Coût de la vie Les Marocains, essoufflés mais ingénieux

Les citoyens marocains sont nombreux à relever l’augmentation des charges et l’érosion du pouvoir d’achat. La consommation varie selon leur appartenance sociale et seuls les plus riches échappent à cette situation.

Marrakech 2

Pour connaître l’opinion des citoyens, leurs impressions concernant le niveau de la vie qu’ils mènent et s’ils sont impactés par la crise économique mondiale à l’instar des Européens, Le Reporter a mené une petite enquête.

Dure, dure la vie pour les gens à faibles revenus

Les gens à faibles revenus se démènent à fond. Et, pour vivoter, ils doivent faire preuve de beaucoup d’imagination. Malgré leur audace, les charges restent très lourdes au point de les priver de beaucoup de choses. «Je fais un petit commerce et, parallèlement, je fais le ménage chez des familles. Je loue une chambre à 500 DH mensuellement et j’ai deux gosses que j’ai laissés chez ma mère à Kénitra. Ils sont en âge d’être scolarisés. A chaque fin de mois, je dois leur envoyer de l’argent. Et j’ai d’autres charges et frais: eau, électricité, nourriture… Concernant la scolarité de mes enfants, ces dernières années, l’Etat marocain nous donne des fournitures scolaires, le cartable et même les livres. Cette aide aux démunis nous facilite la tâche, allège nos dépenses et réduit nos soucis. C’est trop dur: tout est cher et nous vivons selon nos moyens», lance Souad. Les gens de cette catégorie sociale sont nombreux à Casablanca, comme d’ailleurs partout. Ibrahim, un jeune maçon de la région de Ouarzazate, est cependant mieux loti que Souad. Avec des amis, il loue un appartement à 2.000 DH, dans l’ancienne médina. Le petit groupe se partage le loyer, les factures d’eau et d’électricité et la nourriture. «Mes parents sont à Ouarzazate. Je dois de temps en temps leur envoyer de l’argent. Et je dois contribuer à tout, avec mes amis colocataires. En même temps, je dois faire un peu d’épargne. Les charges sont diverses et très lourdes. Je suis obligé de travailler durement pour gagner ma vie. Et puis, le coût de la vie est très cher et on ne peut pas tout avoir à la fois. Je ne suis pas le genre à contracter des crédits et j’essaie d’être économe pour ”dwayer zmane”», souligne Ibrahim.
Les plus démunis, ceux qui appartiennent à cette classe sociale fragile, vivotent entre la pauvreté et la misère. «Il ne m’est jamais arrivé de faire des achats dans les grandes surfaces ou des voyages, ou encore d’acheter des habits très chers avec le peu d’argent que je gagne. Je suis obligée d’acheter les légumes et les fruits du souk et d’aller chez le grossiste pour acheter un peu moins cher les denrées alimentaires. Même les habits, je les achète généralement dans les marchés aux puces, ainsi que ma famille. Le neuf, nous l’achetons rarement et nous empruntons le transport en commun pour nos déplacements. Mes enfants sont dans l’école publique. Côté santé, nous avons notre carte RAMED et il n’y a pas de souci de ce côté-là; je peux même avoir des médicaments au dispensaire. Ainsi, on se démène pour s’en sortir. On ne peut jamais faire de dépenses folles. De toute façon, nous n’en avons pas les moyens. Mon mari gagne peu et moi aussi, d’ailleurs. Et puis, tout est cher et cela devient de plus en plus dur», témoigne Fatima, une quinquagénaire et mère de famille.
Le niveau de vie s’est nettement détérioré et cela est ressenti avec force, surtout chez les vulnérables dont la situation financière a négativement impacté leur niveau de vie. «Les chômeurs sont nombreux. Nous sommes une famille nombreuse et il n’y a que ma sœur et moi qui subvenons aux besoins de la famille. Nos salaires sont très modestes. Et puis, tout est cher. On n’a que le minimum vital. Quant au luxe, il ne faut pas en rêver. Mais il y a toujours la Baraka», souligne Jamal, un jeune travailleur dans une station-service. Si les charges pendant les jours normaux sont déjà très lourdes, qu’en est-il alors à l’occasion des fêtes, plus particulièrement l’Aïd El-Kébir ou encore la rentrée scolaire?
Bachir, lui, est père de quatre enfants, tous scolarisés. Il se trouve toujours en difficulté, à chaque rentrée scolaire. Il explique: «Je souffre le martyre à l’occasion de la rentrée scolaire. Je fais certes quelques économies, mais les dépenses n’ont pas de fin: je dois acheter les fournitures scolaires et, en même temps, les tabliers, les cartables, les tenues de sport… Je galère à chaque fois et puis ça passe. A l’occasion de l’Aïd El-Kébir, mon patron me donne une somme d’argent, une petite prime et je dois me débrouiller pour avoir le mouton. En effet, le mouton passe avant les autres priorités. Et comme je cherche toujours à ajuster les dépenses avec mon salaire, je n’aime pas m’endetter, chose à laquelle recourent pourtant de très nombreuses personnes».

Qu’en est-il de la classe moyenne?

Le niveau de vie fait référence à la qualité de vie et à la quantité des biens dont une personne ou une population entière peut disposer. La consommation est quant à elle une dépense réalisée pour marquer son appartenance sociale. Mais la crise est là. Tout comme les gens à faible revenu, les personnes appartenant à la classe moyenne se battent, elles aussi, pour subvenir à leur besoins et à ceux de leur famille. Habitués à un certain niveau de vie, les ménages se battent ainsi pour conserver le même niveau, sinon l’améliorer.
Les familles de cette catégorie sociale vivent dans un certain confort, mais peuvent avoir des difficultés financières liées à ce rythme de vie. Et la gestion de l’argent dépend d’un couple à un autre. «Ma vie de famille se résume entre les traites de la banque, le loyer, les frais de scolarité de mes trois enfants qui dépassent les 10.000 DH, leurs besoins, leur argent de poche, le téléphone portable, le médecin, le panier, le voyage, etc. Leur mère touche aussi un bon salaire. Personnellement, il y a quelques années, j’avais opté pour un départ volontaire, en plus de ma retraite. J’avais décidé d’avoir un taxi. Mais la recette provenant du taxi, en plus de ma pension de retraite et le salaire de mon épouse, tout cela ne suffit plus: le coût de la vie est devenu plus cher, alors qu’avant, on assurait notre vie sans trop de difficultés et on faisait même de l’épargne. Actuellement, j’ai du mal à payer mes traites. Pour acheter à ma fille un PC portable à 9.000 DH, j’ai dû ne pas payer mes traites pendant quelques temps. Pourtant, ma femme et moi, nous nous entraidons», témoigne Jamal, ancien fonctionnaire et chauffeur de taxi.
Naïma, mère de deux garçons, s’attache fortement à l’optimisation des dépenses. «Les charges sont très lourdes. J’ai deux enfants et leur scolarité revient trop cher. Mais il y a également le médecin, l’habillement, les sorties du week-end, le panier du jour, le loyer, les voyages, la traite de la voiture… Il faut faire face à tout cela et les astuces pour s’en sortir, ce n’est pas ça qui manque. Personnellement, j’achète les légumes et les fruits dans un souk de quartier près de chez moi. Les produits sont de bonne qualité et vendus à des prix raisonnables. Les habits, je les achète dans un magasin très connu: ce sont des habits de marques très connues, mais à des prix abordables. Le voyage, on le fait en grande famille en partageant les charges. L’épargne, c’est aussi une bonne solution pour la rentrée scolaire, les fêtes et le voyage lors des grandes vacances. Il faut s’entraider et se partager les responsabilités», estime Naïma.
D’autres familles appartenant à la classe moyenne optent de plus en plus pour la réduction des charges et se contentent du minimum vital. «Nous sommes dans une période de crise. Le coût de la vie a augmenté. Cela fait plus d’une année qu’on a ressenti la crise. Les prix ont également augmenté: tout est cher. Mon mari et moi avons alors décidé de serrer un peu la ceinture et d’optimiser nos dépenses. Donc, plus de luxe, pas de voyage coûteux. Notre volonté est de ne pas contracter des crédits et de dépenser selon nos moyens. On sait que c’est contraignant et que les enfants supportent mal ces décisions. Mais ce mal est nécessaire. Les choses s’arrangeront peut-être dans le futur. Et il n’y a pas que nous qui avons ressenti la crise: les gens disent maintenant qu’ils ne peuvent plus se permettre des folies, le niveau de vie ayant régressé de façon sensible», relève Hajer, mère de famille.
Quand les gens à revenu modeste et ceux issus de la classe moyenne sont de plus en plus sensibles aux hausses des prix et au coût de la vie, les riches, eux, n’accordent pas trop d’importance à ces «détails». Mais ils restent attentifs au climat des affaires et observent de près le pouvoir d’achat des consommateurs. «Ce genre de difficultés on ne les vit pas dans le quotidien. Personnellement, j’ai travaillé durement pour assurer beaucoup de confort à ma famille. Mais je suis conscient de la situation. Les ressources, ce n’est pas cela qui manque au Maroc; il faut sortir de la crise et améliorer surtout les salaires des citoyens pour avoir un pourvoir d’achat très fort et améliorer leur niveau de vie», lance Khalid, un promoteur immobilier. Dit comme ça, cela paraît simple, en effet…

(Voir entretien avec Azeddine Akesbi)

 

Hausse de 2,2% de l’indice des prix à la consommation en mars 2013, par rapport à mars 2012
Dans sa note d’information relative à l’Indice des prix à la consommation (IPC) pour mars, le HCP précise que l’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois de mars 2013, une légère baisse de 0,2% par rapport au mois précédent. Cette baisse est principalement imputable à la baisse de 0,7% de l’indice des produits alimentaires, mais aussi au rebond de 0,1% de l’indice des produits non alimentaires. Les baisses constatées par le HCP au niveau des produits alimentaires, entre février et mars 2013, concernent en premier lieu les «légumes» avec 6,4%, le «lait, fromage et œufs» avec 0,6% et 0,5% pour les «viandes». Par ailleurs, les prix ont augmenté de 6,6% pour le «Tabac», de 1,8% pour les «poissons et fruits de mer» et de 1,1% pour les «fruits». Par répartition géographique, les baisses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Al Hoceima (1,3%), à Dakhla (1%) et à Settat (0,5%). En revanche, des hausses ont été enregistrées, notamment à Oujda avec 0,4%. Comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 2,2% au cours du mois de mars 2013. Cette variation résulte de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 2,6% et de celui des produits non alimentaires de 1,8%. Les variations enregistrées pour les produits non alimentaires vont d’une baisse de 8,7% pour les «communications» à une hausse de 6,1% pour l’«enseignement». Compte tenu de ces données, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et les produits à tarifs publics, aurait connu au cours du mois de mars 2013 une stagnation par rapport au mois de février 2013 et une hausse de 2,2% par rapport au mois de mars 2012.
L’indice de confiances des ménages a baissé de 2, 6 points par rapport au 4ème trimestre 2012
Selon la note de conjoncture du Haut-Commissariat au Plan (HCP) relative au 1er trimestre 2013, l’indice de confiances des ménages (ICM) a baissé de 2, 6 points par rapport à celui du quatrième trimestre 2012. Ce même indice, qui s’établit à 75, 8 points, a baissé de 7, 1 point en comparaison avec celui du premier trimestre de l’année passée. Selon cette même note de conjoncture, on apprend aussi que, durant ce premier trimestre de 2013, l’opinion des ménages sur l’évolution passée du niveau de vie au Maroc s’est dégradée aussi bien par rapport au trimestre précédent que par rapport au premier trimestre de l’année 2012. Pour ce qui est des perspectives d’évolution du niveau de vie au cours des 12 prochains mois, les perceptions des ménages ont connu une détérioration de 3,9 points par rapport au trimestre précédent et de 16,3 points par rapport à la même période de 2012.

 

Un commentaire

  1. les pensions des retraités sont faibles du fait de leur faible salaire d’autrefois ,car les avancements en compte goutes et suivant les tetes ,
    mon tout dernier salaire de 2004 était de 10 OOO dh nets apres 35 ans d’enseignant ,ma retraite aujourd’hui est de 6500 dh nets ,une difference de 3500 dh perdus,
    pour limiter les dépenses ,je me suis privé de la voiture ,
    et combien de tres hauts cadres étaient mes étudiants!par milliers!

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