Jordanie | L’enjeu de la stabilité

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La parait avoir surmonté une crise. Tout le monde s’en félicite.  La fait partie de ces dynasties arabes dont la stabilité est essentielle aux équilibres régionaux, un facteur de paix dans une zone de conflits.

Le  II s’est adressé aux Jordaniens, mercredi 7 avril. Il a affirmé que la crise qui a ébranlé la monarchie ces derniers jours, dans laquelle son demi-frère le Prince Hamza a été accusé d’avoir été impliqué, était résolue. «Je vous assure que la sédition a été étouffée dans l’œuf », a-t-il déclaré dans un message lu en son nom par un présentateur de la télévision publique. «Le défi de ces derniers jours n’a pas été le plus dangereux pour la stabilité du , mais il a été le plus douloureux pour moi, car les parties impliquées dans cette sédition étaient de notre maison et de l’extérieur», a-t-il dit, sans donner plus de précisions. Le demi-frère du Roi était accusé par les autorités d’avoir été impliqué dans un «plan maléfique» visant à déstabiliser le Trône. «Je ne peux pas décrire ce que j’ai ressenti comme choc, douleur et colère, en tant que frère et tuteur de la famille hachémite et en tant que dirigeant de ce peuple cher», a ajouté Abdallah II.  

Le ministre des Affaires étrangères jordanien, Ayman Safadi, a déclaré le 3 avril lors d’une conférence de presse que «les services de sécurité» avaient suivi «durant une longue période les activités et les mouvements du Prince Hamza Ben Hussein, de Cherif Hassan ben Zaid et de Bassem Awadallah et d’autres personnes visant la sécurité et la stabilité de la patrie». Dans une vidéo postée sur son compte Twitter dans la nuit du dimanche 4 avril, le Prince Hamza avait répondu négativement aux injonctions du  II lui demandant «d’obéir aux ordres». Le divorce semblait ainsi consommé entre les deux hommes. En plus d’avoir accusé le Prince Hamza de «sédition», le pouvoir central lui reproche, sans la nommer, ses liens avec une puissance étrangère. En effet, le chef de la diplomatie jordanienne avait déclaré le samedi 3 avril que «les enquêtes ont permis de surveiller les interventions et les contacts avec des parties étrangères visant à déstabiliser la sécurité de la ». En cause semble t il, les liens du prince Hamza avec l’ancien chef de la Cour royale, Bassem Awadallah. Détenteur de la nationalité saoudienne et collaborateur de Mohammed Ben Salmane, Bassem Awadallah est jugé impopulaire en . À ce titre, il a également été arrêté ce week-end. 

Contre toute attente des observateurs, le Prince Hamza Ben Hussein et le Roi de Jordanie Abdallah II se sont finalement réconciliés. Le temps d’un week-end, la famille hachémite a été au bord de la rupture. «Je serai toujours un soutien pour le Roi et le Prince héritier». Cette affirmation prononcée par Hamza Ben Hussein, le demi-frère du accusé de menées subversives, s’étalait sur la Une de tous les journaux du mardi 6 avril. À l’instar d’Al-Rai, qui ajoute que le Prince a promis de «toujours rester fidèle et dévoué» au Roi. Ce dénouement paraît d’autant plus surprenant que, la veille encore, Hamza avait au contraire déclaré qu’il ne se soumettrait pas à son assignation à résidence ni à l’interdiction de s’exprimer ou d’entrer en contact avec certaines personnalités du royaume, comme le précise le site Middle East Eye.

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En réalité, un autre titre à la Une du même journal semble indiquer que la crise n’est pas réellement close mais sous contrôle: «L’armée déclare qu’elle est en mesure de faire face à n’importe quelle menace». Et pour que les choses soient claires, l’article ajoute: «Elle saura traiter avec tous les dangers, qu’ils soient régionaux ou locaux, qu’ils surviennent aux frontières ou qu’ils menacent la stabilité [intérieure] du royaume» Un déploiement inhabituel des forces de sécurité dans les rues principales de la capitale Amman a en effet été signalé ces derniers jours.

 Il reste très difficile de comprendre ce qu’il s’est réellement passé en Jordanie, d’autant plus que la justice a interdit la publication de toute information sur l’affaire «par souci de respecter le secret de l’enquête des services de sécurité concernant le Prince Hamza et d’autres». «Cette affaire sera toujours l’objet de doutes tant que les informations concernant les acteurs jordaniens et étrangers du complot mentionnés par le gouvernement et la vérité sur le rôle joué par le Prince Hamza n’auront pas été dévoilés », confie à France 24 l’analyste Oraib Al-Rantaoui, directeur d’Al-Qods Center for Policy Studies, un think-tank basé à Amman. Le Prince Hamza, qui a été un temps, entre 1999 et 2004, Prince héritier de Jordanie, était programmé pour régner après son demi-frère Abdallah II, jusqu’à ce que ce dernier, désireux de consolider son pouvoir et d’assurer l’avenir de sa lignée, ne le remplace par son fils aîné, prénommé Hussein.

Pour les observateurs jordaniens, il est peu probable qu’un «coup d’État» était réellement en préparation. Et pour cause: selon Oraib Al-Rantaoui, tous les appareils sécuritaires et militaires, sans lesquels aucun putsch ne peut avoir lieu, sont loyaux et sous le contrôle du Roi Abdallah II, lui-même très populaire dans le . «Il s’agit sans doute de dissensions dans la famille royale qui ont été étalées au grand jour et il semble qu’il y a eu une escalade du côté du Prince Hamza à laquelle l’État a répondu par une escalade», poursuit-il.

Patrice Zehr

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