
Les mécanismes de reproduction des inégalités de genre dans l’éducation, entre stéréotypes persistants et nécessité de transformation des pratiques pédagogiques, ont été au cœur d’un congrès international, samedi à Fès, autour de la thématique de « La femme dans le système éducatif : défis de l’autonomisation et enjeux du changement ».
Organisée à l’occasion de la Journée internationale de la femme, cette rencontre de deux jours a réuni universitaires, chercheurs et personnalités de premier plan autour d’une réflexion approfondie sur les leviers d’autonomisation des femmes et les mutations nécessaires des systèmes éducatifs.
Les travaux de cette journée ont été marqués par des interventions mettant en lumière le rôle déterminant des facteurs socio-culturels et des pratiques pédagogiques dans la persistance des inégalités entre les sexes, en dépit des avancées enregistrées en matière de scolarisation et de réussite des filles.
L’ancienne ministre française, Najat Vallaud-Belkacem, a insisté sur le fait que la mixité scolaire ne garantit pas à elle seule l’égalité entre les sexes, notant que malgré de meilleurs résultats scolaires, les filles demeurent sous-représentées dans certaines filières et continuent de faire face à des inégalités dans leur insertion professionnelle.
Elle a expliqué que ces disparités s’expliquent principalement par des mécanismes de socialisation et par la persistance de stéréotypes de genre au sein même de l’école, influençant les attentes des enseignants, les modes d’évaluation et les choix d’orientation. Elle a, à cet égard, plaidé pour une mobilisation globale visant à déconstruire ces biais, notamment à travers la formation des enseignants et l’adoption de pratiques pédagogiques plus équitables.
L’ecrivaine et enseignante-chercheuse à l’Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, Habiba Touzani Idrissi, a axé son intervention sur la place de l’écriture féminine dans les programmes scolaires, relevant l’absence persistante des œuvres d’autrices, marocaines ou étrangères.
Elle a estimé que cette situation contribue à transmettre aux apprenants une vision partielle et parfois datée de la littérature, appelant à une reconfiguration des choix pédagogiques afin d’intégrer davantage de diversité et de représentativité.
L’intervenante a souligné que l’introduction des écritures féminines ne relève pas uniquement d’une logique de visibilité, mais d’une transformation plus profonde des modes de transmission du savoir, permettant d’ouvrir l’enseignement à des expériences situées, à la mémoire et à l’intime, et de favoriser une compréhension plus nuancée et critique du monde.
Pour sa part, l’enseignante-chercheurse à l’Université de Montpelier, Françoise Demougin, a mis en évidence la manière dont les stéréotypes se construisent dès le plus jeune âge et se reproduisent tout au long du parcours éducatif, depuis la famille et les espaces de socialisation jusqu’à l’école.
Elle a notamment montré que ces représentations influencent les comportements, les aspirations et les trajectoires des élèves, contribuant à orienter différemment filles et garçons, malgré des capacités équivalentes.
Elle a également mis en exergue le rôle des supports pédagogiques et des pratiques d’évaluation dans la reproduction de ces inégalités, appelant à une prise de conscience collective et à des actions à tous les niveaux du système éducatif.
Au-delà des analyses théoriques, les échanges ont également porté sur les moyens concrets de promouvoir une éducation plus inclusive, à travers la révision des contenus pédagogiques, le renforcement de l’esprit critique des apprenants et la valorisation de modèles féminins inspirants dans les différentes disciplines.
Au programme de cette manifestation, des sessions parallèles ont été tenues sur le leadership féminin, les politiques publiques d’égalité, les pratiques pédagogiques inclusives et les dynamiques sociales liées à l’autonomisation des femmes.
LR/MAP
Le Reporter.ma Actualités et Infos au Maroc et dans le Monde

