y a pas loin entre Angela Merkel et Hillary Clinton, qui est là pour nous rappeler qu’une femme, même soutenue pour telle, même dans une période de féminisme ambiant, peut encore être battue par un macho assumé.

Patrice Zehr

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