lundi 23 octobre 2017

Rachid El Mounacifi, criminologue

«Les enfants payent malheureusement toujours les pots cassés»

Un couple peut-il atteindre un point de non-retour,  comme l’assassinat de l’un par l’autre. Qu’en sera-t-il des enfants et de leur état psychologique et comportemental, sachant qu’ils auront à vivre avec un lourd fardeau sur les épaules, celui de leur mère, dans le cas de Merdes, qui a participé à l’assassinat de leur père? Analyse du criminologue Rachid El Mounacifi.

D’un point de vue criminologique, comment une épouse peut-elle être complice de l’assassinat de son propre époux?

D’abord, il faut se pencher sur les causes ayant donné un crime aussi horrible que crapuleux. Les enquêtes judicaires menées pour élucider cette affaire, qui est restée un vrai mystère pendant plusieurs jours, ont permis de relever trois mobiles du crime: le sexe, l’argent et la vengeance. Il faut souligner que ce genre de crime, bien qu’ayant défrayé la chronique dans le Royaume, risque de se reproduire dans les prochaines années. Chaque développement économique apporte son lot de criminalité qui peut prendre différentes formes. L’assassinat du député Abdellatif Merdas a permis de lever le voile sur un élément très important, celui des mariages d’intérêts. Au sein de la société marocaine, il existe des dizaines, voire des centaines de mariages de ce genre. Et donc, le fait qu’une épouse soit impliquée dans l’assassinat de son époux riche, ou l’inverse, ne doit pas nous étonner. Sur la base des éléments disponibles jusqu’à présent, concernant cette affaire, il s’avère que l’épouse entretenait une relation extraconjugale avec un élu local de Sbata. Elle aurait été négligée par son mari, trop occupé à fructifier sa fortune. C’est ce qui l’aurait poussée à entretenir une liaison intime avec un autre homme. A un moment ou un autre, l’être humain peut passer par des moments de faiblesse. Dans le cas de la veuve de Abdellatif Merdas, cette dernière s’est retrouvée dans cette situation et, guidée par une haine contre son mari, est devenue complice, en toute connaissance de cause, d’un amant, entre autres personnes impliquée dans cette affaire d’assassinat.

Peut-on dire que la veuve de Abdellatif Merdas est criminelle dans l’âme et que ce trait de caractère n’attendait qu’un élément déclencheur pour émerger?

Chacun de nous est criminel d’une manière ou d’une autre. La différence réside en cette capacité de self-control dont nous disposons et qui nous permet de nous fixer des limites à ne pas dépasser, même en cas d’émergence de la face cachée qui réside en nous. Chez certaines personnes, l’inconscient criminel prend le dessus plus qu’il ne le faut et c’est ce qui fait qu’elles ne parviennent pas à s’arrêter. C’est pour cela qu’on voit, dans la plupart des cas, les criminels regretter leurs actes après s’être ressaisis. La veuve de Abdellatif Merdas, je le pense, fait partie de cette catégorie. Il se pourrait qu’elle se soit ressaisie tardivement. Une chose est sûre, c’est qu’elle a causé un grave dommage psychologique à ses enfants qui auront beaucoup de mal à surmonter cette épreuve qui laisse toujours des traces ineffaçables dans l’âme, le comportement social et la relation avec autrui.

Que dire de la souffrance psychologique des enfants du défunt qui vont devoir vivre avec un lourd fardeau sur les épaules, en cachant que leur mère a été impliquée dans la mort de leur père?

Les enfants payent malheureusement toujours les pots cassés. Ils sont doublement pénalisés. D’un côté, ils sentent l’absence d’un père assassiné et, de l’autre, ils devront endurer l’absence de la mère, même si cette dernière est coupable. Qu’on le veuille ou non, les enfants sont attachés, biologiquement et sentimentalement, davantage à leur mère qu’à leur père et c’est comme ça! Les conséquences de cette situation vont être très lourdes et les traumatismes psychologiques, d’un point de vue comportemental, seront difficilement surmontables.

Peut-on craindre une réaction de leur part à l’égard de la société?

Des traumatismes sévères et répétés peuvent conduire à une anxiété d’ordre phobique et à des attaques de panique. Cela peut être si invalidant que les enfants du défunt Merdas peuvent être incapables de travailler et de poursuivre leurs études. Une fugue est une hypothèse à ne pas écarter, avec tout ce que cela peut engendrer comme conséquences sur le comportement et le devenir de ces enfants qui ont besoin d’une assistance en urgence de la part de professionnels. Il faut accompagner ces enfants afin d’éviter qu’ils aient à l’avenir des comportements brutaux à l’égard d’eux-mêmes ou vis-à-vis de la société. C’est très difficile de savoir que votre mère a été directement ou indirectement impliquée dans la mort de votre père et vice-versa. En général, d’un point de vue criminologique, il est possible qu’un tel drame se fasse ressentir sur la personnalité de l’enfant une fois à l’âge adulte.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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