Flash Infos

Asmaa Bennani, responsable de la surveillance des systèmes et moyens de paiement et inclusion financière à Bank Al-Maghrib

«Nos travaux ont consisté à préparer l’ensemble des prérequis pour la mise en œuvre effective de ce nouveau moyen de paiement»

Asmaa Bennani, responsable de la surveillance des systèmes et moyens de paiement et inclusion financière à Bank Al-Maghrib

Au lendemain de la finalisation des travaux de mise en œuvre du switch mobile (assurant l’interopérabilité entre les différentes banques et établissements de paiement émetteurs de ce nouveau moyen de paiement), de l’homologation par ce switch de plusieurs établissements et de la conduite réussie des tests réels, ainsi que de la définition des règles de place encadrant l’offre du paiement mobile et de la publication de la réglementation y afférente, Bank Al-Maghrib et l’ANRT ont procédé au lancement  du nouveau moyen de paiement par téléphone mobile, «m-wallet» interopérable. Asmaa Bennani, responsable de la  Surveillance des systèmes et moyens de paiement et inclusion financière à Bank Al- Maghrib, explique, ici, les démarches qui ont précédé ce lancement et les avantages de ce nouveau moyen de paiement.

Comment concevez-vous le déploiement du «m-wallet» au Maroc, quant aux objectifs et à l’impact qu’il pourrait avoir?

Les échanges au Maroc sont encore largement dominés par les paiements en espèces, là où les pays émergents ont réussi à réduire l’usage du cash de façon substantielle. Aussi et dans une optique d’encouragement de l’utilisation des paiements électroniques et en vue de réduire la circulation du cash et développer l’inclusion financière, Bank Al-Maghrib, en collaboration avec l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications, les banques et les opérateurs télécoms, travaillent, depuis à peu près deux ans, sur la mise en place d’une solution nationale de paiement mobile largement diffusée et à bas coût.

Nos travaux ont consisté en la préparation de l’ensemble des prérequis pour la mise en œuvre effective de ce nouveau moyen de paiement interopérable et en temps réel, adossé à des comptes bancaires ou des comptes de paiement.

Selon les études que nous avons menées avec nos consultants, le paiement mobile devrait, à horizon de 5 ans, capter environ 15% des flux cash, constitués principalement des paiements auprès des commerçants de proximité, le transfert domestique, le paiement de factures et recharges téléphonique, le paiement des commerçants, de leurs fournisseurs et la réception des prestations sociales.

Le lancement du «m-wallet» au Maroc intervient avec une notion d’interopérabilité. Que va donc permettre ce mode interopérable?

Concrètement cette interopérabilité devra permettre à l’utilisateur d’être en mesure d’effectuer un paiement ou un transfert à un particulier ou commerçant, indépendamment de l’établissement de paiement/banque émetteur du wallet. Elle évitera également la fragmentation du marché avec autant d’offres que d’acteurs et introduira une concurrence saine au profit du client. D’autre part, elle élargira l’acceptation, puisque le M-wallet émis sera accepté par l’ensemble des commerçants et ce, quel que soit leur établissement acquéreur.

A qui profitera le «m-wallet» et quelle en sera la valeur ajoutée quant à l’inclusion financière?

Le paiement mobile a été, dans plusieurs pays, un vecteur important, voire central d’inclusion financière. Il a permis d’atteindre des niveaux très élevés de pénétration du compte et a été positionné pour une part significative des populations comme le principal catalyseur de leur «financiarisation». Le succès de ce modèle s’explique par l’attractivité de la proposition de valeur pour les usagers, en particulier pour les ménages les moins aisés, notamment une forte capillarité grâce au développement de réseaux d’agents, plus souples que les agences bancaires, permettant aux usagers de réaliser leurs opérations dans un nombre important de points de contact. Il y a aussi la simplicité des services et de leur utilisation permettant un usage facile, même pour les populations ayant peu de connaissances des produits financiers. Ceci est facilité par le fait d’utiliser le téléphone mobile comme support de ces services. Au-delà, il y a la compétitivité du prix, significativement plus faible que les prix des opérations bancaires classiques; et enfin, les conditions moins restrictives d’accès aux comptes avec une procédure «Know Your Customer » plus allégée que pour les comptes bancaires. Au Maroc, également, le paiement mobile a été identifié en tant que levier principal de la stratégie nationale d’inclusion financière et a été identifié en tant qu’axe de déploiement des modèles alternatifs.

La mise en place de cette nouvelle solution de paiement a préalablement nécessité d’arrêter un ensemble de règles de place nécessaires à son bon fonctionnement. Quelle a été l’intervention de Bank Al-Maghrib dans ce sens?

Nos travaux ont consisté en la préparation de l’ensemble des pré-requis pour la mise en œuvre effective de ce nouveau moyen de paiement interopérable et en temps réel. Un comité stratégique regroupant, outre BAM et l’ANRT, les principales banques de la place, les trois opérateurs télécoms, l’association professionnelle des établissements de paiement, HPS Switch, le ministère des Finances et le ministère de l’Industrie, a été mis en place pour piloter ce projet. Les principales règles de place ont été définies dans le cadre de ce comité, afin de garantir l’adhésion de l’ensemble des parties prenantes et assurer un bon fonctionnement des opérations inter-opérées.

Suite à ces travaux, Bank Al-Maghrib a émis deux textes réglementaires encadrant le paiement mobile, à savoir la Décision réglementaire relative au paiement mobile domestique et la lettre circulaire paiement mobile qui, elle, détaille principalement les règles techniques et de sécurité, le processus et règles de gestion des réclamations, incidents et litiges.

Suite à la publication des circulaires relatives aux établissements de paiement au Bulletin officiel, Bank Al-Maghrib a également instruit les demandes d’agrément des établissements de paiement et un avis favorable a été formulé pour 11 établissements, y compris les filiales des 3 opérateurs télécoms.

Lors du lancement, on parlait de quelque 400 MMDH à capter. Sur quelles bases ce montant a-t-il été fixé et comment pourra-t-il être capté par le paiement mobile?

L’évaluation de la taille du marché, ainsi que les prévisions de volumes transactionnels issues du paiement mobile résultent des différentes études réalisées par les cabinets ayant accompagné Bank Al-Maghrib et l’ANRT dans le projet de mise en œuvre du paiement mobile.

Ainsi, les premiers flux des transactions, qui pourraient être dématérialisés et représenter une valeur totale de l’ordre de 400 MMDH par an, concernent le versement des prestations sociales de faibles montants, les transferts nationaux entre particuliers de faibles montants, les achats des particuliers dans le commerce de détail, le paiement de factures de services en réseau et l’achat de recharges téléphoniques, ainsi que  le paiement des fournisseurs par les commerçants de détail.

Il a été estimé que le paiement mobile va pouvoir capter, au bout de la 5ème année d’exercice, environ 60 MMDH pour un total de 1,3 milliard de transactions, pour environ 6 millions d’utilisateurs.

Propos recueillis par Hamid Dades

Voir aussi

Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Entretien avec Abderrahim Manar Slimi, «Il est fort peu probable que la situation change en Algérie»

Le Centre maghrébin pour les études sur la sécurité et l’analyse des politiques est catégorique …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise des cookies. En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation des cookies. En savoir plus.