vendredi 22 septembre 2017

Mohamed Zineddine, politologue et enseignant universitaire

«Chabat a peut-être signé son arrêt de mort, même si rien n’est joué d’avance»

Après l’accord de réconciliation, conclu le 13 avril à Rabat, entre les représentants des deux courants, les réformistes et les pro-Chabat, les pronostics sur l’avenir politique du Secrétaire général du Parti de l’Istiqlal diffèrent. Certains estiment que les réformateurs au sein du parti auront raison de Hamid Chabat. D’autres rappellent qu’il ne faudrait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. A ce sujet Mohamed Zineddine affirme que Chabat, partant de sa déclaration visant la Mauritanie, «a peut-être signé son arrêt de mort d’un point de vue politique».

Les représentants des courants pro et anti Hamid Chabat, SG du Parti de l’Istiqlal, ont signé un accord de réconciliation en vue de dépasser les luttes intestines au sein du parti. Cet accord  est-il synonyme de défaite de Chabat face aux réformateurs?

L’accord signé au domicile d’un des membres du Parti de l’Istiqlal est une manœuvre  de la part des deux clans. Il ne faut pas oublier que le siège du PI a été envahi par les détracteurs de Hamid Chabat, ceux qui forment le courant de Hamdi Ould Rachid qui ne cachait pas son désaccord avec la manière avec laquelle le SG gère les affaires du parti, depuis qu’il en a eu la responsabilité en 2012.  Cet accord est bien évidement un coup dur encaissé par Chabat et ses sympathisants. Le SG du PI a multiplié les faux pas et des déclarations déplacées, depuis décembre 2016, à commencer par sa revendication de la marocanité de la Mauritanie, au moment où le Royaume avait besoin du soutien d’un maximum de pays africains pour acter son retour à l’Union Africaine (UA), après de longues années d’absence. On peut donc dire que l’accord de réconciliation, signé le 13 avril 2017, est une défaite pour le SG du Parti de l’Istiqlal. Hamid Chabat a peut-être signé son arrêt de mort d’un point de vue politique. Il est néanmoins préférable d’attendre la tenue du prochain Congrès national du parti pour en avoir le cœur net.

Du côté des détracteurs de Hamid Chabat, on crie déjà victoire. Doit-on s’attendre à une offensive de la part du SG du Parti de l’Istiqlal qui renverserait la donne à la dernière minute?

Tout est possible. Hamid Chabat n’est pas uniquement le SG d’un parti politique. Il a passé plusieurs années en tant que syndicaliste à l’UGTM, ce qui fait de lui un habitué aux confrontations politiques qui peuvent parfois aller très loin et dans lesquelles presque toutes les armes et les coups sont permis.

Hamid Chabat a-t-il perdu la bataille contre ses détracteurs critiquant sa politique de gestion du parti?

En effet, Chabat a perdu une première manche dans la bataille qui l’a opposé à ses détracteurs au sein du parti, plus particulièrement le trio Yasmina Baddou, Karim Ghellab et Taoufiq Hejira. En février 2017, ces trois responsables au parti de l’Istiqlal s’étaient exprimés contre Chabat pour ses déclarations dans lesquelles il avait revendiqué la marocanité de la Mauritanie et l’incident diplomatique qui allait en résulter avec ce pays voisin. Le tout au moment où le Maroc était à deux doigts d’acter son retour à l’Union Africaine (UA).

Partagez-vous l’avis de ceux qui estiment que Hamid Chabat s’est mis à dos, en plus de ses détracteurs au sein du parti, des parlementaires et des membres du syndicat du PI, l’UGTM?

La colère contre Hamid Chabat ne vient plus des seuls membres du courant réformiste au sein du Parti de l’Istiqlal, mais aussi de certains parlementaires istiqlaliens. Même au sein de l’UGTM, le bras syndical du parti de la balance, la politique de Hamid Chabat et sa manière de gérer et de représenter le parti ne font pas l’unanimité, loin de là.

La révision de l’article 54 des statuts du Parti de l’Istiqlal (PI), qui devrait permettre à Nizar Baraka de présenter sa candidature au poste de SG du PI, sonnera-t-elle la fin de Hamid Chabat à la tête du parti?

Rien n’est joué d’avance. Une telle candidature mettra certainement Hamid Chabat dans une mauvaise posture, alors qu’il était presque certain de briguer un nouveau mandat à la tête du Parti de l’Istiqlal. N’oublions pas que Nizar Baraka a été ministre et qu’il occupe actuellement le poste de président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE). Les postes de responsabilité que Baraka a occupés tout au long de sa carrière politique ont fait de lui une personnalité politique charismatique et expérimentée. Face à ces qualités multiples, je ne vois pas par quel miracle Chabat aura raison de Nizar Baraka.

Hamid Chabat va-t-il se laisser faire aussi facilement?

Le SG du Parti de l’Istiqlal (PI) est habitué aux confrontations politiques et syndicales. Avant de prendre les commandes du parti en 2012, il a gravi les échelons au sein de l’UGTM, petit à petit, via des guerres et des batailles violentes. Cette expérience lui a donné l’occasion de côtoyer de très près les symboles et figures emblématiques qui ont fait l’histoire de la lutte syndicale au Maroc. Hamid Chabat n’abdiquera donc pas aussi facilement. Ce qui peut par contre jouer en sa défaveur, c’est ce cumul des erreurs et faux pas commis depuis son élection à la tête du parti. L’homme a en effet multiplié les revers et les échecs. Sa sortie sur la Mauritanie en décembre 2016 n’était que la goutte qui a fait déborder le vase. Et il sait pertinemment que le clan des « El Fassi» ne l’a jamais vraiment porté dans son cœur.

Propos recueillis par Mohcine Lourhzal

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